Marbrume



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 Morion de Ventfroid. [Terminé]

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Morion de VentfroidComte - Administrateuravatar


MessageSujet: Morion de Ventfroid. [Terminé]   Dim 29 Nov 2015 - 11:12




Morion de Ventfroid




Identité



Nom : de Ventfroid
Prénom : Morion
Âge : 30
Sexe : Masculin
Rang : Comte de Ventfroid, il est le chef de la famille, composée encore d'un frère et de deux soeurs. Connu dans le milieu mondain pour en être particulièrement absent, les Ventfroid et leur réputation le précèdent. Cependant, les initiés et les mieux renseignés savent qu'il ne souhaite plus que deux choses : l'extermination de chaque fangeux foulant cette terre, et la mise à mort du Duc, qu'il considère comme parfaitement indigne de régner sur Marbrume, traître qu'il est aux valeurs royales et religieuses. Toute personne souhaitant renverser le pouvoir en place ou partir en guerre contre les engeances maléfiques que sont les fangeux trouvera en Morion un allié puissant.

Carrière envisagée & tableau de départ avec les 4 PCs :

Carrière : Noble Guerrier.
Compétences : +2 Int : + 2 Char.
Compétences et objets choisis :


Compétences :

- Diplomatie
- Eloquence
- Mémoire
- Sang Froid

Objets :

Armes/protec : Epée 1 Main + Main Gauche
Armure : Veste de cuir + Jambières de cuir + Gants de Cuir usé.

Physique



Morion est un Ventfroid typique. Ses yeux adamantins ont la couleur bleue héritée de son père. Clair, tranchant, vivace, et froid. Eux qui sont peu portés sur le physique, il n’empêche que ce regard est un moyen certain de les reconnaître. On leur attribue aussi les cheveux clairs. Pour Morion, il s’agit d’une crinière de cheveux d’un blond foncé, aux quelques reflets auburn. Le plus souvent, il les laisse détachés. Il n’y a que lors de sorties officielles qu’il prend la peine de nouer un rapide catogan, souple et désinvolte.

Point de vue stature, l’héritier Ventfroid est un grand homme, au physique tout à fait convenable. Une éducation rigoureuse et un régime d’une rare sévérité en ont fait un homme assez mince, au corps très nerveux. Ses muscles sont fins, mais solides. En effet, bien en peine serait celui qui chercherait chez l’ascète une quelconque forme de graisse. Son corps est à son image : sobre, austère.

Malgré l’austérité, on notera tout de même une certaine douceur dans ses traits, dans ses expressions. Son visage semble taillé à la serpe, mais très, très peu ridé, offrant un contraste de sévérité et de sérénité absolue. Et les dieux en soient témoins, le calme dont fait preuve Morion en toutes circonstances est olympien.

Sa voix en est l’exemple le plus frappant : elle est d’une douceur de velours. Ne disposant pas vraiment de coffre, son volume est toujours modéré, et semble glisser aux oreilles comme une brise printanière. Il aurait peut-être pu être chanteur dans une autre vie. Sa voix évoque une profonde gentillesse, un calme total, et il est apaisant de l’entendre parler. Et assez perturbant de l’entendre prononcer, sur ce ton berçant et égal qui est le sien, des paroles confinant à la menace, voire à la promesse de souffrance.

Un autre point sur lequel Morion se démarque, c’est le vestimentaire. Là où les couleurs et la fantaisie semble être l’apanage de sa condition noble, il revêt des tissus certes onéreux, taillés par les plus habiles, mais sans le moindre ornement. Tout au plus portera-t-il une fine dentelle noire aux poignets, mais la couleur semble être totalement absente de sa garde robe. En bon Ventfroid, c’est un homme discret. Il dispose cependant, pour les grandes occasions, de tenues blanches, le seul excès qu’il ose se permettre. Les autres couleurs étant un peu trop criardes à ses yeux.

Enfin, un point sur lequel il est important de revenir, c’est son dos. Pour ceux, ou celles qui le verront, il est barré de fines et anciennes zébrures, de longues estafilades venant perturber l’homogénéité de sa peau pâle. Un symbole d’expiation, dont il ne lui plaît de parler qu’avec les personnes les plus intimes à son coeur. Qui sont, à l’heure actuelle, totalement inexistantes. Seuls son frère et ses deux soeurs sont au courant.

Résumons le Comte en un homme qui n’affiche son rang que via la discrétion, et avant tout par l’esprit dont il fait preuve. La sobriété des Ventfroid est reconnue, et il y est très fidèle. C’est cependant un homme doué d’un grand charme et d’un certain charisme, dont la voix séduisante peut aussi bien vous citer les vers de quelque poète renommé, comme vous annoncer, sans changer d’un octave, que son envie la plus forte est de vous ôter la vie.

Personnalité




Difficile à cerner. C’est le moins que l’on puisse dire.

Auparavant, sérieusement conditionné par son père, il était tout au plus un intégriste, un fanatique religieux, associé à un homme défendant farouchement les traditions de sa famille. Pourtant, au décès de son paternel, et quand il dut prendre les rennes de la famille de Ventfroid, de subtils changements s’opérèrent en lui, nuançant le tableau d’un homme a priori dangereux.

Pour commencer, notons qu’il est d’un calme absolu, quelles que soient les circonstances. Il est bien entendu sensible à la colère et autres émotions, mais ses colères sont blanches, et son ton ne varie jamais. Toujours doux et empreint d’une certaine joie de vivre. Quand il est vraiment furieux sa voix deviendra sifflante, son regard aussi froid que celui d’un reptile, mais c’est la manifestation maximale. En dehors de ça, la sérénité est son trait de caractère le plus caractéristique.

Ce calme est pourtant le piège dans lequel beaucoup tombent.

Car l’apparente gentillesse et son calme sempiternel ne sont là que pour masquer ce qui se cache derrière. Un homme à qui le meurtre ne fait pas peur, pour peu qu’il soit un minimum justifié. La violence est pour lui comme tous les autres outils de la vie : un moyen de parvenir à ses fins. Et celles-ci sont claires et assumées :

La première, réduire le Duc en purée. Lui et toute sa famille si nécessaire. Il hait cordialement cet homme. Et n’a de cesse de comploter contre lui. Il le considère comme un lâche, un traître à la couronne, en bref, un homme indigne de gouverner qui conduira Marbrume à sa perte s’il reste au pouvoir. Et il n’a pas peur de devoir éliminer chacun de ses partisans si nécessaire.

La deuxième est d’exterminer les fangeux. Il ne se pose pas réellement la question de savoir pourquoi ils sont apparus. Ils sont là, c’est un fait. Et pour rétablir le contact avec la capitale, leur extermination est nécessaires. Ces engeances sont diaboliques, il le sait, et place un maximum de ressources dans la défense de la ville et de son domaine. Quitte à devoir mettre la main à la pâte, et aller distribuer quelques estocades bien senties.

Voilà pour ses principaux objectifs.

Nous retiendrons également que Morion est un homme rusé. Il se place, au niveau de la cour de Marbrume, le plus souvent en observateur. Toujours au courant de ce qui se trame, et évitant le plus souvent de se montrer lors des diverses réceptions mondaines, il prend un maximum de recul et réfléchit toujours très soigneusement avant d’engager la moindre action. Vous l’aurez compris, il est tout sauf impulsif.

Pour autant, il ne manque pas de courage. Le comté de Ventfroid, situé à une dizaine de lieues au nord-ouest de la ville, abrite la plupart de ses domestiques, ainsi qu’un certain nombre de chevaliers et hommes d’armes, la plupart réfugiés depuis l’apparition des fangeux. Lui-même vivant principalement en ville, il a laissé le domaine à disposition. Mais quand il s’agit de défendre ledit domaine ou même d’aller prêter main forte à la milice en cas d’incursion massive de ces créatures, il part lui aussi au front. Il ne laissera jamais dire, ni même murmurer, que les Ventfroid sont des lâches, se dissimulant derrières leurs gens pour sauver leur peau.

C’est un amateur de musique et de littérature, qui apprécie les oeuvres de façon simple. Il s’accroche parfois à des détails stupides, comme la couleur du ciel ou l’apparence des faubourgs vus depuis le haut des remparts de la ville. A vrai dire son sens artistique est aussi retors que lui, et il pourra trouver dans un paysage désolé un ravissement pour l’oeil, une émanation qui provoquera en lui une intense émotion.

