Marbrume



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 Aure, l'gamine aux fleurs [fini]

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MessageSujet: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 3 Aoû 2017 - 11:02




Aure, l'gamine aux fleurs





Identité





Nom : Elle n'en a jamais eu. On l'appelle parfois « l'gamine aux fleurs ».
Prénom : Aure. L'histoire dit que, voyant la couleur d'or chatoyant que prit le ciel au moment de donner sa naissance, sa mère y vit un bon présage et le prénom de l'enfant.
Âge : Née à l'aurore de l'année 1149, alors qu'un vent impitoyable faisait tourbillonner la neige et s’infiltrait à l'intérieur des chaumières, Aure va sur ses dix-sept printemps.
Sexe : Féminin.
Situation : Célibataire, elle craint que son père ne la contraigne au mariage avant qu'elle ne puisse réaliser son rêve de rencontrer l'homme idéal.
Rang : C'est une fermière appartenant au peuple du Labret. Elle vit dans la ferme familiale dont elle s'occupe, quelque part au sud d'Usson, avec son père impotent. Aure garde et soigne un bétail mis à mal l'année précédente, s'occupe de leurs cultures mal en point, négocie la main d'oeuvre et les miliciens, et vend leurs productions.
Carrière : Carrière de fermière +1PC en END, 2PCs en HAB, 1PC en TIR.
Compétences : Agriculture pour succéder à sa grand-mère et sa mère même ; Commerce des produits de la ferme et autres cueillettes même si les temps sont difficiles ; Connaissances végétales de certains simples, fruits et légumes ou encore champignons, apprise grâce à sa grand-mère ; Soins aux animaux, en partie enseignée par sa grand-mère.
Objets : Aure apprend progressivement à utiliser sa fronde pour protéger la ferme des pillards et des rats, et son coutelas. Elle ne porte qu'une tenue en lin et des gants en cuir (très) usés. A sa taille, un petit sac contient ses seuls biens : le peigne de sa mère, une bourse presque vide.



Apparence





Douloureuse toilette : Printemps 1165


Ce printemps était particulièrement frais, les dernières neiges venaient à peine de fondre et les cours d'eau étaient pleins. Une brise douce faisait voltiger ses jupes, guère plus que des haillons loqueteux, autour d'elle ainsi que quelques mèches de cheveux devant son visage qu'elle repoussait d'une main habile. Aure ne pouvait s'empêcher d'inspirer à grandes bouffées cet air qui sentait bon le renouveau. C'est la plus belle des saisons, pensait-elle en imaginant la vie grouillante réanimer les forêts et les torrents gronder plus haut dans des montagnes qu'elle n'avait jamais vues. Elle en oubliait même les périodes difficiles qu'ils venaient de passer, non sans de nombreuses pertes parmi leur bétail et dans leurs cultures. Seuls les feuilles qui reprenaient leurs droits et coloraient progressivement le vallon de vert tendre, et les animaux qui sortaient lentement de leur longue hibernation comptaient à ses yeux. Le printemps agissait sur elle comme sur eux. Aure se sentait revivre et débordante d'énergie - tant physique que psychologique - pour toute l'année à venir.

Elle sauta avec souplesse par dessus un morceau de muret à demi effondré, comme un chat, à peine entravée par les lambeaux de ses vêtements, puis longea le bord du ruisseau pour rejoindre une boucle qu'il effectuait plus loin. Ne craignant pas le froid, ses souliers dans les mains et ses pieds couverts de corne d'être trop souvent nus, la jeune fille trottinait dans l'herbe encore mouillée de rosée, évitant les massifs de roseaux et foulant avec plaisir les cailloux moussus qui bordaient le ruisseau paresseux. Elle jeta un coup d’œil par dessus son épaule, en direction de son logis mais n'y vit aucun signe de son père. Tant mieux. Un peu pudique, Aure préférait s'en éloigner un peu et s'abriter derrière la masse d'un bosquet d'épineux pour ne pas risquer qu'il la surprenne pendant sa toilette. Qui sait ce qu'il lui aurait alors fait ? Il est surement trop occupé avec sa vinasse pour pouvoir remarquer mon absence. Elle n'en pouvait plus de lui. La veille encore, il l'avait corrigé pour une raison absurde dont elle ne se souvenait même plus. Comme s'il avait besoin d'une raison pour s'énerver et nous battre... Aure se mordit la lèvre. Me battre, se reprit-elle, me battre. L'absence de sa mère était difficile à accepter, même après toutes ces années. Pour lui aussi, faut croire... Depuis qu'elle était morte, il avait redoublé d'ardeur et d'imagination comme le montrait avec tant d'évidence les marques sanglantes qui ponctuaient son dos. Elle en avait encore mal partout, là où il l'avait roué de coups, et des bleus risquaient d'apparaître à chaque endroit qu'il avait touché. 

