Marbrume



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 Soren Amaël

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Soren AmaëlAubergisteavatar


MessageSujet: Soren Amaël   Ven 20 Nov 2015 - 19:58




Soren Amaël




Identité



Nom : Amaël
Prénom : Soren
Âge : 32 ans
Sexe : Masculin
Rang : Aujourd’hui, c’est un homme du peuple. Mais il fut noble, pendant un temps, bien que sa lignée se soit éteinte en même temps que la joie sur les visages des sujets du royaume de Langres. Il fut également voyageurs, avide d’expériences et de nouvelles visions, propres à l’émouvoir. Il fut mercenaire pacifique, forcé, non sans motivation, de travailler pour payer ses voyages et ses séjours dans divers gîtes et auberges. Il est également conteur, et régale son auditoire d’histoires nombreuses sur tous les endroits qu’il put admirer, et bien qu’il ne soit plus possible d’y aller, bien qu’ils soient probablement dévastés par la mort et la putréfaction, étaient au moment de son passage de sublimes endroits où passer nuits et jours. Aujourd’hui, il ne tient plus qu’un établissement proche de Marbrume, où les hommes et femmes viennent épancher leur douleur, leurs craintes, les noyer dans quelques godets bien remplis.


Carrière envisagée & tableau de départ avec les 4 PCs : Pour ce qui est de la carrière, j’imagine que [Commerçant] est ce qui s’en rapproche le plus, quant aux points… +1 INT, +1 HAB, +2 CHAR devraient faire l’affaire.

Compétences et objets choisis : Pour les Compétences…

♦ Humour
♦ Eloquence
♦ Fermentation
♦ Oenologie

Ca vous va ?

Et je pense qu’il n’utilisera qu’une dague, c’est pas spécialement un chercheur de noises ni un combattant de toute façon.


Physique





Le physique de Soren n’a rien de très particulier. Vraiment rien. S’il marque, c’est avant tout par sa banalité. Soren Amaël n’est pas très grand. A vrai dire, il est plus petit qu’une bonne partie de ses pairs, avec son mètre 75. Notons qu’il n’en éprouve aucun complexe. Sa musculature n’est pas plus développée que son travail ne le nécessite. Ayant déjà fort à faire dans sa taverne, il n’éprouve pas le besoin d’aller gonfler ses bras ou faire apparaître le tant désiré “six-pack” sur son abdomen. Vraiment, à ce niveau là, rien ne le différencie d’un autre homme du peuple. Il n’a jamais été, même durant son noble passé, attaché aux apparences. Ce fut peut-être même un des motifs de son départ, à bien y réfléchir.

En fait, si l’on se souvient d’avoir rencontré Soren, ça tient à bien d’autres choses que sa simple apparence. Il possède un visage simple, relativement rond. Enfin, la fatigue, la tristesse et la lassitude ont fini par tirer ses traits, comme si ces derniers sombres mois avaient eu l’effet de plusieurs années sur son visage. On peut pourtant voir, au coin de ses yeux marron, des rides d’expression signifiant qu’outre plisser régulièrement les yeux, il était homme à rire souvent, et de bon coeur. Tout comme le montreront les fossettes aux coins de ses lèvres. Enfin, on pourra vite constater que le visage de Soren est pour le moins expressif. Même en ces temps troubles, les émotions sont nombreuses, joie comme peine, et même si la peur demeure dominante, surtout en dehors des murs protecteurs de Marbrume, personne n’arrête de vivre. Et chaque émotion frappant l’esprit de Soren trouvera écho sur son visage. Surtout dans ses yeux. Il ne possède ni la clarté d’un regard d’azur, ni la dureté de l’acier des prunelles grises, et encore moins la pétillante étincelle des iris d’émeraude. Son regard est profond, oscillant entre le noir et le marron. On pourra peut-être trouver son regard dur, menaçant, à cause de l’obscurité qui y règne, mais il n’en est rien. A bien y regarder tout au plus y trouverait-on de la tristesse. Mais c’est avant tout un regard ayant vu beaucoup de choses, de belles choses comme d’horribles, un regard sage aussi, mais avant tout une mer de tranquillité. Qui peut, cependant, bien vite se diriger vers les yeux en signe d’agacement ou d’irritation, ou encore fuir son interlocuteur quand, vainement, il tente de mentir. Souvent, il se perd dans le vague comme dans les pensées. Et dans quelques cas, il perd l’étincelle de vie qu’il porte au quotidien. Ces moments sont rares, et sont toujours de mauvais augure.

En terme vestimentaire, on ne peut pas vraiment dire que Soren ait du choix. Quand les bénéfices de la taverne suffisent pour s’offrir de petits extras, il préfère investir dans des instruments pour que les plus talentueux/chanceux des clients puissent jouer quelques morceaux et ainsi égayer l’ambiance de quelques harmoniques. Son style, si on peut parler de ça à cette époque, a cependant toujours été les habits chauds, et sombre. Il est d’un naturel assez frileux il faut dire, suffisamment pour grelotter dans son lit le soir malgré une épaisseur de couverture impressionnante. On le verra ainsi le plus souvent recouvert par de nombreuses couches de tissu brun, bordeaux ou plus simplement noir, dissimulant sa dague et tout autre objet pouvant être attaché à une ceinture.