Pour finir, ce qui marque également chez Morion, c’est le secret. A son sujet, au sujet de sa famille ou même de ses rêves et objectifs, il est très secret. Un héritage familial dont il refuse de se départir. Et ce malgré les très nombreuses rumeurs qui courent sur lui dans le milieu mondain. Certaines fondées, d’autres non… Impossible de savoir, puisqu’il ne s’exprime jamais clairement sur le sujet.

Concluons cet étrange portrait. Calme mais ne rechignant pas à la violence, pieux mais interprétant parfois la religion à sa façon. Discret, secret, mais connu dans le milieu mondain. Une espèce de paradoxe vivant, aussi gênant qu’indispensable, aussi craint qu’intriguant. Le cerner est un réel défi.

Histoire



Introduction


«Nos âmes sont de fer. Nos coeur, faits de la glace dont nous héritâmes. Fils du nord, enfants des blizzards hurlants, l’hiver et son suaire blanc sont nos manteaux. Nous sommes les Ventfroid. Notre foi n’a d’égal que notre dureté.


En l’honneur d’Anür ménage heureux tu feras.
A Serus, longue et fertile vie légueras.
De Rikni le coeur, du sang félon nourriras.

Dans la glace figée, les Trois Lois de Ventfroid.
Jusqu’à ton dernier souffle tu ne dévieras.

Angus de Ventfroy.»



Morion referma l’épais volume avec un petit soupir las. Son regard acéré traversa la pièce sombre, même aux alentours de midi, et s’arrêta quelques secondes sur la fenêtre, dont les rideaux ouverts laissaient tout le loisir au maître de maison d’observer le paysage en contrebas, bien pauvre au demeurant. Une longue, plate et molle étendue d’eau, dont la houle se soulevait paresseusement, presque avec dégoût, en cette matinée. L’arrivée du Fléau avait terni les couleurs, jugeait le Comte. L’eau était peut-être bleue, ou verte, auparavant. Désormais, c’était un fangeux vert-de-gris qu’elle arborait, une couleur morne, triste. Une couleur qu’il plaisait à Morion de voir. Parcouru d’un léger frisson, plus du à la température de la pièce qu’à la beauté pervertie du spectacle extérieur, il rangea l’ouvrage ancien dans un des nombreux rayonnages de la bibliothèque familiale, et sortit.

Les Ventfroid. D’après les écrits dont ils disposaient, ils étaient une lignée que l’on pouvait sans rougir qualifier d’extrêmement ancienne. Le sang s’était nettement appauvri depuis l’époque où Angus 1er, fondateur de la Maison Ventfroy, avait planté ses bannières dans le nord. Il avait assisté au couronnement du premier roi de Langres, et son souhait le plus cher avait toujours été de voir durer sa lignée pour l’éternité. Si aujourd’hui le concept même d’éternité était risible, si l’on s’en fiait aux évènements récents, la lignée avait tout de même perduré jusqu’aujourd’hui. Et les Ventfroid étaient à peu près certains qu’ils assisteraient à la fin du monde, eux qui avaient assisté à la naissance de ce royaume. Aucun doute qu’ils seraient également les témoins de sa destruction. Morion était actuellement à la tête de la branche principale de la famille, la seule qui ne s’était pas trop diluée dans le cousinage, les alliances, les manques d’héritiers, les guerres, les querelles intestines. Depuis toujours, les Ventfroid ont été réputé pour leur foi et leur piété. Il y a très longtemps, ils vivaient dans des régions où la température peinait à excéder celle du dégel. Pourtant, la cour du Roi savait qu’il n’existait pas plus fervents adeptes religieux. Pour cause, nombreux furent les Ventfroid à finir parmi les plus hauts dignitaires religieux. Et ils étaient en sus de cela de féroces défenseurs de la couronne et ses valeurs. Vivre dans les régions hostiles forgeait un caractère de fer et de glace, et ils en étaient l’image parfaite. Des yeux adamantins, une chevelure pâle, une âme de fer, dans un corps de glace. Telle s’affichait leur noblesse : froide, austère, juste. Aujourd’hui encore subsiste cette austérité et cette froideur. En revanche, leur noblesse ou leur rang ne s’affichait que par leurs actions, et non par l’étalage ostentatoire de quelque richesse. Peu de banquets avaient lieu chez eux. Déjà parce que le trajet était difficile et la région peu encline à recevoir ceux qui n’en avaient pas l’habitude, et ensuite parce qu’ils ne célébraient que peu de choses, si ce n’étaient les enterrements, les naissances et les mariages. Ce manque de participation aux mondanités, surtout lorsque la Cour était encore jeune, valut un nombre de rumeurs assez impressionnant à leur sujet. Rumeurs qu’ils ne démentaient jamais. Volonté d’entretenir une forme de mystère, d’ésotérisme autour de leur cercle familial ? Peu savent hormis eux-mêmes. Ils ne se déplaçaient à la capitale que sur ordre royal, ne répondaient presque jamais aux invitations des autres nobles, et faisaient toujours en sorte d’être le plus discrets possible. Des agents de l’ombre voués à la sauvegarde de valeurs religieuses et royales. Les autres n’avaient pas besoin d’en savoir plus. Quand un Ventfroy était à la capitale, c’était nécessairement que quelque événement majeur se tramait.

Cette intransigeance diminua notablement avec le temps. Les différents souverains eurent des façon toutes personnelles d’interpréter leurs valeurs, de même en ce qui concernait la religion, ce qui poussa les Ventfroy, devenus Ventfroid avec le temps, dans le désarroi quant à leur ligne de conduite. Leurs serments ancestraux paraissaient somme toute vides de sens quand le souverain qu’ils étaient censés servir faisait n’importe quoi de son pouvoir, ou pire, interprétait les préceptes divins complètement à sa manière. Ainsi, à plusieurs occasions, les Ventfroid passèrent outre leurs promesses, en vertu des Dieux qui à leurs yeux, avaient importance nettement plus grande que celle de n’importe quel souverain. Ils s’allièrent dans le secret à d’autres Maisons, fomentèrent complotèrent, et affichèrent un un certain talent pour les manigances de l’ombre.

Durant les trois cents dernières années, les Ventfroid émigrèrent des terres désolées dans lesquelles ils vivaient pour Marbrume, ville de laquelle ils ne partiraient plus. La raison de ce déménagement ? Une honte pour les Ventfroid dont il ne convient vraiment pas de leur parler. La volonté du chef de famille de l’époque, qui soucieux des apparences (soit déjà une attitude contraire au moindre précepte de la Maison) décida de participer de façon active au mondanités et aux intrigues de cour. Tant et si bien que la Maison, qui jouissait déjà d’une réputation de courtiers de l’ombre, se dégrada notablement. Banquets à profusion, organisations de bals, de réceptions sans fin pour des motifs parfois complètement stupides. Le Manoir Ventfroid devint un lieu où l’on s’adonnait sans commune mesure au stupre et à la luxure, sans aucun respect des valeurs familiales traditionnelles. La froide pierre sombre se vit ornée de tentures aux couleurs vulgaires, les tables d’ébène se parèrent de nappes brodées aux mille motifs, couvertes de victuailles si riches et nombreuses qu’une armée n’aurait pu les dévorer. Les chambres, réservées aux lointains visiteurs de marque, si tranquilles, si peu fréquentées, devinrent les témoins d’ébats plus sulfureux et surtout plus nombreux que tous les bordels de la ville réunie, auxquels le Comte et ses sous-fifres n’hésitaient pas à se rendre. Pour éduquer ces jeunes catins sans cervelle, disaient-ils, un endroit où il convenait de placer son argent excédentaire, disaient-ils. En ce temps, les Lois n’étaient plus qu’un lointain souvenir, quelques lignes écrites sur du parchemin tout au plus, le tout rangé dans une étagère, oubliée depuis longtemps. Cette période honteuse dura jusqu’au début du siècle actuel, à partir duquel la Maison Ventfroid, sous l’élan d’Isidore de Ventfroid commença à rétablir l’ordre et la discipline, avec une rigueur et une inflexibilité qui rivalisaient avec la froideur des temps anciens.