Arrivée sous le couvert des épineux qui bordait la boucle que formait le ruisseau, Aure s'assura qu'il n'y avait pas de Fangeux à proximité - bien qu'il y eut peu de chance qu'elle l'eut remarqué si ça avait été le cas. Avec d'infinis précautions pour ne pas glisser, la blonde se pencha par dessus la rive et parcourut son reflet d'un œil critique. Alix lui avait longtemps vanté sa joliesse mais pour sa part, elle ne se trouvait rien d'agréable à regarder. D'un autre côté... Avec une famille au bord de la ruine, des Fangeux partout, et la moindre seconde de son temps dédiée à la ferme, elle ne pouvait pas prendre soin d'elle. La seule et unique coquetterie qu'elle s'autorisait, c'était les fleurs dont elle garnissait les nattes ou les chignons qu'elle se faisait - ce qui lui valait son surnom de l'gamine aux fleurs. Et si elle se coiffait, c'était uniquement pour que ses cheveux ne la gênent pas au travail.

 — Tu fais peine à voir, maugréa-t-elle en portant une main calleuse à son front, là où une bosse apparaissait. 

Sa voix fluette, un peu éraillée mais pas suffisamment pour lui ôter son côté séduisant, lui parut sonner étrangement. A cause de la douleur ? C'était un peu douloureux, certes, mais au point de lui donner ses trémolos, ni de faire monter dans les aiguës. Est-ce de la peur ? La peur de son paternel et des traitements qu'il lui infligeait ? Ou la peur d'être surprise par un Fangeux ? Elle se trouvait proche de la ferme mais bien trop loin de toute forme de civilisation, et Aure n'était pas sans savoir que certaines créatures de la fange étaient plus intrépides que les autres et qu'elles n'hésitaient pas à s'aventurer en plein soleil. Par réflexe, elle tapota son petit sac et sa ceinture où se trouvaient ses armes. Elle apprenait à les manier depuis l'apparition des Fangeux, et ne s'en séparait plus.

Perdue dans ses souvenirs, la blonde posa un doigt sur ses lèvres gercées, même boursouflées de trop les mordiller lorsqu'elle était préoccupée. A part ça, son air mélancolique et fermé ne laissait rien deviner des troubles qui l'assaillaient. Aure, ton père... Il n'est pas ton père. Les paroles de sa mère résonnait encore dans son esprit. Très jeune déjà, tandis qu'elle se comparait à Alix, elle savait que quelque chose n'allait pas. Si son aînée ressemblait beaucoup à leur père avec quelques traits de leur mère, il n'en était rien pour Aure, elle l'avait bien remarqué, et les autres aussi aux sus de leurs commérages. Elle avait donc compris aussitôt qu'elle tenait son nez en trompette, son visage en cœur et ses traits doux de quelqu'un d'autre. 

La jeune fille retroussa ses jupes et s'agenouilla sur une pierre plate qui lui assurait une certaine stabilité. Surveillant d'un œil distrait l'image que l'eau lui renvoyait, Aure défit sa natte, laissant les ondulations blond-roux de sa chevelure effleurer le creux de ses reins. Elle est aussi belle, douce et brillante que la sienne, s'extasiait sa mère en parlant d'une personne qu'elle ne connaissait pas. Sales comme ils sont à présent, ils ressemblent plus à de la vieille filasse qu'à de l'or. Elle en glissa une mèche derrière une oreille dépourvue de trou en soupirant alors que son regard glissait sur le reflet de son visage en cœur. S'il y avait bien une chose que la jeune fille appréciait chez elle, c'était ses grands yeux ni vraiment bleus, ni tout à fait gris, où les émotions transparaissaient avec la plus grande clarté. Bordés de longs cils et rehaussés par le vénitien de ses cheveux, ils faisaient généralement leur petit effet... Lorsqu'ils n'étaient pas rouges et gonflés d'avoir pleuré, soulignés de cernes noirs et de bleus visibles malgré la crasse.