Pour conclure, Soren est un homme normal, ayant une expérience douloureuse de la vie, mais ne perdant pas foi (difficilement faut l’avouer) en un futur meilleur. C’est un homme normal, mais avec qui il est agréable d’être. Sa voix est chaleureuse, calme et mesurée, idéale pour raconter les nombreuses histoires qu’il a sous la main, à dispenser au tout venant. Il a beau ne pas être grand, ni même beau, il possède cependant ce charme, ce charisme, qui fait qu’à défaut de l’admirer, on se sent en sécurité avec lui, on se sent “comme à la maison”. C’est sûrement le critère majeur de la réussite de son petit établissement, qui accueille chaque jour de nombreuses personnes cherchant un endroit sûr. Et si les planches de bois peuvent paraître une barrière bien frêle comparée à la menace qui rôde dehors, venez écouter ses histoires, perdez vous dans les notes de sa voix, elles constituent à elles seules un refuge de valeur.


Personnalité



On vous décrira, de tout temps, une myriade d’hommes différents si vous leur demandez qui était Soren. Un tenancier bourru et irrévérencieux ? Il l’était, sans aucun doute. Un homme plein d’esprit, aimant musique et poésie, admirant bardes et conteurs ? Il l’était, sans aucun doute. Ou encore caractériel, têtu comme jamais et tenant ses positions aussi fermement qu’une catin tenant la hampe de son client ? Oui, à n’en pas douter, Soren l’était également. Résumer en quelques mots un kaléidoscope psychologique comme le sien est tâche ardue, mais nous allons gratter, au moins un peu, la surface spirituelle de ce brave homme.

Ne vous attendez pas à un accueil chaleureux, lors de votre première rencontre. Dans le meilleur des cas, il sera épuisé, et donc bien trop las pour vous envoyer ses incessantes piques sarcastiques au visage, dans le pire des cas, il menacera de vous savater avec le premier objet lui tombant sous la main. Car l’heure n’est plus aux politesses, mais à la survie. Et bien qu’agréable, la tendresse n’augmente pas l’espérance de vie ici bas. Pourtant, sous des dehors bourrus, Soren est loin d’être un homme mauvais. Bien au contraire. Ouvrir une taverne dans un lieu aussi dangereux que les Faubourgs n’est pas un choix anodin. Et s’il avait voulu s’en mettre plein les fouilles, ce n’est pas ce genre de métier qu’il aurait choisi, mais bien quelque chose d’un peu plus… intellectuel. Ou n’importe quoi d’autre lui permettant d’accéder à la froideur cependant protectrice des murs de Marbrume.

S’il ne l’a pas fait, c’est avant tout parce qu’avec le temps, sieur Amaël est devenu un homme profondément humain.

«Je pige toujours pas comment ces peigne-cul peuvent se tirer dans les pattes alors qu’une armée de monstres affamés attend juste là de se faire un casse dalle.»

Soren aurait deux ou trois mots à dire au Duc si l’opportunité se présentait. Ceci étant, son travail occupe la quasi totalité de son temps, et il évite de mettre les pieds en ville quand c’est possible.

Parmi les moins terreuses de ses relations, toutes vous diront également qu’il est impossible qu’il soit un homme du peuple de naissance. En tout cas, pas de la plèbe commune qui passe tant de temps à nettoyer la bouse de leur bétail que l’odeur en imprègne chaque parcelle de chair. Non, par bien des aspect, dans son attitude, dans ses jugements, ses goûts, il fait preuve d’un certain raffinement, qui n’est inculqué qu’à la noblesse. Du temps de sa suprématie, en tout cas. N’allez cependant pas lui poser la question, il est du genre à se braquer facilement, et c’est probablement le meilleur moyen pour qu’il se ferme à vous que d’évoquer ce sujet, sur lequel il est plus muet qu’une tombe. Sans en faire des caisses non plus, il parlera peut-être à une personne qui aura gagné toute sa confiance.

Le problème étant qu’il ne l’accorde pas facilement. Evoluer dans un milieu où le record de la connerie est perpétuellement battu a de quoi doucher l’enthousiasme des plus optimistes, et Soren, justement, est d’un naturel terriblement pessimiste. La situation n’aide en rien, mais l’homme se retrouve embarqué dans un conflit intérieur où la foi sincère d’un avenir meilleur se dispute avec le fatalisme d’une civilisation à deux doigts de l’extinction, sans possibilité d’y remédier. Et s’en remettre à la Sainte Trinité ne semble pas avoir beaucoup d’effet. Sur ce point d’ailleurs, Soren est ce que l’on pourrait appeler un… «agnostique pétochard».

«Les Dieux ? Mouais. Franchement ça se bouscule pas au portillon pour nous montrer qu’ils sont là, mais dans le doute on va éviter les emmerdements.»

Vous saisissez mieux l’idée ?

Depuis ces derniers mois, la foi de Soren en a pris pour son grade, mais il n’a pas arrêté de vivre pour autant. Ni d’aider, dans la mesure du possible, son prochain. D’aucuns qualifieraient ce comportement d’humasit’utopiste, mais il n’en a pas grand chose à faire. Si compter sur les Dieux ne fonctionne pas, autant compter sur soi même et sur les autres. C’est ce dont il essaie de se convaincre, quand bien même la tentation d’abandonner ce leitmotiv est grande.

On peut cependant clairement voir les vestiges d’une joie de vivre ardente passée. Etouffée par l’obscurité de cette période troublée, mais cependant encore à demi-vivante. Ses voyages de jeunesse l’ayant conduit par monts et par vaux, et ayant été obligé de travailler pour mériter logis et pitance, il dispose non seulement d’un répertoire inépuisable de récits à débiter, mais également d’une grande expérience sociale. Il a le contact facile avec les gens, même si la plupart du temps, il passe pour un taciturne bougon ou un râleur déprimé.