Les tentures et draperies tombèrent, arrachées sans vergogne. Les différentes pièces du manoir accessibles aux visiteurs furent restreintes au strict minimum. Plus de banquet, plus de bal costumé et autre fantaisie mondaine auxquelles s’adonnaient les précédents Comte. Vint également le moment où les familles qui leur avaient emprunté de l’argent pour quelque sombre motif durent payer, fusse-t-il faire couler le sang pour que ce fut fait. Beaucoup des descendants de Ventfroid, mariés selon des raisons qui confinaient au ridicule, furent instantanément déshérité, sans autre politesse qu’une missive les prévenant des mesures prises à leur encontre. D’un châtelet de luxure, le manoir redevint ce qu’il devait être : la forteresse des Ventfroid, ceux qui envers et contre tout sauvegardaient les valeurs profondes du premier Roi de Langres, et de la Sainte Trinité. L’éducation, auparavant ponctuée d’un nombre de digressions incalculable, de mondanités à n’en plus finir, en revint aux fondamentaux, doublée de coups de martinets et de règles en bois. Si le froid n’était plus leur compagnon éternel comme il avait pu l’être, sa dureté avait fait ses retours entre les murs sombres de la Maison. Le secret et le silence redevinrent les caractéristiques principales de la noble maison, et le premier à faire les frais de cette révolution absolue, après Isidore de Ventfroid, fut son descendant direct et aîné, Morion de Ventfroid.

Bien que l’honneur bafoué fut restauré, les questions demeurent. Morion est un homme secret, qui parle peu, bien que toujours avec pertinence. Pourtant, l’azur nordique de ses yeux ne laisse rien filtrer, quand bien même on le saurait bien ancré dans les diverses manoeuvres de la haute société. Le manoir séculaire est toujours solidement planté à la pointe est de l’Esplanade, mais rares sont les gens qui y vont et viennent, et qui ne se nomment pas Ventfroid.

Ce que l’on respecte dans cette famille, c’est surtout leur force militaire, et le fait que contrairement à beaucoup de nobles, voire pratiquement tous, Maître Morion n’est pas un couard. Quand il s’agit de défendre la ville ou les frontières du Duché d’une incursion de Fangeux, il est avec ses hommes, au front. Pour le reste, il intrigue plus qu’il n’intéresse, on le craint nettement plus qu’on l’admire, pour quelques incidents notables, reportés dans le peu que nous savons de ce jeune homme, dont la main de fer tient la Maison Ventfroid entourée d’une très, très fine couche de velours, néanmoins couverte de givre.


Première Partie


Un claquement sec, suivi d’un gémissement à peine étouffé, résonna contre les murs de la salle spacieuse, dénuée de tout mobilier, si ce n’étaient quelques râteliers d’armes, disposés çà et là, invitant à se servir. Lames courbes, rapières, épées courtes, longues, massues, on y trouvait pour tous les goûts. L’arme qui venait de claquer dans l’air froid et sec n’était pourtant pas vouée à tuer. Pas en un coup, en tout cas. Vêtu d’une ample tunique noire, des cheveux blonds ondulés soigneusement attachés en un catogan serré, des yeux d’un bleu acier frappants de dureté, le Comte Isidore de Ventfroid enseignait à son fils aîné la dureté de la vie, selon les valeurs familiales. Voilà près de trois heures que le jeune homme s’entraînait sans relâche au maniement de l’épée. Et pourtant, c’étaient les lanières de cuir durci à la flamme d’un long martinet qui venaient de le meurtrir. Si on aurait pu s’attendre à de la rancoeur, de la colère, ou toute autre forme d’agressivité de la part de la victime d’un tel traitement, il n’en était, aussi curieusement que cela puisse paraître à des yeux extérieurs, rien du tout. Chaque matin, c’était la même scène, à peu de détails près, qui se jouait, depuis des années et des années. Chaque matin, avant l’aube, Maître Isidore et son fils descendaient dans la salle d’armes, prévue pour s’entraîner aux divers arts du combat, et y passaient exactement quatre heures. A jeûn. L’un comme l’autre. Morion, le fils, devait imiter scrupuleusement chaque mouvement esquissé par son père, qui laissait ce rôle de côté durant ces deux cent quarante minutes, pour endosser celui d’instructeur militaire. S’il échouait d’un pas seulement, il posait l’épée à terre, et prenait un coup de martinet. Délivré sans une once de culpabilité ni retenue.

«Récitez l’En-tête, Morion.» dit le père, d’un ton dur comme le fer.

Le jeune homme peinait à respirer. Question martinet, il n’en était pas à son coup d’essai ce matin. Les entraînements, les “leçons” comme se plaisait à qualifier son père ces séances de torture déguisées, étaient chaque jour plus ardus. A tel point que le dos de Morion était depuis quelques temps purulent par endroit, faute d’avoir laissé le temps aux plaies de cicatrisé. La sueur, la poussière, avaient infiltré les balafres et y avaient produit un fiel jaunâtre qui brûlait atrocement. Sans compter la fatigue de devoir s’exercer aussi souvent, le tout accompagné d’un régime sévère, composé essentiellement de viande en faible quantité, de fruits et de légume. A peine un bout de pain pour faire passer le tout, et uniquement de l’eau. Tout excès étant bien évidemment sanctionné avec la même dureté que présentement. Morion aimait son père, cependant. Il reprit donc son souffle, serra les dents aussi fort qu’il le pouvait, les yeux encore exorbités de douleur, et se releva, forçant son dos à tenir l’effort sans gémir. L’envie était pourtant au rendez-vous.

«Nos âmes sont de fer. Nos coeur, faits de la glace dont nous héritâmes. Fils du nord, enfants des blizzards hurlants, l’hiver et son suaire blanc sont nos manteaux. Nous sommes les Ventfroid. Notre foi n’a d’égal que notre dureté.

- Bien. Reprenons.»

Le ballet sanglant reprit, pendant encore une heure complète. Chaque erreur, aussi minime soit-elle, fut sanctionné avec une égale sévérité. Jamais plus, jamais moins. Fatalement, ces erreurs furent de plus en plus fréquentes, conséquence logique du traitement enduré. Pas une fois le jeune homme ne réclama de pause, ni ne broncha. Chaque fois, il devait réciter l’entête du commandement Ventfroid, la devise de leur Maison ancestrale. Il le faisait. Un quidam passant par là aurait probablement fait quérir la garde pour sortir cet homme qui devait avoir grand maximum une quinzaine d’années, de cet enfer. Néanmoins, Morion encaissait ce supplice de son plein gré. Il en était même honoré. Et pour cause, seuls les Ventfroid pouvaient seulement concevoir les raisons d’une telle folie. Car si le dos de Morion était zébré et sanglant, il en allait de même pour celui de son paternel, qui chaque soir, devant un autel bâti en l’honneur des Dieux, s’infligeait nombre de flagellations. Lui, le Comte Isidore de Ventfroid, et son fils Morion de Ventfroid, aîné de la Maison, devaient être le fer de lance du Renouveau de leur famille. Et pour cela, il fallait d’abord expier les incalculables péchés commis par leurs prédécesseurs pendant près de trois siècles. Troisième loi de Ventfroid : De Rikni le coeur, du sang félon nourriras. Par un coup du sort aussi triste qu’ironique, le sang à verser était le leur.

«Il suffit. Allez vous faire bander, changez-vous, et vêtez vous pour la chasse. Nous partons pour le domaine dans l’heure, votre oncle nous a convié à une séance de chasse qu’il serait mal aisé de refuser. Bien que j’abhorre autant son visage que ses manières… Nous en profiterons pour lui montrer qui commande, ici.

- J’y vais donc immédiatement, Père. Merci encore de votre instruction.»

Morion s’inclina en retenant à grand peine ses larmes, la peau tirée de son dos hurlant de cesser ce supplice infâme, et centrant tous ses efforts sur le seul objectif de paraître digne, prit le chemin de sa chambre, mandant la présence d’une servante au passage. Son père l’apostropha cependant avant qu’il ne quitte la salle :

«Morion.

- Oui, Père ?

- Vous ne fûtes pas si mauvais, aujourd’hui.

- Vous m’honorez.»

Il quitta la salle, ragaillardi. Son père était l’homme le plus avare de ce monde en compliment. Et “pas si mauvais” c’était déjà énorme chez lui. Comme tout fils, le besoin de reconnaissance était présent, ardent. Et le paternel, malgré sa sévérité digne du pire des bourreaux, ne voulait que le bien de son fils, mais également de sa famille. Et depuis son plus jeune âge, Morion avait été soumis à la lecture des textes familiaux rédigés par ses lointains ancêtres, et après avoir entendu le récit de la période qu’Isidore appelait la Grande Honte, les trois siècles de décadence totale des Ventfroid, avait sans hésité, candide encore mais bien conscient, de suivre chacun des enseignements rigoureux que son père voulait lui inculquer. Il n’était pourtant pas fils unique voyez vous, bien au contraire. Il avait deux jeunes soeurs et un frère, mais le Comte avait été clair : seul lui dirigerait la famille. Les autres serviraient d’alliance, intégreraient d’autres secteurs que celui de la direction. La garde, le clergé, peu importe. Seul l’aîné se devait de perpétuer ce qu’Isidore appelait un peu pompeusement la “dynastie Ventfroid” et ses valeurs.