Ses prunelles claires se voilèrent d'une profonde tristesse tandis qu'elle se dénudait avec lenteur et précautions pour ne pas rouvrir les plaies de son dos. Ma petite fleur des champs, se vantait autrefois sa mère... Qu'en penserait-elle maintenant ? Que je suis toujours petite ? Du haut de ses quatre pieds et demi, elle l'était assurément. Mais était-elle toujours cette fleur sauvage, la gamine vive et curieuse que sa mère aimait tant, où était-elle devenue une mauvaise herbe ? Je n'en saurais jamais rien, se renfrogna-t-elle tandis qu'elle disposait sa fronde et son coutelas sur un rocher proche de l'eau, par sécurité.

Je suis tellement quelconque, s'exaspéra-t-elle avec un soupir mécontent. Seules ses hanches larges, faites pour enfanter, avaient grâce à ses yeux même si Aure trouvait cela assez réducteur de pouvoir se classer « bon parti » pour une simple affaire de bassin. Ailleurs, il ne lui restait guère plus que la peau sur les os ; depuis l’invasion des fangeux, l'agriculture, le commerce et la survie étaient devenus difficiles, sans compter l'hiver qu'ils venaient d'affronter et qui lui avait valut de perdre un poids considérable en plus de leurs économies. Fortuitement, la charge de travail à abattre à la ferme lui avait valut de développer des muscles fermes aux bras et aux jambes, ce qui faisait paraître la jeune fille un peu plus en chair qu'elle ne l'était vraiment. De ses épaules étroites, ses mains glissèrent jusqu'à sa poitrine. Banale, s'attrista-t-elle en pensant aux décolletés qu'elle ne pourrait jamais porter. Agréablement galbée mais discrète, elle était trop menue pour attirer l’œil. Certes, elle surprenait bien cet éclat particulier de lubricité dans les yeux de certains bonhommes qu'elle croisait mais... Simple besoin primaire, comprenait-elle assez vite.

Je ne suis ni jolie, ni riche, se désespérait-elle. Dépitée, Aure rejeta son épaisse chevelure en arrière et se glissa lentement dans les flots. Elle avança jusqu'au milieu du ruisseau, tâtonnant devant elle de la pointe de ses pieds et prenant garde à ne pas glisser sur les cailloux visqueux, jusqu'à un endroit plus profond où elle pouvait procéder à ses ablutions. Elle s'arrêta quand le courant gelé atteignit son ventre ferme. Haletante et couverte de frissons, elle frictionna son corps en grimaçant chaque fois que ses doigts passaient sur une des plaies ou des cicatrices qui marquaient son dos. A grandes giclées d'eau elle effaça toutes les traces de sa douleur ; des larmes qui avaient brouillées sa vue jusqu'aux tremblements qui agitaient son corps, dévoilant alors la couleur porcelaine rosée de sa peau propre.

C'est fini, se répéta Aure pour se rassurer tandis qu'elle sortait du ruisseau. Plus jamais il ne me touchera, se promit-elle.


◈ L'essentiel :
Aure est petite et gracile, trop pour une fermière, et la crasse couvrant sa peau en cache généralement la pâleur. Elle a un visage doux, encore un peu marqué par l'enfance, mais son expression mélancolique lui donne un côté froid et distant. Ses longs cheveux blonds vénitiens, qui paraissent plus roux ou blonds en fonction de la lumière, font ressortir la couleur de ses grands yeux bleus-gris. Elle les orne toujours de fleurs. Si son visage semble hermétique, ce n'est pas le cas de ses yeux qui laissent transparaître la moindre de ses émotions. 