C’est surtout quand il conte ou s’active derrière un instrument -il a d’excellentes bases dans ce domaine- que l’on peut avoir un véritable aperçu de l’homme qu’il est au fond de lui. Une voix mélodieuse et inspirante, une joie certaine à évoquer ses aventures, certaines pittoresques, d’autres ridicules, et certaines d’entre elles tout à fait effrayantes, quand il fait vivre sa vie passer à son auditoire en même temps qu’il la revit, au coin du feu de sa taverne, afin de chasser la peur et l’angoisse du cour de ses clients.

Et parfois, sans raison apparente, sur un éclair de gentillesse aussi pure que soudaine, il peut faire montre d’un caractère incroyablement attentionné, par un présent inattendu, ou des paroles réconfortantes étrangères dans sa bouche si prompte au juron.

Oui, Soren est un homme plein de surprises, vraiment. De nombreux aspects parfois contradictoires qui se disputent, s’assemblent ou se déchirent, pour former finalement ce que l’on peut appeler un homme complet et vrai. Et il est juste autant que tristement ironique de dire que si les Fangeux n’étaient pas apparus, il ne serait pas comme ça aujourd’hui.

Cependant, afin d’en découvrir plus, car je vous l’ai dit nous n’avons fait qu’effleurer la personne, je vous invite à boire un coup chez lui.

Histoire



Chapitre I : Printemps Balbutiant.

Penché au dessus de la rampe barrée de bois qui séparait la chambre du lit de sa petite soeur, Soren, accompagné par Mélissandre, sa mère, chantait au tempo de cette dernière une comptine, une berceuse en fait, pour la petite qui peinait à s’endormir. On était au fort de l’hiver, en ce mois de décembre 1132. Les récoltes avaient été un désastre, et la faim tenaillait tout le monde. Tout le monde excepté les d’Argenlac, évidemment. Leurs réserves étaient solides, et le Marquis avait senti venir le froid saisonnier. L’été avait été pâlot, quant à l’automne, les jours sans pluie se comptaient sur les doigts d’une main de lépreux. La quantité de nourriture aux repas avait peut-être légèrement baissé, mais de deux points étaient d’une importance capitale. Il était d’une part parfaitement impensable que la table du Marquis d’Argenlac soit moins garnie que celle d’un autre, et pour la Marquise, il était tout à fait inconcevable que son fils, le petit Soren d’Argenlac, mange moins bien qu’à l’accoutumée. Son intelligence précoce nécessitait d’avoir une alimentation riche et de qualité. Si quelques bouseux, à l’extérieur, se voyaient privés de quelques repas pour le simple bonheur de voir son fils grignoter un peu plus que d’ordinaire, alors soit. Leur sacrifice serait… ignoré, oui, en effet. Mais peu importe. D’autant plus qu’au mois de novembre le châtelet s’était vu gratifié de la présence lumineuse d’une nouvelle vie. Elise. Qui au contraire de Soren qui avait hérité des yeux et des cheveux bruns de son père (ce qui ravissait totalement ce dernier), avait pris de la mère la chevelure d’or et les prunelles d’argent. Soren quant à lui, du haut de ses six ans, remerciait chaque jour que les dieux faisaient de lui avoir apporté cette petite vie encore balbutiante. Sa vie n’avait rien d’amusant, quand bien même sa mère lui offrait tout l’amour qu’il pouvait désirer. Son père passait un quart de sa vie dans son bureau, un autre quart à travailler - donc pas au châtelet - et le reste, à dormir. A se demander comment la petite avait vu le jour. Quoi qu’il en soit, les jeunes années d’un fils de Marquis étaient essentiellement centrées sur l’éducation. Soren ne s’en plaignait pas, loin de là. Il était jeune, mais avait vite compris que tout cet apprentissage, qu’il s’agisse des bonnes manières, de la lecture, de l’écriture, ou même de la musique et de la danse, tout ceci était nécessaire pour son avenir en tant que descendant et héritier d’Argenlac. Son père avait beau être absent, le respect que lui portait son fils était infini.

Avec du recul, cette période n’était idéale que pour ceux qui avaient les moyens de s’offrir le bonheur. Evidemment, si vous demandez à un noble ou un riche marchand, il vous dira que non, tout allait bien, que la vie était telle qu’elle devait être. Le bon peuple au dessus des autres, et ainsi de suite. Si vous demandez aux paysans et artisans qui collectionnaient maladies, ampoules, problèmes d’articulations, musculaires, mentaux à force de dépression et de crises de nerfs, alors la réponse eût sans doute été différente. Etrangement, pour Soren, la vie bascula bien plus tôt que ce qu’elle aurait du.

***

Soren prit soin de rabattre les draps et couvertures jusqu’au petit menton pointu de sa soeur, et s’assit sur le fauteuil d’ébène près du lit. Il se sentir rebondir sur les épais coussins, et laissa son regard sombre dériver sur le visage d’ange de la petite Elise. La pauvre avait faible constitution. Née avant le terme, elle était restée très fragile malgré les nombreuses prières de son frère à Serus. Sa vie était loin d’être en danger, mais elle ne pouvait pas sortir s’il faisait trop froid, et devait faire de longues cures de repos. Son éducation s’en retrouvait affectée, et si Mélissandre d’Argenlac ne la considérait en aucun cas comme un fardeau, le maître des lieux ne reflétait qu’une intense frustration d’avoir hérité d’une enfant “à demi capable” comme il se plaisait à le dire dès que sa femme était à portée de voix.