Dans sa chambre, assis sur le lit, il n’en menait cependant pas large. Il avait l’impression que de multiples fers chauffés à blanc étaient apposés sur toute la surface de son dos. Dos qui ressemblait… eh bien qui ne ressemblait pas à grand chose. Un boucher eût peiné pour obtenir un tel résultat. Les plus anciennes plaies étaient rouvertes par endroits, et les plus récentes, bien que plus propres, étaient cependant gonflées et rougies à l’extrême, perlant même du sang par endroit. Un massacre, qui horrifiait la servante, à peine plus âgée que Morion, chargée de l’emmailloter dans d’épais bandage recouvert d’un onguent gras, conçu pour désinfecter les plaies et les isoler de l’air, afin d’éviter que des maladies n’entrent dans le corps du jeune homme. Elle passa au préalable un linge chaud et humide pour nettoyer la chair blessée comme elle le pouvait, essayant tant bien que mal de faire fi des crispations et grognements de Morion.

«Maître Morion, vous ne pouvez continuer ainsi, avez-vous seulement vu l’état de votre dos ?

- Taisez-vous. Je le sens, c’est bien suffisant. Et pour l’amour des Dieux, mêlez-vous donc de ce qui vous concerne... Lâcha le jeune homme dans un souffle.

- Pardonnez-moi de ne pouvoir rester indifférente aux traitements que vous subissez. Tenez-vous droit pendant que je bande votre dos. Ca va faire mal, je vais être obligée de serrer fort.»

Effectivement, ce fut brutal. Bien que la servante fit de son mieux pour ménager son maître, la douleur fut tout de même prompte à le faire grogner et gémir. Mais l’habitude rendait tout ceci plus supportable. Son père lui infligeait ce supplice depuis des années. Il n’était cependant pas fou : il y avait, assez régulièrement, des pauses, afin de laisser Morion récupérer, et permettre à ses blessures de cicatriser. Pour ce que l’héritier Ventfroid en savait, son paternel ne faisait en revanche aucune pause avec les flagellations. Il portait plusieurs couches de vêtements afin d’éviter que les perles de sang ne se voient. Ce devait être sa mère qui s’occupait de le soigner, probablement car aucun servant n’était supposé être au courant des pratiques du maître de maison.

Soren se saisit brusquement de la main de la servante avant qu’elle ne parte. Surprise, presque choquée, elle leva les yeux vers lui. Il souriait.

«Je vous en prie, cessez de vous faire autant de souci. Certaines choses sont nécessaires, notamment celle-là. Vous vous occupez merveilleusement bien de moi, je m’excuse encore pour ma brutalité toute à l’heure. Laissez-moi, maintenant, vous devez sûrement avoir du travail.»

La servante hocha timidement la tête, et sortit sans prononcer un mot de plus. Morion n’adressait que très rarement la parole aux domestiques de la maison. Mais il n’était pas méchant. Sans être gentil pour autant, soit dit en passant. Mais sur bien des points, il était l’exact opposé de son père. Lui était plein de douceur, très calme, auréolé d’une espèce de légèreté et de sérénité que son paternel ne possédait pas, bien au contraire.


***

Morion détestait ces rendez-vous. Si la chasse ne lui était pas désagréable, il ne pouvait cependant pas supporter son oncle, et ses manières horriblement pompeuses, outrancières, ostentatoires. Il était noble, il était riche, et il le savait. C’était insupportable. Il n’était pourtant pas du type à détester qui que ce soit sans raison solide, mais là… Tout dans l’attitude de cet homme rondouillard, aux cheveux gras, trahissait l’essence même de leur famille. Il était, en quelque sorte, la dernière trace honteuse de la décadence des Ventfroid. Tout du moins, c’était ainsi que Morion l’interprétait, et il savait pertinemment que c’était également le cas de son père.

Le repas fut une véritable torture. Etaient présents : Morion et Isidore, son frère Anatoll, son épouse Juliette, ainsi que leurs deux fils, Nathalia et Annah. Et pourtant, la table regorgeaient de victuailles. C’en était indécent. Viandes farcies aux épices exotiques, fruits hors saison, vins hors de prix importés depuis l’autre bout du pays, et le tout en quantité impressionnantes. S’ils avaient disposé de telles quantités de nourriture à Marbrume, nul doute qu’ils auraient eu assez pour toute la maisonnée pendant des semaines.

Morion sentit parfaitement le regard moqueur de leurs hôtes, qui les prenaient pour des ascètes indécrottables, et ne se privèrent pas pour faire quelques remarques bien senties. Tout en se gavant, ils contaient les dernières intrigues de la ville, de la cour royale. Ils leur racontaient également chaque bal, chaque réception, chaque dîner qu’ils avaient eu depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Et ça n’était pas fait de façon anodine : Anatoll, l’oncle de Morion, savait très bien à quel point les deux invités réprouvaient ce genre de pratiques. Et plus ils parlaient, plus le jeune homme sentait les blessures dans son dos le lancer, comme si sa chair réagissait d’elle-même à l’affront qu’ils subissaient alors même qu’ils avaient été conviés.

Morion prit la résolution de réduire chacun des membres présents autour de cette table, son géniteur excepté, au silence. Peu importe le temps que cela prendrait. Voilà des années qu’il s’entraînait, qu’il subissait une éducation faite de fer, de cuir et de sang pour restaurer un honneur et une réputation longtemps bafoués. Des années qu’il saignait et pleurait pour que les Ventfroid redeviennent les gardiens des valeurs religieuses et royales profondes, édictées par Angus 1er du temps des premiers rois. La simple existence de ces personnes lui était parfaitement intolérable.

Et tout le reste de la journée fut du même acabit. A subir des plaisanteries ridicules sur leur mode de vie, soulignant parfois avec une ironie à peine dissimulée que leur habileté à cheval et à la chasse provenait d’un style de vie confinant au sauvage.

Ce fut la première fois, mais sûrement pas la dernière, que Morion ressentit une telle fureur. Il ne savait que penser pour son père, qui restait systématiquement impassible, stoïque, mais espérait grandement que son ressentiment soit égal au sien, sinon supérieur.

Une fois rentré, à la tombée de la nuit, il conta à sa mère, son frère et ses soeurs leurs mésaventures de la journée, et passa du temps avec eux, pour se détendre. Mais même le lendemain, et les autres jours, la détermination de les envoyer en enfer pour laver définitivement toute trace de fange resta vivace, solidement ancrée en lui.


***


Histoire de Ventfroid. Volume 46. Morion de Ventfroid. An 1152.

L’Affaire de «L’Incendie du Comté».

Survint en Juillet 1150 une tragédie sur le comté de Ventfroid, mois durant lequel la famille se vit amputée de quatre de ses membres. Durant la nuit du 8 au 9 juillet, un incendie se déclara au manoir Ventfroid, sur le domaine appartenant à Anatoll de Ventfroid et sa famille. La garde signala bien quatre victimes, bien qu’il fut totalement impossible de les identifier. La cause demeure inconnue aujourd’hui du grand public.

Le huit au matin, mon père Isidore et moi-même, conviés pour l’anniversaire d’Anatoll de Ventfroid, mon oncle, prirent la route qui devait nous conduire au comté. Bien qu’il fut à peine quelques minutes après le lever du soleil, il faisait très chaud. Nous tenions cependant à couvrir les quelques heures de cheval qui nous séparaient du domaine avant midi.

Nous savions en quittant Marbrume le matin même comment cette journée allait finir. Car oui, s’il fut impossible de définir la cause exacte de l’incendie, c’est surtout parce que les dégâts furent tels que la plupart de la demeure avait complètement brûlé. Quant aux occupants de la maisonnée, ils seraient incapables de sortir, et même, je dois dire, totalement inconscient du drame se jouant autour d’eux. Mais ne gâchons pas le récit.

Comme à chaque fois que nous allions au comté, mon oncle et sa femme déroulaient un tapis rouge recouvert d’épines. Nous étions reçus comme des princes, traités en demi-dieux, on nous pomponnait, on nous cajolait. Alors même, et ils en étaient parfaitement conscients, que nous ne supportions pas cette façon outrageusement cérémonieuse de nous traiter. Nous visitâmes les terres, allâmes nous promener pendant une heure ou deux, le temps que les serviteurs préparent la cuisine. J’allai personnellement près du ruisseau qui bordait le jardin du manoir, accompagné par les deux fils d’Anatoll. Mes cousins, bien qu’il me fut impossible de les considérer comme membres de ma famille. Mon père m’encouragea cependant à aller pêcher avec eux, me murmurant que le jugement était déjà en marche. Alors j’obéis.