Personnalité





Miteux : Début de l'été 1165


Aure transpirait de partout et un désagréable filet de sueur coulait le long de sa colonne vertébrale. Sa gorge sèche la brûlait aussi vivement que si un brasier si était trouvé. Il faisait lourd et étouffant depuis plusieurs jours, mais c'était la pire journée de toutes. Nul nuage ne venait dénoter dans l'immensité bleu du ciel, ni voiler le soleil pour quelques secondes d'ombres salvatrices. L'air chaud était presque irrespirable, chargé de poussière, de pollen, du parfum enivrant des fleurs, et dépourvu de tout vent. Rien de plus qu'un calme plat et inquiétant pour la fermière. Les insectes se faisaient mauvais et grouillaient en d'énormes essaims noirs autour de la moindre goutte d'eau, rendant impossible l'accès au puits sous peine d'être sévèrement piqué, ou des gens et des animaux. Le bétail pâtissait tant de la météo que des bestioles qui venaient les agresser sans relâche. La vache est trop précieuse pour que je la perde, s'était-elle alarmée plus tôt tandis qu'elle abritait ses deux derniers bovins dans la maison, des linges humides sur leurs têtes. Une vache et un veau, une chèvre, un âne, énumérait-elle ce qu'elle devait sauver à tous prix. Pour une raison semblable, du moins le supposait-elle, les Fangeux se faisaient bien plus rare en pleine journée ; au contraire de la nuit où ils se montraient plus virulents que jamais. La blonde, elle, en avait plus peur que jamais également, et ses rêves n'avaient pas été si troublé de dents pointues, de cris et de larmes qu'en ces jours. Aure se réveillait en criant et pleurant, y revoyant avec la plus grande netteté sa grand-mère, transformée en infâme créature, le visage déformé et torturé, le corps déchiqueté et lacéré. J'aurais du la tuer, se lamentait-elle alors la terreur que cela serait de rencontrer à nouveau son cadavre vivant.

Sortant de ses sombres pensées, Aure essuya la sueur qui coulait de son front et gouttait devant ses yeux. Heureusement pour elle, l'if quadricentenaire ne se dressait plus qu'à quelques pas d'elle. Elle devait déjà prendre garde à ne pas trébucher sur ses racines qui déformaient la terre sèche. C'était un bel arbre plein de vie, quoi qu'un peu bizarre, qui ne semblait pas impacté par le temps caniculaire. La densité de ses aiguillons ponctués de petites baies aux nuances rouges protégeait du vent, de la pluie et surtout du soleil quiconque se réfugiait sous ses ramages. Ses longues branches se déployaient étrangement autour du tronc brun et tordu, formant une sorte de banc n'appelant qu'à s’y asseoir, ce qu'elle fit avec entrain. Amoureuse de la nature, elle ne s'en sentait nulle part aussi proche qu'au contact de son tronc.

De l'ombre !, l’accueillit-elle avec joie. Alors que la plupart des enfants se construisaient des cabanes toutes plus élaborées les unes que les autres, Aure l'avait lui ; son refuge, son if. Outre le fait qu'il était son petit repère où personne ne venait jamais l'importuner, il lui inspirait des valeurs qu'elle jugeait nobles et inestimables : la force, la vitalité et la confiance, autant de qualités que son futur époux devrait avoir. Cependant, la blonde n'avait toujours aucun futur époux potentiel, ce qui la blessait profondément sans qu'elle ne le laissa voir. Ils ne savent pas ce qu'ils ratent, se disait-elle à chaque fois qu'elle y pensait, sans pour autant en être convaincue. Elle avait déjà passé la cérémonie de l'âge adulte depuis quelques années, et les autres filles de son âge étaient déjà mariées, mais personne n'était venue demander sa main. Je suis surement trop pauvre et pas assez attirante, pensait-elle, moi-même je ne me plais pas. Quant à son père - elle ne se ferait jamais à l'idée de l'appeler autrement -, il n'avait jamais semblé pressé de l'unir. Il doit avoir peur de perdre ce qui lui permet de boire, conclut-elle sombrement.

 — Vis, supplia-t-elle en se dandinant sur le tronc pour s'installer confortablement.