Soren, lui, aimait sa soeur plus que tout. gée de six ans, elle était déjà très jolie, et si son corps frêle laissait en effet transparaître une intense faiblesse, ses yeux pétillaient de vie. Elle souriait tout le temps, et faisait toujours de son mieux pour contenter tout le monde. Elle allait même jusqu’à aider Beth, la gouvernante, qui commençait à prendre un peu trop de bouteille pour assurer sa tâche avec efficacité. Mais elle était au poste depuis tellement de temps, et connaissait tellement bien chacun des domestiques de la maison, que même le Marquis s’était refusé à la congédier. Pour faire bref, elle était adorable. Et son frère, dès qu’il avait le temps, entre ses leçons d’équitation, de solfège, de lettres ou de toute autre chose que son père estimait nécessaire à son éducation, prenait un moment avec elle. Etant doté d’un imaginaire fertile, il ne cessait, jour après jour, d’inventer contes et histoires, afin de la distraire. Messire Johann ne voyait pas d’un bon oeil le fait que son fils passait son temps libre, qu’il s’arrangeait déjà pour restreindre au minimum, à jouer avec sa soeur au lieu de perfectionner son apprentissage, mais la Marquise gérait assez facilement le vieil homme.

«On voit bien les étoiles, ce soir, je trouve.

- En effet. Et sais-tu pourquoi il y en a tant ?

- Ah, je sens arriver une de vos petites histoires…

- Merci de planter mon entrée, Elise. Et je t’ai déjà dit d’arrêter de me vouvoyer quand nous ne sommes que tous les deux.»


Bien que la phrase put s’apparenter à une réprimande, la lueur laconique dans ses yeux bruns et le petit sourire de coin qu’il arborait ne laissait planer aucun doute. Il croisa les bras sur ses genoux, observant un moment les lointains diamants céleste, puis prit une brève inspiration.

«Esther et Threll. Une fille et son frère, deux jumeaux. Ils existaient déjà alors que les tous premiers hommes n’avaient pas encore vu le jour. N’ayant, forcément, ni famille ni foyer, il vagabondaient de par le monde, afin de découvrir chacune de ses merveilles. Et seuls les dieux savent à quel point elles étaient nombreuses !

A sa ceinture, Threll portait une lame d’argent, aiguisée à tel point que l’on ne pouvait même pas voir le fil de la lame à l’oeil nu. Cette lame, faite pour protéger sa soeur, lui avait été conférée par Rikni en personne. Quant à Esther, elle possédait une petite bourse de graines, qui pouvaient pousser peu importe la qualité de la terre. Elle lui avait été conférée par Serus. A l’aide de ces cadeaux divins, ils permettaient au monde de conserver son équilibre. S’ils déracinaient des plantes ou abattaient des plants malades, les graines de Serus leur redonnait vie. La lame de Rikni leur permettait de manger de la viande, et de se protéger contre les bêtes sauvages qui les prenaient parfois en chasse.

Mais la nuit était terriblement dangereuse, en ce temps là. Car le sommeil était lourd, insidieux, et ne prévenait jamais avant de prendre les deux pauvres âmes en otage. Monter la garde était impossible, car la nuit était toujours d’une noirceur d’encre. Dans le ciel, ni lune ni étoile pour éclairer les alentours.

Un jour… Au petit matin, quand l’aurore vint poser son voile chaleureux sur le visage d’Esther, elle se rendit compte que son frère avait disparu. Parti chasser ? Emmené par une bête sauvage ? Impossible de savoir. Ce qui est sûr, c’est qu’à ce moment là, elle sombra dans un profond désespoir. Depuis la nuit des temps, pas une journée, pas une heure, pas même une minute n’avait passé sans qu’elle ne soit près de son frère. Elle ne se sentait plus que la moitié d’elle-même sans lui. Et pour la première fois, elle ressentit la colère. Un sentiment puissant, enivrant, qui éveilla en elle nombre de choses qui auraient du rester scellées. Elle maudit Rikni de toute son âme, pensant que l’épée qu’elle avait confiée à Threll l’avait trahi, et n’avait pas été assez forte pour le protéger. Puis, gagnée peu à peu par la folie, elle planta des graines au sol, qu’elle abreuva de son propre sang. De ces graines nourries à la colère, la tristesse, le sang, naquirent les premiers hommes. Elle fit pousser des arbres afin de leur donner des armes, des piques et des arcs, et leur ordonna, d’une voix enfiévrée, de partir à la recherche de son frère.

Elle chercha également, sans relâche. Quand des plantes ou des arbres bloquaient son chemin, elle les abattait. Quand une bête se trouvait sur son chemin, elle lui ôtait, sans pitié ni respect, la vie. Et cela dura des jours, des nuits entières à pourfendre les voiles sombres que Rikni déversait sur le monde à la tombée du jour. Rien, pas un indice. Chaque jour, chaque nuit passée à le chercher la faisait s’enfoncer un peu plus profondément dans la folie. Elle qui avait, avec son frère, suivi les paroles des dieux, respecté leur présent, reniait tous les dons qui lui avaient été faits. A commencer par la vie. Et pourtant, elle maudissait chacun des trois dieux. Rikni pour son mauvais présent, et ses nuits obscures. Serus pour ses graines inutiles qui lui avaient fait versés son sang, et Anür pour son absence totale.

Ce ne fut que des lunes et des lunes plus tard qu’elle retrouva son frère, dans une clairière, se défendant contre les créations contre-nature de sa propre soeur. Elles n’avaient ni âme ni raison, n’avaient pas reçu la bénédiction des dieux, et s’attaquaient désormais à tout ce qui bougeait. Elle tenta de le défendre, mais ni l’une ni l’autre n’étaient de taille. Threll succomba le premier, et elle-même fut mortellement blessée peu de temps après. Leur histoire ne s’arrête pourtant pas là, bien au contraire.