Une fois de plus, la table me donna la nausée rien qu’à la voir. Une profusion indécente d’aliments, dont la plupart finiraient jetés aux ordures, faute de fraîcheur et d’avoir été consommés. Cette fois en revanche, à la grande surprise de nos hôtes, mon père et moi mangeâmes comme des ogres, faisant honneur à la tablée. Etait-ce pour nous moquer d’eux, ou les empêcher, pour une fois, de glisser d’insultants commentaires à l’encontre de notre régime ? Je ne sais. Mais après tout… c’était leur dernier repas, autant leur faire honneur, n’est-ce pas ?

L’après-midi fut la même que toutes les autres. Des heures à chasser le gibier dans le bois le plus proche. Nous ne nous attendions pas à un changement d’habitudes de leur part. Evidemment, eux non plus. Le soir venu, car il était prévu que nous mangions avec eux et rentrions après, nous passâmes à l’action. Il était temps de leur raconter une petite histoire. Elle fut contée par mon père, et je dois avouer que leur réaction fut des plus distrayante. Voici donc en substance ce qu’Isidore de Ventfroid relata :

«Il y a de cela des siècles et des siècles, une noble famille, dont l’amour pour la religion n’avait d’égal que sa loyauté envers la couronne, fut spécialement qualifiée par le roi d’armée des ombres. Ce titre ne viendrait que bien plus tard, voyez-vous, mais il fut entendu que cette famille protègerait les valeurs symboliques de la couronne et de la Sainte Trinité peu importe les moyens employés. Cette famille pourtant, avait une réputation des plus sombres. Ils vivaient dans une région reculée, au climat hostile, et ne faisaient que rarement d’apparitions publiques aux banquets ou lors de réceptions organisées par les différentes familles de la Cour. Ils n’avaient pas d’alliance politique, et l’essentiel de leur temps était occupé à prouver leur amour envers les Dieux, ou à neutraliser les ennemis de la couronne. Même si cela impliquait parfois de commettre des méfaits. Evidemment, cela contribuait aux nombreuses rumeurs circulant à leur sujet, qu’ils ne démentaient pas. Pour entretenir le mystère ou par mépris, allez savoir.

Mais de tout temps, cette famille suivit une ligne de conduite figée dans la glace, dure comme le fer. A tel point que si cette ligne impliquait de trahir un souverain afin de sauvegarder les valeurs qui justifiaient l’existence de la famille, ils n’hésitaient pas à le faire. Et notez bien une chose : le pouvoir n’a jamais été leur objectif. Ni la richesse, ni la gloire. C’est même exactement le contraire. Moins on les sollicitait, moins on parlait d’eux, et mieux ils se portaient.

Cependant… Il y a trois siècles environ, l’un des chefs de famille décida que ces valeurs séculaires n’avaient aucune raison d’être perpétuées encore. Alors que les autres nobles étalaient sans vergogne leurs richesses et se laissaient aller dans la luxure et promulguaient le culte des apparences, la famille devait rester en retrait et ne prendre part aux jeux de pouvoir qu’en cas de nécessité ? Il trouvait cela injuste. Alors lui aussi il se lança, entraînant avec lui toute la famille, dans ce bal de débauche, déshonorant son nom et trahissant tout ce qui faisait de la famille ce qu’elle était.

Bien plus tard, un homme naîtrait, et ferait tout pour restaurer ce que la famille avait perdu. Le fondateur de cette grande et ancestrale lignée se nommait Angus de Ventfroy, premier du nom. Son digne héritier et fer de lance de la purification de la Maison Ventfroid se nomme Isidore de Ventfroid.

Une dernière chose. Au Manoir de Ventfroid, il y a une grande bibliothèque. Tout un rayon est consacré à l’histoire de la famille. Chaque chef de famille a pour but de consigner les évènements marquants dans un ouvrage, qui viendra compléter la collection. Quelques uns furent perdus au travers des âges, mais il en reste plus d’une trentaine, dont le plus précieux, celui rédigé de la main d’Angus 1er lui-même. Si vous aviez eu une once d’intérêt pour votre propre histoire en venant au Manoir, vous auriez peut-être eu connaissance de tout cela, et notamment des trois lois. La troisième est intéressante. “De Rikni le coeur, du sang félon nourriras”.»


Leurs visages étaient tordus de peur, ce qui, soit dit en toute franchise, m’emplit d’un sentiment de joie tout à fait indescriptible. Je crois que j’endurais leur existence depuis beaucoup trop longtemps.

Sarah, la servante qui nous avait suivi au comté, nous fit un signe de tête discret. Ils n’allaient pas tarder à se retrouver en difficulté. A trop s’auto-congratuler, à vouloir sans cesse creuser le fossé qui nous sépare des autres mortels, de moins bonne naissance, on en oublie qu’ils peuvent fournir d’extraordinaires services. Comme par exemple, des plantes soporifiques, des poisons, et tout autre moyen de nuire à l’existence d’une personne. Notre apothicaire se révéla en ce jour d’une grande aide, et Sarah également en corrompant leur vin si onéreux, dont ils étaient si fiers.

Puisqu’ils ne pouvaient quitter leur table, mon père et moi décrochâmes quelques tentures, et leur mirent le feu. Pour faire bonne mesure, nous allâmes mettre le feu dans les chambres, et partout où le feu prendrait vite. L’idée étant de faire flamber le tout aussi vite et aussi fort que possible.

Ce fut la dernière étape du nettoyage de la famille Ventfroid.


Deuxième Partie


Le massacre des membres considérés comme illégitimes et déshonorants de la Maison Ventfroid furent une étape des plus décisives dans l’évolution de la famille. Le seul point négatif fut que temporairement, l’attention fut attirée sur eux, alors même qu’ils détestaient être sous le feu des projecteurs. Mais faute de preuves ou d’éléments nouveaux dans les diverses enquêtes qui eurent lieu au domaine, l’affaire se tassa petit à petit, les Ventfroid eux-mêmes ne se montrant pas particulièrement insistants dans la volonté de démasquer un éventuel coupable. Ils jouèrent habilement la carte de la tristesse et de l’abattement, voire même du fatalisme. En quelques mois seulement, on n’évoquait plus l’événement que comme un fait divers, et encore, sur seulement quelques lèvres de commères, lèvres rarement prises au sérieux.

S’ensuivit une très longue période durant laquelle les Ventfroid s’en retournèrent à leurs deux plus fidèles alliés : l’ombre et le silence. A tel point d’ailleurs, que la famille se fit quasiment oublier de la cour. Durant les réceptions ils brillaient par leur absence. Sauf pour les plus importantes, mais dans ce cas, ça n’était ni Isidore ni Morion qui s’y présentaient, mais toujours un des autres membres de la fratrie. Qui évidemment, s’ils discutaient de bons coeur des divers potins de la noblesse, restaient d’une discrétion absolue en ce qui concernait leur propre famille. Une question maladroite et les voilà partis sur un autre sujet, voire partis tout court. Si les plus suspicieux et médisants subodoraient quelque complot ou sombre manigance, il fut bien difficile de leur donner raison étant donné que le manoir restait hermétiquement clos. Les quelques fois où l’on vit l’une des deux figures de proue de la Maison Ventfroid s’aventurer hors de leur antre, c’était pour foncer au domaine familial afin de superviser la reconstruction du châtelet. Et là encore, il était formellement interdit d’entrer sur les terres de la famille.

Néanmoins, cette absence, ce profond sommeil apparent n’était qu’une façade. Ils agissaient et complotaient effectivement, avec patience et discrétion, portés par des courants profonds, bien plus profonds que ceux auxquels la noblesse prêtait ordinairement attention, et qui, il faut bien l’avouer, dépassaient rarement la distance séparant leurs yeux du bout de leur nez. Ce qui rendait la tâche éminemment plus facile pour Morion et son père. Bien qu’Isidore était vieillissant, et ne tarda pas à léguer l’entièreté des charges familiales à son fils. Morion, qui n’était pourtant pas homme de pouvoir, se satisfit grandement de ce gain de puissance. Car s’il respectait son père, il n’en éprouvait pas moins certains désaccords vis à vis des méthodes de celui-ci pour assurer la pérennité de leur lignée, et surtout, le suivi de leurs traditions sacrées. Il le trouvait trop inflexible, trop buté, et surtout, bien trop pragmatique. Nombre de qualités parfois utiles, certes, mais en l’occurrence trop… limitantes. Désormais, il avait le champ libre.