Ô Serus, sauve-le, ou bien achève-le, mais qu'il ne souffre plus, pria-t-elle son dieu de prédilection en desserrant son étreinte du le chiot qu'elle tenait logé contre son sein, enveloppé avec soin dans son tablier et des linges humides. Elle avait envie de crier, de rage, de frustration, de colère, d'implorer la Trinité de punir les criminels ; autant d'émotions qui animaient son regard clair, le faisant briller. Pauvre bête... Des larmes dévalaient ses joues, traçant des sillons clairs dans la saleté qui couvraient son visage avant qu'elle ne les essuie d'un geste brusque et rageur qui achevait d'étaler la crasse sur ses joues. Ainsi pitoyable, comme elle le pensait, Aure était loin de l'image qu'elle donnait la plupart du temps aux autres mais n'en avait que faire, bien au contraire.

La blonde n'ignorait pas que certains la croyait naïve ou pire, simplette, ce qui la faisait fulminer. A première vue gentille, d'un caractère facile, dotée d'un calme que rien ne semblait troubler et d'une tolérance peu commune, il n'était pas rare qu'on essaya de l'escroquer, voulant troquer ses bêtes ou ses légumes contre quelques babioles sans valeurs ; pourtant elle voulait fermement croire en la bonté humaine. Elle mettait ces attitudes sur le compte de son visage juvénile et sa petite taille, sans certitude aucune, croyant que cela la rendait moins crédible en tant que marchande et fermière. Pourtant je suis une femme, une adulte... Aure leur semblait pourvue d'une personnalité douce et tendre, capable de prêter l'oreille attentive de l'amie tout en offrant le giron rassurant d'une mère, conséquences directes de l'attention qu'elle portait à chacun sans vraiment le vouloir. Dans tous les cas, bien que flatteuse et partiellement vraie, cette vision que les autres avaient d'elle l'exaspérait fortement. La plupart ne la connaissait pas, et même ceux à qui elle apportait son aide semblaient se méprendre sur ses intentions. Non, je ne suis pas aussi gentille qu'ils veulent bien le croire. Je n'ai aucune noblesse d'âme, affirmait-elle silencieusement.

 — Miteux, souffla-t-elle faiblement.

Le chiot poussa un petit glapissement laborieux entre deux pans de son tablier comme pour lui répondre. Je te nommerais ainsi, si tu survis. Il semblait tellement misérable avec les bandes de tissus qui couvraient son corps malingre, son poils gris moucheté, ses chaussettes rousses et la tâche à son oreille cassée, que le nom semblait parfaitement adapté. Aure baissa les yeux vers lui. Les chances qu'il survive sont vraiment mince, s'attrista-t-elle en tirant légèrement sur les tissus pour apercevoir son museau. Entrouvert, il avait la respiration difficile et sifflante, et chaque mouvement lui tirait des plaintes aiguës. Surement des côte cassées. Elle avait fait son maximum pour lui, y comprit contre la chaleur étouffante, et ne pouvait que croire en l'envie de vivre du canidé. Il avait été frappé, roué de coups, tabassé et laissé pour mort non loin de la ferme. Vu que les habitations les plus proches étaient trop éloignées pour qu'il ait pu se déplacer jusque là, la blonde en avait conclut qu'il avait été laissé là par un convoi quelconque. De tels comportements étaient tout bonnement inacceptable, insupportable pour elle ; et il n'y avait bien qu'envers les animaux qu'elle savait faire preuve d'une telle tendresse et d'un tel amour. Avec les humains, Aure était bien plus réservée et méfiante, même si elle finissait par venir en aide à certains. Ils sont capable de ça, et de pire encore, ne l'oublie jamais, pensa-t-elle en se rappelant de ce qu'elle avait elle même vécue étant enfant. Pour cela, et les traumas qu'elle gardait, elle haïssait son père bien plus que n'importe quel autre malfrat, et que tous les Fangeux réunis - ce qui ne l'empêchait pas de vouloir les voir disparaître. Pas de parricide, n'oublie pas ta promesse, se répéta-t-elle comme un mantra, pas de parricide...