Quand leur dernier soupir fut rendu, ils se retrouvèrent baignés d’une douce et chaleureuse lumière. La Sainte Trinité venait les juger, trois imposantes et intimidantes silhouettes que leur regard appréhendait à peine tant leur majesté était grande.

A leur naissance, Anür leur avait confié la vie. Rikni, la force de faire face aux épreuves difficile. Et Serus leur avait confié l’harmonie et le moyen de subvenir à leurs besoin. Ils avaient échoué à chacune des épreuves. La force de Threll ne fut pas suffisante pour les sauver. Aveuglée par le chagrin, Esther avait gâché le don de Serus, et mis en péril l’harmonie du monde encore tout jeune. Et ils perdirent la vie confiée par Anür en déshonorant les autres dieux.

Cependant, ils réussirent sur un point, et pas des moindres. Malgré toutes leurs erreurs, à aucun moment l’amour de l’un envers l’autre n’avait faibli. C’était même la cause de toute cette débâcle. En vertu de cet amour profond qui liait les jumeaux, la Sainte Trinité leur fit un ultime présent. Leurs corps resteraient sur terre pour nourrir les autres formes de vies de ce monde, selon la volonté de Serus. Anür guiderait leurs âmes jusqu’au sombre rideau nocturne qui voilait le monde, et de là, ils veilleraient sur les prochains êtres qui fouleraient la terre. Quant à Rikni, elle serait celle qui leur accorderait, chaque nuit, le repos. Ainsi naquirent les Es-thrells, ou les Estrelles. Aujourd’hui nous appelons cela les étoiles.

Depuis cette nuit, chaque âme quittant ce monde est vouée à rejoindre Esther et Threll pour veiller éternellement sur les vivants.

Ainsi, Elise, peu importe les épreuves, aussi difficile à surmonter soient-elles, ne perds jamais foi en nos dieux, et continue à aimer tes proches aussi fort que tu le peux. Ce n’est qu’à cette condition que toi aussi, tu pourras un jour rejoindre Esther et Threll pour veiller sur ceux rester plus bas.»


Soren laissa échapper un petit soupir, et constata avec un sourire mince que la petite Elise s’était endormie. Il ajusta ses couvertures, assez satisfait du récit qu’il avait inventé en improvisant, et alla lui-même se coucher, avec en tête une certitude. Il aimait trop sa soeur pour perdre la foi ou le courage de se battre pour sa vie et son avenir.

Elise d’Argenlac mourut de maladie au mois de janvier suivant.


Chapitre II : Croissance Délétère.

«Mais enfin Soren, allez-vous donc sortir de cette pièce ? Votre père va encore être furieux et hurler dans tout le château !

- Qu’il hurle. De toute façon que voulez-vous qu’il fasse ? Qu’il me déshérite ? Votre manifeste infécondité et le fait que je sois son dernier enfant vivant l’encouragera à faire preuve de toute la lâcheté qui s’impose. Il hurlera à en faire trembler le mobilier, et ira bouder dans son bureau. Navrée, vous irez pleurer dans ses bas pour prendre ma défense, il vous molestera pour passer ses nerfs. Abattue et priant les dieux de faire cesser cet enfer, vous ne direz rien, persuadée d’agir pour le bien de votre fils, qui s’il paraît peut-être un peu instable ces temps-ci, sera sûrement de meilleure humeur le jour d’après. Et la même scène aura lieu quelques jours plus tard. Encore. Et encore. Jusqu’à ce qu’il finisse par vous briser la nuque, ou finisse par faire éclater son coeur à force de s’infliger tant de tensions inutiles. Ce que tout cela signifie, c’est que vous usez vos forces dans le vide.

- Mais que…

Soren poussa un profond soupir.

- Mère ?

- Oui Soren ?

- Tirez-vous. Votre présence m’insupporte.»


Sa mère poussa un semi cri à mi chemin entre l’outrance la plus totale et le sanglot refoulé, et s’éloigna à grandes enjambées pour aller effectivement pleurer dans sa chambre.

***

Quatre années s’étaient écoulées depuis la mort d’Elise. A seize ans, Soren était déjà donc un adulte selon les lois du royaume, et pourtant, il refusait de façon systématique de participer à la vie du domaine. En plus d’Elise, deux autres enfants vinrent au monde. L’un mort-né, l’autre né avec succès, mais mort quelques jours à peine après. Soren avait beau être parfaitement au courant que la mortalité infantile était monnaie courante et qu’ils avaient la chance d’en être relativement préservés dans leur milieu, il avait eu énormément de mal à encaisser ces décès. Et pire encore, le mépris de son père quant à sa femme, qu’il qualifiait volontiers d’incapable et accablait de reproches dès qu’une oreille étrangère était présente pour l’entendre.