Histoire de Ventfroid. Volume 46. Morion de Ventfroid. An 1158.

«La Toile»

Avez-vous pris le temps, un jour, d’observer calmement et patiemment le splendide travail des tisseuses que nous nommons araignées ? Elles sont absolument fantastiques. Et si, par bien des aspects, notamment leur apparence, elles effraient, elles n’en restent pas moins des artistes insoupçonnées, et des exemples qu’il est parfois bon de suivre.

Tout d’abord, elles explorent les lieux. Lequel est le plus humide, ou le plus sec. Celui où la température est la plus élevée, celui où il est facile d’aller se nourrir. Le choix du lieu est déterminant. Comme les premiers fondateurs d’une ville préféreront la bâtir près d’un cours d’eau, pour leur survie, ainsi que pour être certains d’avoir des terres fertiles à proximité. Avoir du bois non loin est une bonne chose également, pour la construction. Idéalement placée, les premières bâtisses de ce hameau formeront rapidement une ville car situées à un point stratégique, qui attire les gens.

Les habiles tisseuses de toile fonctionnent sur le même principe, à plus petite échelle. Une fois le lieu le plus attirant pour ses proies trouvé, elle entame un fastidieux mais magnifique travail. Posant ses bases aux endroits les plus stables, elle entreprend de monter un réseau de soie finement orchestré, visant à attraper des proies de façon optimale. Plusieurs critères sont ainsi à observer. Tout d’abord, l’épaisseur de fil. Suffisamment résistant pour être résistant à la fuite, mais assez fin pour être pratiquement invisible à l’oeil. Toute la surface du terrain de chasse doit également être couverte, et pour cela les motifs doivent être le fruit d’une rigoureuse géométrie.

Quand la toile est enfin terminée, la prédatrice se réfugie dans un endroit sombre, le plus souvent l’une de ses bases de construction, et patiente sagement. Deux types de proies se profilent alors. La première, quand elle sent qu’elle est tombée dans le soyeux piège, se débat de toutes ses forces, resserrant ainsi l’étreinte autour d’elle, et scellant du même coup son funeste destin. La deuxième demande un plus grand discernement. Il peut s’agir d’une proie plus rusée que les autres, ou une rescapée d’un autre piège du même genre. Quand elle entre en contact avec la toile, elle cesse de bouger. Ainsi, elle se rend difficile à trouver, seul l’impact premier donnant une vague idée de sa position. Mais la prédatrice est elle aussi rusée, et prudente. Elle teste, un par un, les fils. Elle s’avance dans l’ombre, essaie d’apercevoir des fluctuations, des irrégularités dans l’oeuvre qu’elle a passé tant de temps à créer. Si rien ne se profile à l’horizon, elle sectionne les fils suspects, sans remords, préférant l’oeuvre meurtrie à une mort probable. Certains prédateurs aiment à se travestir en proie. En revanche, si un infime mouvement apeuré vient trahir la position de la proie, sa vélocité et son venin fulgurant auront raison de sa cible aussi sûrement qu’une dague et une fiole de poison.

Nous avons, par défaut, tendance à nous estimer au dessus de toute forme de vie, car nous leur paraissons en tout point supérieurs. Cependant, ce manque d’humilité sera un jour notre perte. Les Dieux sont à l’origine de tout, et il est irrespectueux et horriblement vaniteux de se prétendre supérieur à toutes leurs créations.

Il est parfois bon d’observer ce qui nous entoure, et de déceler dans la banalité la plus totale l’ingéniosité qui la régit. Cette banalité est peut-être volontaire. De même que par réflexe, vous chassez ces araignées qui hantent vos plafonds et vos combles, vous devriez prendre le temps de les observer. Leur mode de vie est incroyablement instructif, et peut être inspirant sur bien des points.


Nombreux sont les passages du Tome 46, l’ouvrage de Morion, à parler de cette façon, à mots couverts.

L’an 1158 chez les Ventfroid fut témoin de nombreux complots souterrains, visant à saper l’influence grandissante du Duc de Morguestanc. Car plutôt que d’imiter cette opulente noblesse s’affichant et s’affichant encore, Morion se constitua un solide réseau d’informateurs, basé sur la haine commune qu’ils éprouvaient envers le commandement du duché. Qu’il s’agisse de nobles, ou même encore d’hommes et femme de la plèbe, tous les moyens étaient bons pour parvenir à rendre le duc fou. Si Machiavel avait vécu en ce monde, nul doute qu’il aurait vu en Morion son fils spirituel.
Pour ceux qui auraient pu voir d’un mauvais oeil les agissements de Morion et son étrange philosophie, il faut bien mettre au clair une chose : les valeurs auxquelles croient Morion sont supérieur à tout. Elles sont incarnées en la personne du Roi, et reflètent l’héritage des Dieux. Autrement dit, l’homme n’est rien comparé à elles, et s’il doit être sacrifié pour qu’elles perdurent, qu’il en soit ainsi. La froideur légendaire des Ventfroid et leur stoïcisme colle parfaitement à ces principes.

La période de silence des Ventfroid prit fin en 1164, à l’apparition des fangeux.


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MessageSujet: Re: Morion de Ventfroid. [Terminé]   Mar 1 Déc 2015 - 21:41
[Bon ben... J'mets le reste ici vu que ça passe pas dans la fiche.]

Troisième et dernière partie


♦ 17 Juillet 1164. Manoir des Ventfroid, Marbrume.

Morion posa la plume qu’il tenait en main, et relut la lettre qu’il venait d’écrire, destinée au Roi en personne. Il était pour le moins… préoccupé. Depuis à peu près un mois, de désagréables rumeurs atteignaient ses oreilles. Comme tout le monde sûrement, il avait été très sceptique à l’annonce de cet étrange et mortel Fléau qui était né sur les terres de Langres. Il était assez difficile d’imaginer un ennemi auquel le royaume ne puisse faire face. Et dans tous les cas, les rumeurs et on-dits étaient un petit peu l’océan dans lequel il louvoyait depuis des années, il avait appris à en juger les courants, et à en maîtriser la houle. Cependant, cet écho avait atteint une ampleur qu’il ne pouvait plus se permettre d’ignorer, à plus forte raison si comme il le pensait, la sécurité du royaume et donc de son souverain, étaient remises en cause. Ainsi, il avait prit la décision d’envoyer une missive, non aux relations qu’il pouvait avoir dans le royaume, mais directement au Roi. Il était largement temps de rappeler à son souverain que les gardiens du nord étaient toujours présents.

«A Votre Sainte Majesté,

Pardonnez cette lettre un peu cavalière, ne présentant pas tous les usages voulus, mais c’est l’urgence et l’inquiétude qui meuvent mon poignet, et il serait ennuyeux de perdre en substance pour quelques termes mal choisis.

Voilà plus d’un mois que j’entends parler, à mon grand déplaisir, d’un étrange phénomène survenu dans l’Ouest lointain. Ici, à Marbrume, nous eûmes le loisir de rencontrer quelques voyageurs, qui une fois graissés, laissèrent libre cours à leur inquiétude. Des créatures, content-ils, des disparitions, des ombres inquiétantes qui ne peuvent venir que d’un absurde et terrifiant cauchemar. Une punition divine, une fabulation ? Je ne sais trop qu’en penser Votre Sainteté. Mais en mon coeur, l’inquiétude point.

Cette lettre a ainsi pour but de vous rappeler qu’en toutes circonstances, vos gardiens de l’ombre sont toujours là. Nous sommes toujours présents, dans la nuit, cultivant le silence, et oeuvrant pour assurer la sécurité de votre suzeraineté et de vos valeurs. Un mot de votre part, Votre Altesse, et je prendrai la route immédiatement. Mon frère et mes soeurs sauront fort bien s’occuper de notre domaine ici, à Marbrume. Mon père Isidore de Ventfroid vous conduit ainsi cette missive en mains propres, il vous fera compte de tout ce que vous lui demanderez et sera notre premier agent directement sur place.

Par la force des événements, il est temps pour vos humbles gardiens de sortir de l’ombre et du silence, au moins dans cette lointaine région, pour faire face à cette épreuve étrange et horrible qui nous est envoyée. Je vous recontacterai dans les plus brefs délais.

Nos âmes sont de fer. Nos coeur, faits de la glace dont nous héritâmes. Fils du nord, enfants des blizzards hurlants, l’hiver et son suaire blanc sont nos manteaux. Nous sommes les Ventfroid. Notre foi n’a d’égal que notre dureté.