Quiconque aurait vu ses yeux n'aurait pu manquer la profonde tristesse qui les voilait, le dégoût, et la flamme haineuse qui y dansa ensuite, illuminant ses prunelles claires. Son regard ne trompait jamais personne quant à ses émotions qui y étaient aussi lisibles que si elle les affichait sur son visage. Aure portait d'ailleurs le même sur chacun, franc et direct, un brin impertinent, sans la moindre considération pour le statut social de celui à qui elle l'adressait. Comme elle détestait l'injustice, autant que la politique, les lois absurdes et l'autorité, cela lui avait valut bien des sanctions, surtout de la part de son paternel. A cause de leur clarté, il arrivait même qu'on la sentit voir au delà des barrières de la rétine - à tort. La franchise de ses prunelles s'étendait à son parlé, et bien qu'elle ne s'exprimait que rarement, elle le faisait alors sans se soucier des convenances, ce qui lui faisait bien souvent paraître indélicate et irrespectueuse. Elle avait bien été élevée en apprenant la politesse, mais la blonde avait le plus grand mal à comprendre l'intérêt d'enjoliver ses paroles alors qu'il était plus facile de les exprimer sans tergiverser. Les phrases doucereuses sont le plus souvent vides et hypocrites, assurait-elle. La jeune fille préférait donc se taire une fois sortie de l'isolement de la ferme, et du contexte commercial. D'un autre côté, elle était de ces personnes qui, peu loquaces, préféraient écouter les autres plutôt que de leur parler ; peut-être était-elle un peu timide sur les bords, cédait-elle de mauvaise grâce. Aure se révélait donc être d'une maladresse sans pareille dès qu'il s'agissait de parler ou tenir une conversation, et elle n'avait pas vraiment le loisir d'y remédier. Avec l'expression figée et mélancolique qu'avait son visage, à cause de toutes ces choses venues perturber son enfance, on n'osait guère lui parler - si ce n'était pour marchander. 

 — S'il vous plait, implora-t-elle à nouveau. 

Elle se sentait coupable, mais de quoi ? De douter de magnanimité de la Trinité, craignait-elle. Sa famille était très croyante, et Aure priait autrefois les Trois avec dévotion. A présent, elle n'en avait plus que pour Serus, dieu des récoltes et des animaux. Elle avait conçut une sorte de rancœur contre la Trinité qui n'avait jamais exaucé son vœu de voir punir son père, lui qui incarnait tout ce qu'elle détestait le plus chez un homme : un ivrogne impotent, violent, et pervers. Ma petite fleur sauvage, n'oublie pas que la Trinité veille sur toi et te porte chance depuis le jour de ta naissance, babillait parfois sa mère lorsque la blonde doutait d'elle. Tu parles, lui répondait-elle à présent. Sais-tu que ton prénom vient de la couleur d'or chatoyant qu'avait l'aurore au moment de te mettre au monde, ajoutait ensuite sa mère avec fierté. Oui, rien que ça, se moqua-t-elle gentiment. Aurore, or, Aure : le lien entre les trois mots était facile à faire, cependant elle n'avait encore jamais perçut la moindre trace ; pas d'or à part sa chevelure, ni même de chance, juste de l'injustice et des souffrances, la violence et la haine, la famine et les terribles Fangeux, des récoltes difficiles, des routes peu sûres, des pillards...

Le chiot couina, l'empêchant de penser à des choses moins amènes. Coupable de ne pas en savoir plus sur les soins ? C'était plus probable, admit-elle en se mordant nerveusement la lèvre. Grâce à curiosité insatiable, Aure avait appris bien des choses, dont les soins à apporter au bétail et aux animaux domestiques. La blonde ne se satisfaisait jamais de ses connaissances, souhaitait apprendre toujours davantage et trouvait fréquemment de nouvelles choses à "étudier" ; il suffisait que son regard se pose sur quelque chose pour qu'une envie impérieuse de tout savoir à son sujet la prenne. C'était ainsi qu'en trouvant le chiot, elle s'était promit de tout apprendre sur les chiens. Mais il sera trop tard, déprima-t-elle. Quand bien même les circonstances faisaient de sa survie une véritable lutte contre le temps, elle ne saurait se le pardonner si Miteux - prénom officiellement adopté - trépassait parce qu'elle ne s'était pas penchée plus tôt sur ce sujet. 