Pourtant, le jeune homme semblait étudier avec une ardeur renouvelée depuis qu’Elise les avait quittés. Ses deux parents s’étaient même assez inquiétés au début. Pendant des semaines, il ne quitta pas sa chambre, et fit monter par les domestiques des ouvrages par dizaine, provenant de leur bibliothèque, ou leur confiait le soin d’aller les acheter à Marbrume. Une chose était sûre. Il ne racontait plus d’histoire à personne, ne sortait presque jamais de sa chambre, et refusait de voir pratiquement tous les précepteurs que son père payait pourtant grassement pour qu’ils fassent de sa progéniture le digne héritier du domaine d’Argenlac. Il avait plusieurs fois subi les affres, parfois violents, de sa colère, mais cela ne sembla avoir aucun effet si ce n’est nettement empirer les choses. Quand Soren n’était pas enfermé en train de lire quelque ouvrage, dans le plus complet silence, il jouait parfois d’un instrument - de plus en plus rarement notons. Quand il en avait la possibilité, il sortait carrément du château, faussant compagnie à tous ceux qui y logeaient ou travaillaient, peu soucieux de provoquer l’inquiétude générale, et traînait dans le petit hameau à proximité. Tous travaillaient là bas pour le Marquis d’Argenlac, mais il se souciait peu de son rang. Il discutait peu. Il écoutait surtout. Observait. Vaguement. N’importe quelle excuse était bonne pour quitter le châtelet de toute façon. Il essayait également de savoir pourquoi il se sentait si mal, tellement en colère, contre tout le monde, sans raison apparente. Les douleurs s’estompent avec le temps disait-on, et pourtant, il y avait toujours un détail, une senteur, des sons, une nuit, ou une expression chez quelqu’un, qui ravivait cette piqûre aigüe dans sa poitrine. Ce qui, pour ne rien arranger, l’énervait au plus haut point. Pour faire simple, il était totalement, absolument, complètement perdu. Sa mère était une faiblarde à moitié folle qui ne possédait pas deux sous de jugeotte et son père un avide éperdu de pouvoir et de richesses qui ne pensait qu’à son rang et à l’avenir de sa lignée. Sa femme n’avait d’importance que parce qu’elle pouvait lui apporter une descendance, et maintenant que les médecins avaient confirmés que toute grossesse serait désormais impossible, elle avait perdu beaucoup, beaucoup d’intérêt. Sa beauté s’était flétrie, ternie par le chagrin tant que par l’âge, sa joie de vivre n’était plus qu’un lointain souvenir, et son quotidien balançait entre lamentations et broderies, voire les deux en même temps pour peu que le temps soit au rendez-vous. Afin de contrer le dégoût qu’il avait de sa femme, le Marquis travaillait encore plus, multipliait les voyages, soit disant pour affaires. C’était le seul point positif. Il braillait toujours autant, mais moins souvent.

Parmi les dernières journées que Soren passa au domaine d’Argenlac, il rencontra un homme d’âge mûr, qui semblait de passage dans la région, vu son accoutrement, et qui ne semblait guère prêter attention au fait qu’il dormait sous un arbre, en plein sur le domaine. Son père l’aurait probablement fait pendre s’il avait été là. L’ayant aperçu en revenant d’une promenade à cheval avec le cavalier en charge de son entraînement à l’équitation, il revint le voir après avoir passé des vêtements plus confortables. Il le jaugea d’un oeil froid, éteint en fait, sans rien dire pendant quelques minutes.

Il avait perdu beaucoup, Soren. Il faisait montre d’une grâce étonnante autrefois. Ses boucles soyeuse s’étaient transformée en une masse terne, sombre, sans réel sens ni élégance, et son regard sombre mais chaleureux n’était plus qu’un puits d’obscurité, où peu de choses se reflétaient désormais. Ses traits s’étaient creusés, notablement, certes à cause de la croissance, mais aussi parce qu’il n’était plus que l’ombre de l’enfant qu’il avait été. Sa foi en avait pris un sacré coup. Sa foi en tout. Il en voulait sincèrement aux trois dieux. Il ne comprenait pas leur volonté. Eux, supposés bienveillants, avait repris sa soeur alors qu’elle n’avait même pas pu goûter aux joies de la vie. Cloîtrée chez elle à cause de sa faiblesse physique, elle possédait pourtant toutes les qualités que l’on pouvait souhaiter à une petite fille de son âge. Alors, par toutes les saints, pourquoi ?

Il s’assit à côté du vagabond, et s’adressa à lui sur le ton morne qui était devenu le sien, le regard torve.

«Vous auriez été pendu, si mon père avait été là.

- Et pourtant… Je suis encore là. Complètement paumé certes, mais bien vivant. Et toi jeune homme, qu’est-ce qui te pousse à venir parler à un inconnu, vagabond, et intrus sur votre domaine en plus de ça ?

- Qu’est-ce que vous pouvez bien en avoir à secouer de ce que je fais là ?


L’homme ouvrir un oeil acéré, et esquissa un sourire en coin.

- Ce ne sont ni les manières ni le langage d’un jeune homme de haute naissance, j’crois bien.

- Les gens du village parlent bien comme ça. Pourquoi pas moi ?

- Ah, vu comme ça...»


Soren s’enfonça dans un silence boudeur, pendant que l’homme parut reprendre sa sieste. Ils restèrent un moment comme ça, ni l’un ni l’autre esquissant le moindre geste. Curieusement, Soren se sentit apaisé. Un bref instant de paix en ces temps de tourments. Il ne savait pas si c’était dû au temps doux, à la petite brise qui lui soufflait dessus, ou simplement à l’espèce d’arrêt dans le temps que ce moment représentait. Il aurait pu rester immobile comme ça encore un bon moment, malheureusement, aussi indifférente que puisse être la présence de cet homme à ses yeux, quoi qu’intrigante, il se devait de lui dire de partir, avant qu’un domestique ou que sa mère ne remarque sa présence. Il allait ouvrir la bouche pour lui dire de partir, mais l’homme se releva dans un mouvement leste, s’ébroua pour chasser les quelques brins d’herbe accrochés à sa tunique de toile brune, et récupéra son bâton, une aide pour la marche probablement. Si Soren voulait le retrouver, discuter, ou passer encore un moment à ne rien dire, ne rien faire, comme à l’instant, qu’il vienne le trouver dans les pâturages alentour. Au bord du lac aussi, le coin avait l’air propre à des siestes extatiques, disait-il. Notant l’information dans un coin de sa tête, le jeune homme hocha silencieusement la tête, et rentra dans la demeure décidément de plus en plus honnie.