Votre humble et loyal serviteur, Morion de Ventfroid.»


La missive partit dans la journée, tenue par son père, qui encore plus alarmiste que lui, voulait rallier la capitale aussi vite que possible. Morion avait tenté de le dissuader quelques temps auparavant, quand les rumeurs étaient devenus des faits, mais il n’avait rien voulu entendre. Ils étaient de plus en plus souvent en désaccord, d’ailleurs. L’un trop droit, borné et buté, le second peut-être trop souple et impliqué dans la noirceur de Marbrume. L’un tenait fermement à son statut noble, l’autre ne faisait qu’assez peu de différenciations entre son titre et le reste de la population, jugeant que les valeurs qu’il avait à honorer se passaient bien de tout jugement social. De fait, voyant qu’Isidore irait à la capitale même en étant enchaîné dans les égouts de la ville, il avait préféré laisser couler, et concentrer ses efforts sur d’autres choses, plus urgentes. S’il avait montré un tant soit plus d’opiniâtreté, quitte à effectivement enchaîner son père dans les égouts, il aurait peut-être eu une chance de le revoir. Mais sa missive comme son porteur disparurent, et il se doute bien aujourd’hui de ce qu’ils sont devenus, et de ce que cela implique.



♦ 22 Août 1164. Domaine de Ventfroid. Crépuscule.

Plus d’un mois déjà que sa missive s’en était allée. Aucune nouvelle, pas la moindre réponse. Vu l’urgence de la situation, les interprétations possibles n’étaient vraiment pas nombreuses. Mais pas le temps de s’inquiéter, ni même d’y penser, finalement. De nouveaux éléments venaient perturber son train de vie et ses habituelles manigances. A commencer par ces incroyables migrations. Les fuyards arrivaient par centaines, abandonnant terres et biens pour trouver refuge dans les contrées orientales du royaume. C’était un spectacle parfois impressionnant. Des files entières de gens, accompagnées par mules, charrettes et autres, essayant de sauver ce qui pouvait l’être de ce fléau qui n’avait plus rien d’une rumeur, désormais. Cela confirma l’idée de Morion : il n’aurait probablement plus de nouvelles de son père. Il priait chaque jour Rikni de lui ramener son père, et surtout son souverain sain et sauf, mais depuis quelques temps, ses requêtes avaient perdu en ferveur. Parmi tous ces gens qui envahissaient les murs de la cité et ses alentours, nombreux étaient ceux qui venaient de régions nettement plus éloignées que la capitale. Si son paternel avait pu revenir, il l’aurait déjà fait depuis bien longtemps. Et depuis une dizaine de jours, le domaine était en émoi. Pour les quelques commères qui se demandaient quelle tête avait le Maître du manoir de Ventfroid, sur l’Esplanade, elles eurent tout le loisir de l’admirer. Lui qui n’en sortait qu’en de rares occasions, à des heures parfaitement indues, le voilà qui multipliait les allers retours entre la ville et le domaine.


Morion avait un esprit d’analyse aiguisé, mais aimait avant tout se baser sur des faits, afin de prendre la décision la plus logique qui soit au moment opportun. Il n’anticipait pas moins bien les choses, et des événements en cours il avait retenu beaucoup de choses, qui avaient motivé de nombreuses prises de décision, notamment la plus importante : faire ce que le duc semblait peu enclin à faire. En l’occurrence, organiser une force de défense avancée, loin de la ville. Les fangeux, tels qu’ils étaient nommés, avançaient vers l’est. Ils semblaient particulièrement apprécier la chair humaine, et si celle-ci se concentrait à l’est du pays, nul doute qu’ils finiraient par arriver ici, au duché et sur les comtés et marquisats voisins. Depuis des années Morion ne se basait ni sur les instructions ni sur les jugements du Duc pour agir. Il était intimement convaincu de son incompétence. Il chercherait avant tout à se protéger, et avec tous ces réfugiés qui arrivaient, certains étant des nobles de cour nettement plus puissants que lui, il voudrait s’assurer en tout premier lieu de conserver un pouvoir supérieur à toute chose. Le silence du Roi le conforterait forcément dans ces projets, et Marbrume deviendrait une cité isolée, sous la coupe absolue du Duc. Qui n’aurait de cesse d’asseoir une totale domination sur la ville. Morion plaçait bien une certaine sympathie envers les De Sarosse, une famille qui se moquait assez ouvertement du duc et étaient réputés comme ses principaux rivaux, mais il pensait qu’il n’était pas le temps pour les conflits ouverts. Ainsi, ils bénéficiaient de son soutien, manifesté cependant de façon discrète. S’ils tenaient à mettre le duc en mauvaise position, soit, mais il préférait attendre avant de montrer son visage dans le camp des rivaux. La période était bien trop agitée.

Au domaine donc, il avait pris la décision d’accueillir quelques réfugiés, selon des critères certes stricts, mais le plus justes possible. Ceux qui voulaient bénéficier de l’asile devraient non seulement être capables de se battre si le besoin s’en faisait sentir, mais également contribuer financièrement à l’entretien du domaine. Pas que Morion soit spécialement cupide, mais héberger des gens, signifiait également les nourrir. Probablement les fournir en armes. Bref, tout ceci demandait énormément de liquidités, et il ne pouvait tout fournir lui-même, même s’il allait mettre la main à la poche en des proportions non négligeables. La fortune familiale étant de toute façon colossale, cela ne lui posait pas de problèmes. Ayant fait préciser par ses gens que l’admission nécessiterait à un moment où à un autre de travailler, et surtout, de finir par en venir aux fers, beaucoup de nobles voyant dans l’offre de Morion une occasion de conserver un peu de dignité, se virent sévèrement déçus. Ils tentèrent bien de forcer la main à ceux qui les accueillaient, mais rien n’y fit. Par dépit, ils criaient à qui voulait l’entendre que le maître de maison se constituait une simple réserve de soldats personnels, afin de défendre ses richesses, et son rang, qu’il se fichait d’eux, et pis encore, prenait leur argent en échange de leur hébergement. Morion fit le déplacement spécialement pour eux, arme au poing, toujours serein et posé, en expliquant calmement que si le domaine venait à être attaqué, les chevaliers au service de sa famille, les diverses personnes hébergées ici se battraient, mais qu’il serait quoi qu’il arrive en première ligne.

«Je suis un descendant d’une lignée qui existait du temps des Premier Rois. Nous sommes habitués à l’hostilité et aux crises. Et surtout, notre rang vient du mérite, notre fortune fut acquise par de longs siècles de labeur. Déshonorez une fois encore le nom des Ventfroid, même en pensée, et je vous ouvre l’abdomen pour faire une harpe de vos boyaux. Nous n’avons rien de commun quand bien même nous évoluerions dans les mêmes sphères.»


Il était aussi rare qu’amusant de voir Morion parler aussi clairement, et mettre aussi brutalement quelqu’un de rang égal ou supérieur au sien. Le plus amusant dans l’histoire étant que derrière son sourire et son regard limpide, quoi que froid comme la mort, se cachaient une menace des plus sérieuses, qu’il serait parfaitement capable de mettre à exécution. Ses mains étaient tâchées de sang, ses gens et ses chevaliers le savaient parfaitement.

Cette intervention peu coutumière de Morion, qui plus est en public, rasséréna pas mal d’esprits. Notamment ceux qui pensaient effectivement comme ces nobles, mais qui, trop heureux d’avoir un endroit où vivre, ou trop craintif d’exprimer leurs pensées profondes au maître des lieux qui malgré son apparente générosité, restait drôlement inquiétant, gardaient leurs doutes cachés. Voilà qui avait largement suffi à les mettre en pièce.

Mais le 22 Août n’est pas une date importante à cause de cela, non. Elle marque l’histoire de Ventfroid car il s’agit de la première attaque de Fangeux à laquelle assista Morion, et pour le coup, en première ligne, il l’était. Tout se passa assez vite. On savait depuis quelques jours que les curieuses créatures rôdaient dans le marais, et ils avaient été une ou deux fois aperçus rôdant sous les branches basses des arbres tordus. Mais ils n’avaient jamais vraiment attaqué, bien qu’on parlât de victimes ayant tenté la traversée du marais au mauvais moment. Ce qui en l’occurrence était le cas. Et pas beau à voir.

Histoire de Ventfroid, Volume 46. Morion de Ventfroid. An 1164.

«Premier Contact.»