Comme pour la rassurer, le chiot bougea et colla sa truffe humide contre son bras avant d'y déposer une lèche délicate.


Ambitions : Trouver le mari de ses rêves, un grand gaillard capable de l'aider à la ferme ou un vétéran capable de les protéger, eux et leur descendance ; Retrouver son père biologique, bien que les éléments qu'elle ai disposition soient trop maigres pour l'y aider ; Tenir sa promesse ; Obtenir une bonne renommée en tant que fermière et s'enrichir, afin de pouvoir payer un long voyage à son père et racheter les terrains qu'il avait vendu.


◈ L'essentiel :
Aure est une jeune fille affable et calme en apparence, un peu timide. Son expression mélancolique, un tantinet distante et froide, passe parfois pour de la rêverie. Curieuse, elle s'intéresse à tout, vraiment tout. Dévouée envers sa famille, et surtout à la ferme et ses animaux, elle ne se laisse abattre par aucune difficulté et projette même de l'agrandir lorsqu'elle en aura les moyens. Élevée dans la croyance de la Trinité, la détresse humaine, la famine et l'apparition des Fangeux et bien d'autres choses, la font douter de leurs motifs et de leur magnanimité. Sa trop grande franchise, tant dans son regard direct et ses paroles, peut laisser planer un certain malaise et lui a déjà joué bien des tours. Traumatisée par la mort de sa grand-mère.



◈ Histoire ◈





La bâtarde : Début printemps 1159


Une fois de plus, ça n'allait pas. De dépit, elle posa le morceau de tissu qu'elle essayait de broder et se roula sur le côté, savourant le contact du plancher. Aure était agile de ses doigts mais n'était véritablement douée à rien dès que cela requérait de la minutie ou de la concentration, au contraire de sa sœur. Elle tourna sa tête vers elle, l'examinant par l'ouverture du grenier d'où ils montaient à l'échelle.

En contrebas, Alix était occupée à coudre tout en bavardant gaiement avec leur mère, toutes deux assises autour de la grande table recouverte d'une pile de vêtements à repriser. C'est pas juste. Négligeant leurs sept années d'écart, Aure se peinait de voir à quel point sa sœur avait tout, et elle rien, comme si son aînée avait tout pris à la naissance et qu'il n'y avait plus rien eut pour elle ensuite. Alix savait coudre, broder, tricoter, chanter, cuisiner, compter, tenir la maison, était toujours impeccable et polie, et il ne la tapait pas. Jamais. Elle était jolie, et faisait tout joliment. La joliesse même, la jalousait la cadette. De leur mère elle tenait ses pommettes hautes, ses lèvres pleines et rouges, son menton, et ses longs cheveux raides à la blondeur des blés ; Aure n'en avait hérité que les yeux bleus-gris. De leur père elle avait hérité son long visage, ses yeux verts et sa grande taille ; la gamine avait beau chercher, elle n'en avait rien. Père était grand, brun, le teint halé lorsqu'il n'était pas ivre ; elle était petite, plus pâle encore que sa sœur et des cheveux ondulés d'un blond-roux dont il n'y avait nulle trace dans sa famille. Pour Alix, la seule ombre au tableau était la maladie qui la rongeait de l'intérieur, qui ne l'empêchait pas de toujours sourire et parler du prince charmant. Parfaite, disait Aure.

Mais depuis qu'elle avait surprit quelques commentaires des villageois, lors d'une sortie à Usson, Aure doutait. Bien plus qu'avant. Ils ont raison, je ne lui ressemble pas ! Côte à côte, sa sœur et elle, c'était comme regarder un chat et un chien. Leur père lui avait toujours préféré sa sœur, ce qui l'avait naturellement amenée à se questionner mais sans jamais obtenir d'autre réponse que des taloches. Suspicieuse, Aure en venait même à croire qu'il en était de même pour leur mère - pourtant elle savait bien que cette dernière l'aimait. Ils accouraient quand Alix se faisait mal, la félicitait dès qu'elle entreprenait une nouveauté, s'extasiait à chacune de ses réussites ; pas d'encouragement pour la cadette lorsqu'elle se prit de passion pour la ferme, nulle félicitation quand elle se révéla plus douée que sa sœur avec les chiffres, dormait à l'écart d'eux et surprenait parfois un regard plein de pitié. Je les déteste ! C'est trop injuste... Mère ne voulait même plus répondre à ses questions intarissables et c'était grand-maman qui s'occupait de lui en apporter les réponses ; sans elle, Aure aurait finit sotte. Et puis il y avait leur père qui la battait sous le couvert de quelconques réprimandes dont elle ne comprenait pas le motif - mais s'il le disait, c'était surement vrai.