***

Le bras en écharpe, de vieux habits sur le dos, emmitouflé dans une cape de voyageur, Soren marchait aux côtés d’Amaël, un homme qui avait la fâcheuse habitude de s’arrêter dormir sous des arbres, qu’il avait rencontré sur son propre domaine, en train de piquer un joyeux roupillon, en dépit des règles les plus élémentaires de bienséance et accessoirement de prudence. Ni raffinement, ni ouvrages, ni rien. Et un bras cassé en prime. Voilà comment il avait perdu le nom d’Argenlac, ou tout du moins y avait renoncé. Peu de temps après sa rencontre avec Amaël, une scène d’une rare violence s’était déroulée au châtelet, durant laquelle, le Marquis, aviné comme jamais auparavant, avait passé le jeune Soren à la dure épreuve du ceinturon de cuir, puis en était carrément venu aux mains, afin de lui faire comprendre à quel point il était incompétent et inutile dans cette maison, avec son comportement de troglodyte. Une honte pour la famille, un déshonneur pour leur nom, voilà tout ce qu’il était. Et il préférait mourir en emportant avec lui sa fortune et leurs richesses plutôt que de confier le destin de leur lignée à pareille souillure. Autant dire que le jeune Soren n’avait pas vraiment attendu la permission de qui que ce soit pour fuir, sans un regard vers sa pauvre mère, le domaine, et tout ce qui avait été sa vie jusqu’à présent.

Cela faisait ainsi plusieurs jours qu’il voyageait, avec Amaël, de ville en ville. L’homme vagabondait depuis déjà plusieurs années, cherchant à découvrir le monde un maximum, d’en apprendre le plus possible sur les personnes vivant dans le Royaume, et pourquoi pas au-delà, un de ces jours. Il travaillait pour mériter de quoi manger, et si l’hospitalité était au rendez-vous, partageait le toit d’un étranger, sinon dormait à la belle étoile. Ce qui n’était clairement pas amusant en hiver, en plus d’être dangereux. Le jeune homme quant à lui, avait retrouvé le goût à la discussion. Il restait relativement morne et éteint, mais au moins, ne s’emmurait plus dans le silence pesant qui était devenu son quotidien ces dernières années. Cela lui arrivait encore, il se perdait dans ses pensées et ne prononçait aucun mot, pas plus qu’il n’en écoutait, mais de plus en plus rarement. Il écoutait, en fait. Et posait énormément de question. Amaël était d’ailleurs très surpris, de voir à quel point ce garçon, que tout désignait comme sacrément abîmé mentalement, était avide de connaissances, et d’expériences. Car le vagabond l’avait compris, le petit était plus qu’instruit, c’était une évidence. Mais ses expériences de vie semblaient le ravir, alors il lui racontait, ce qu’il avait vécu tout au long de sa vie de nomade, les travaux qu’il avait du exercer, les mésaventures avec les bandits de grand chemins, ses problèmes avec les gardes de certaines villes, méfiants à outrance… Et Soren buvait ses paroles, avec une attention presque émouvante.

Pendant près de cinq ans, Soren et Amaël parcoururent le royaume selon un train de vie aussi agréable qu’aléatoire. La vie fut terriblement difficile pour Soren au début, qui s’il appréciait cette “sauvagerie”, n’en était pas moins dépaysé, et à son grand désarroi, très, très peu expérimenté. Mais à force de travail, d’ampoules, entorses, luxations, il finit par pouvoir se débrouiller seul. Amaël quant à lui commençait à avoir des difficultés pour se déplacer, et décida de s’établir dans un petit village à l’extrême nord du Royaume. Il exhorta cependant son petit Soren, qu’il considérait comme son fils autant que ce dernier le considérait comme son père, bien plus que le Marquis n’aurait pu l’être, à continuer ses voyages. Selon lui un homme ne valait que par le nombre d’histoires qu’il pouvait raconter, et ce sans rougir de honte. La vie était trop courte, les expériences possibles trop varier, pour se priver de quoi que ce soit. C’était un train de vie extrêmement dur, mais c’était peut-être le meilleur. Et il ne pouvait rendre meilleur hommage aux dieux qu’en travaillant dur comme le préconisait Serus, en se mettant chaque jour à l’épreuve pour Rikni, et en préservant sa vie tout en facilitant celle des autres.

Seulement un jour, bien des années plus tard, une rumeur sombre vint de l’ouest. Soren allait une fois de plus faire une croix sur sa vie actuelle.

Chapitre III : Amères Confessions.

Assis devant une stèle aux formes régulières, le corps enveloppé d’un épais manteau, un homme à la barbe vaguement taillée, au regard lourd et aux boucles tombantes parlait à voix basse. Il n’y avait pas âme qui vive dans les environs, malgré le beau temps. Bien que l’air soit frais, c’était le temps idéal pour travailler, ou même simplement sortir. Mais cela faisait bien longtemps que plus personne hormis les plus téméraires n’arpentait ces terres. Le domaine d’Argenlac n’était plus que ruines. Tout du moins, l’ombre terne de ce qu’il avait été autrefois. Les jardins autour du châtelet n’étaient plus entretenus, et la végétation foisonnante transformait le lieu en un étrange contraste de nature luxuriante et cependant inquiétante, avec cette grande bâtisse aux vitres fendues, voire carrément éclatées, aux portes ouvertes sur l’obscurité d’une demeure ou plus personne ne résidait, et ne résiderait probablement jamais. Plus personne n’allait pêcher au lac, et plus loin, le village de serfs n’était plus occupé que quelques fous ou braves dont le nom d’Argenlac n’évoquait que quelque vagues souvenirs.