Cette page marque un tournant dans l’histoire des Ventfroid. Sarah vient de finir de panser mes blessures, et je dois bien avouer que jamais je ne fus si peu certain de revoir un jour la lumière du jour. Et comme je le pensais… Le Duc est définitivement le plus sombre des crétins qu’il m’eût été permis de rencontrer un jour.

Le soleil venait de disparaître, et je sortais à peine d’une altercation avec quelque noble un peu sceptique et fort médisant qui crut bon de cracher sur mon nom en mon absence. Mal lui en prit. Une fois ce petit incident passé, je profitai du fait d’être directement présent pour donner des instruction à mes domestiques, et surtout à nos chevaliers, qui je dois l’avouer se sentaient un peu perdus. Qui ne l’eut pas été en ces temps ?

Pendant que tout le monde s’affairait, je guidais le commandant de nos chevaliers vers le grand pavillon situé derrière le manoir. Il servait normalement à recevoir les invités, mais avait été déserté il y a bien longtemps. Je lui donnai les clés, et lui laissai faire ce qu’il voulait de la maisonnée, en stipulant cependant que cela serait désormais le logis de ses hommes, et le sien. En réaménageant le tout, il y avait largement la place d’accueillir du monde ici, et je tenais à ce que les seuls hommes réellement entraînés à se battre dont je disposais bénéficient du confort et de l’isolement qu’ils voulaient.

C’est pendant que je lui faisait faire le tour du propriétaire que j’entendis les premiers cris. Alarmés, nous descendîmes immédiatement et fonçâmes à l’entrée du domaine, d’où les cris provenaient. Un groupe de fuyards visiblement secoués se ruaient vers nous, et paniqués autant que perdus, les gens présents reculaient. J’appelai immédiatement la garde à se mettre en place, arme au poing, le commandant et moi en tête. C’est là que je les vis pour la première fois distinctement. Des humains. Bien plus rapides, la plupart d’entre eux n’avaient qu’un ou deux lambeaux comme vêtement, mais définitivement, ils avaient des traits tout à fait normaux. Hormis leur couleurs, et leurs postures animales, tordues, terriblement agressives. Je pus également voir en spectateur de premier choix la force qu’ils possédaient. Un des fuyards en queue de file se fit très rapidement rattraper par ces créatures, qui n’étaient finalement pas si nombreuses. Elles étaient trois. Mais dès que le bougre fut à portée de griffe, un bond magistral de la créature le cloua au sol. Sa gorge fut arrachée. Littéralement, un large mouvement de la main et un morceau de chair sanglant reposait dans la main, la patte ou peu importe, du fangeux. Et le pauvre homme finit son agonie comme une bête, égorgé.

Il n’était cependant pas l’heure d’admirer les ravages causés par ces bêtes, et c’est non sans une certaine appréhension que je courus vers elles, suivi de près par mes chevaliers.

Je ne sais toujours pas dire avec précision ce qu’il se passa exactement. Ce qui est certain c’est qu’après une dizaine de minutes de lutte acharnée, je plantai la lame de mon épée dans la terre meuble, et pris un instant le temps de souffler, et de me rendre compte quelle calamité venait de nous tomber dessus. N’étant pas armé pour la guerre, et n’ayant pas prévu cette attaque surprise, mon veston était en lambeaux, et je sentais les plaies brûler douloureusement là où j’avais été griffé. Une vilaine morsure sur mon avant-bras laissait également goutter quelques perles vermeil. Je fus donc immédiatement transporté au Manoir pendant que les chevaliers et le commandant remettaient de l’ordre sur le domaine, incitant les gens au calme, et précisant aux domestiques que j’allais bien.

Ca me brûle toujours, et sans confirmation, je ne peux avoir la certitude que je ne finirai pas comme eux. Leurs cadavres seront brûlés, et des protections installés autour du domaine. Une chose est certaine : si mon père a bien été abattu par eux, si le royaume est en péril à cause d’eux… Je les exterminerai toutes, sans exception. Peu importe qu’il y ait un Duc à servir et à protéger, cet homme aurait du se trouver à la place de ce pauvre hère foudroyé par un fléau que je peine toujours à comprendre.

Je crains que la vie que nous menions ne soit plus jamais la même. Qu’il s’agisse du comté de Ventfroid, ou de Marbrume intra-muros. J’espère toutefois permettre au Volume 46 d’être terminé, même si ça doit être le dernier. Nous avons assisté à la naissance de ce Royaume. S’il doit périr, le dernier homme à mourir sera un Ventfroid.



♦ Septembre 1164, Manoir de Ventfroid, Marbrume. Minuit passé.

Histoire de Ventfroid, Volume 46. An 1164.

«De Rikni le Coeur, du sang félon nourriras.»

Ils paieront, tous. J’en fais le serment, que Rikni, Anür et Serus m’en soient tous trois témoins. Je n’aurai de cesse de verser le sang des lâches et des traîtres. Que mon rang me soit retiré, ma fortune perdue et mon nom oublié que je vengerai, encore et encore. Même mort, même transformé en ces abominations infernales, je porterai l’étendard sanglant de la vengeance.

Aujourd’hui les Ventfroid sont en deuil. Et le Duc, pauvre fou, a signé son arrêt de mort, l’encre utilisée étant mon propre sang, et celui de tant d’autres personnes qu’il me semblait apprécier. Nous, Ventfroid, réprouvons la haine, une passion qui fausse le jugement. Pourtant je peux sans rougir avouer haïr cet homme. Par un heureux hasard, cet homme correspond exactement aux êtres et défauts que nous avons juré d’éliminer.

Aujourd’hui, Marbrume, ses remparts au moins, subirent une attaque des fangeux. Mais une attaque massive. Un cortège de nobles, les plus notables étant les De Sarosse, avaient décidé d’abandonner leur domaine, chose parfaitement raisonnable, quand on voyait à quel point l’extra-muros était dangereux. Mon frère, mon propre frère ainsi que ma mère, étaient parmi eux. Je les avais moi-même envoyé au domaine des de Sarosse pour nouer quelque début d’accord et d’entente avec la famille dont l’animosité anti-ducale n’était plus un secret pour personne. Je me sens terriblement responsable de leur perte. Et, je suppose, à raison. Car lorsque le cortège demanda asile, au lieu de leur ouvrir les portes de la cité, le Duc, cet espèce d’animal, ordonna à ses ennemis de se déshonorer en lui offrir des excuses publiques. C’est là que l’attaque débuta. Et pourtant, bien que l’urgence de la situation poussât Cyras De Sarosse à balbutier des excuses, la volonté de sauver sa vie et celle des autres étant nettement plus forte que son propre déshonneur, le Duc garda les portes closes. Un massacre sans nom s’ensuivit.

J’étais sur les remparts, comme beaucoup, priant pour que pour une fois dans la misérable existence, le Duc fasse autre chose qu’une stupidité, et fus cruellement déçu. J’ai gravé dans ma mémoire l’image de ces braves gens, le courage dont ils firent preuve, la peur figée sur leurs têtes quand le fléau s’abattit sans pitié sur eux. De même que les cadavres pâles et sans vie, qui seraient instantanément brûlés le lendemain. Si je m’en veux d’avoir envoyé mon frère et ma mère à la mort, je considère qu’il me reste encore deux soeurs, bien vivantes. Et je les protègerai quoi qu’il arrive. En revanche, il est hors de question que je pardonne à ce Sigfroi la moindre de ses exactions.

De Rikni le Coeur, du sang félon nourrias.

Et il en sera ainsi jusq’au delà de la satiété, j’en fais le serment.

***

Morion referma le volume, et alla le ranger à la place qui lui revenait, juste après le livre inachevé de son père. Il se revêtit plus chaudement qu’il ne l’était sur le moment, et prévint Talen, le majordome de maison, qu’il sortait prendre l’air.
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MessageSujet: Re: Morion de Ventfroid. [Terminé]   Mer 2 Déc 2015 - 21:51
Re bonsoir.

J'arrive enfin au bout de ce pavé César que tu nous as fourni ! Très bon personnage, tu as une très belle plume et je suis certaine que ce noble Morion, qui est bien construit, plaira à beaucoup en rp. J'aime beaucoup la description de ta famille, les fiches qui décrivent bien la famille noble sont rares.
Tu connais bien la maison avec ton premier compte, je ne m'étends donc pas en blabla inutile et je te souhaite un bon jeu parmi nous avec ce DC Soren !

(Je t'épargne mes remarques lubriques, je crois que la blague s'essouffle )

Je te valide et je vais aller ouvrir ta carrière !
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MessageSujet: Re: Morion de Ventfroid. [Terminé]   
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Morion de Ventfroid. [Terminé]
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