«Je dois avouer que je sais pas bien quoi te dire ma petite. De là haut tu as sûrement tout vu mais… Fallait que je vienne. Ne serait-ce que pour te demander pardon. Quand je regarde derrière moi, j’ai l’impression d’avoir merdé à tous les étages, et crois-moi, l’expression est légère là.

Je sais pas trop ce qu’il s’est passé, toutes ces années. Je suis parti sur un coup de sang, et… Je regrette pas ma vie, attention. Je suis même certain, que si tu avais pu, tu aurais toi aussi adoré ce genre de choses. J’ai écumé la moitié du pays ces dernières années, et je suis content d’avoir vu et vécu tout ça. Mais je me sens bizarre. Péteux. C’est le mot. Je me sens comme un gros péteux de basse cour, et je dois avouer que ça fait pas vraiment plaisir.

J’ai trahi ma famille, mes croyances, mes promesses… C’est à se demander pourquoi je suis encore là, non ? Y’en a pas mal qui disent que les saloperies qui rôdent, les Fangeux, c’est les dieux qui sont en rogne et qui ont décidé de nous faire les fesses façon glauque modèle géant. Si c’est ça, j’étais une cible de choix. Je me jette pas spécialement dans leurs bras d’accord, m’enfin, ce sont des dieux, et moi un pécore qui cavale pour sauver ses miches, jusqu’à preuve du contraire. Enfin, je cavale un peu moins ces temps ci. On sait même plus ce qui se passe au delà de quelques lieues autour de Marbrume, tu penses bien que j’évite de partir en vadrouille.


J’aurais aimé que tu rencontres Amaël. C’était vraiment un chouette type. Et qui avait un sacré don pour raconter des histoires, lui aussi. Les siennes t’auraient beaucoup plu, j’imagine. Et puis c’était un brave gars, toujours le sourire, un petit mot pour rire, et pas du genre oppressé par les évènements. A croire que rien ne l’inquiétait. Remarque, si tu veux mon avis y’a plus grand chose qui l’inquiète.»


Soren raconta, plusieurs heures durant, sa vie d’itinérant, de mercenaire en somme, avec Amaël. Comment il avait appris le travail au champ, la brasserie, à cuisiner également. Mais ce qu’il narra le plus précisément, ce fut tous les paysages qu’il avait eu l’occasion de voir. Il fermait les yeux, et essayait de se remémorer les détails les plus marquants, les scènes les plus poignantes qu’il avait pu voir. Il parlait, parlait, se remettant peu à peu dans la même ambiance que celle qui régnait lorsqu’il lui contait des histoires. Ce qu’il faisait n’avait pas le moindre sens, hormis peut-être celui de servir de catharsis tardive, d’exutoire. Durant le temps dont il disposait, il lui raconta tout ce qu’il put. De ses voyages à ses sentiments passés, ses peines et joies de coeur, ses aventures avec d’autres femmes, conduisant à peu près toutes à des impasses, l’affaire qu’il s’était monté dans les Faubourgs, qui tournait assez bien d’ailleurs. Il se disait, au fond de lui, que ce qu’il lui racontait, il n’aurait plus besoin de le dire, et faire son travail sans être tourmenté chaque jour que les dieux faisaient était un projet plein de sens.

«Ma petite, je vais devoir y aller, si je ne suis pas rentré avant la tombée du jour, je ne sais pas vraiment ce qu’il pourrait m’arriver. Laisse moi juste te dire que je me suis souvent souvenu du conte que je t’avais bricolé, les Etoiles Jumelles… Je ne suis plus un noble à la riche destinée, ni même un fier combattant au service du peuple et de la justice, et en ce moment, sans rire, les dieux, j’ai l’impression qu’ils se foutent un peu de ma gueule. ‘Fin bref… Je suis personne, juste bon à torcher des verres et héberger quelques hères qui auraient oublié que traîner dehors la nuit ou par mauvais temps, ça confine au suicide. Cette histoire t’avait plu, je vais essayer, essayer hein, de m’y tenir. Avec tout ce qu’il se passe, j’imagine que tout ce que j’peux faire, c’est rendre service, à mon échelle. Si je fais au moins ça, Anür consentira peut-être à me libérer une place à côté de toi. J’ai tout merdé jusqu’à présent, mais venir ici… Ca me donne envie de réussir au moins ça. Je t’aime petite soeur.»

Le coeur lourd et l’oeil brillant, il se dépêcha de prendre la route du retour. Il n’arrivait pas encore à dire si cela lui avait fait du bien ou non, il savait juste que s’il pouvait faire quelque chose en ces temps sombres, il essaierait de le faire, quitte à se vautrer une fois de plus. Il n’était, après tout, pas à un gadin près.

Soi réel




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MessageSujet: Re: Soren Amaël   Mar 24 Nov 2015 - 21:35
J'ai fini, et en un seul post !
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Auray de VauvrurComteavatar


MessageSujet: Re: Soren Amaël   Mar 24 Nov 2015 - 23:20
Bon, maintenant que le litige est réglé, je peux te valider.

Bienvenue Soren, jolie fiche. J'aime énormément ton perso très réaliste et plein de facettes. Je te proposerais bien un RP, mais je vois pas trop ce qu'Auray irait faire là dehors. Il n'est pas fou lui. tongue

Amuse toi bien !
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