 — De quoi parlez-vous, demanda-t-elle brusquement en descendant l'échelle.

Les joues de leur mère s'empourprèrent. Alix détourna le visage et fit mine de s'absorber à la contemplation de sa couture, qui doit être parfaite, comme toujours, songea Aure. Leur mère se leva ramassa la pile de linges.

 — Dites-le moi...

 — Nous disions qu'il était temps de préparer le repas, lui répondit sa sœur avec un pâle sourire.

Dubitative, Aure plissa les yeux mais en resta là, gardant pour elle ses pensées.

Le sujet ne fut abordée à nouveau que le lendemain matin, tandis que mère peignait ses cheveux : elle insistait pour qu'Aure les garda longs, bien plus que sa sœur, même si ça n'était pas pratique pour une fillette vive comme elle l'était. A côté d'elles, Alix finissait sa natte, pour avoir des cheveux aussi ondulés que les tiens, expliquait-elle à sa petite sœur. Comme elle le faisait souvent, mère soupira, attirant les yeux de ses deux filles. Grand-maman, qui tricotait à la lumière d'une fenêtre, soupira à son tour comme si elle savait déjà ce qui allait suivre.

 — Ta chevelure est aussi belle, douce et brillante que la sienne, s'extasia leur mère.

Aure avait l'habitude qu'elle parle ainsi de ce quelqu'un qu'elle ne connaissait pas lorsqu'elle la coiffait. Elle avait interrogée sa mère à ce sujet mais n'en avait tiré que des soupirs et des silences lourds qui lui auraient parus si éloquent si elle avait été plus âgée. Elle avait aussi récolté des coups de la part de père, comme toujours.

 — De qui tu parles ?

Leur mère s'était figée. Penchant sa tête en arrière, Aure remarqua ses mains tremblantes.

 — Ne crois-tu pas qu'il est temps de le lui dire, demanda sa grand-mère d'une voix douce.

 — Je ne pense pas que...

 — Combien de temps comptes-tu encore attendre ? A agir ainsi, vous allez plus vous faire du mal toutes les deux que de bien.

Elle avala difficilement. Après de longues secondes qui s’étirèrent en minutes, mère tira une chaise juste devant Aure, comme lorsqu'elle faisait quelque chose de mal. La gamine la regardait, ses grands yeux plein d'appréhension, surveillant la porte au cas où père arriverait. Qu'ai-je fais cette fois ? 

 — Aure, écoute... Ca va être dur à attendre, mais tu es une grande fille, n'est-ce pas ?

Son ton était doux, pas comme lorsque mère la grondait. Elle acquiesça faiblement. Les pieds sous sa chaise, penchée en avant et mal installée sur celle-si, elle n'osait plus bouger de peur que sa mère ne change d'avis et ne décide de ne pas lui raconter ce qu'elle avait de si important à dire. Elle attendait la suite dans un silence presque religieux, s’apprêtant à boire ses paroles comme elle le faisait lorsqu'on approchait du dénouement d'une histoire captivante.

 — Aure, commença sa mère en s'éclaircissant la voix, ton père... Il n'est pas ton père.

Un silence lourd accueillit la révélation. Des millions de questions se bousculait dans la tête de la gamine qui assemblait enfin toutes les pièces d'un puzzle qu'elle avait pourtant eut sous les yeux tout ce temps. Mon père... N'est pas mon père. Ces simples mots, durs, expliquaient bien des choses. C'était douloureux, difficile à encaisser. Mon père n'est pas mon père... Je suis une bâtarde ? Aure avait l'impression qu'on lui broyait le cœur, que toute sa courte vie n'avait été qu'un long mensonge. Est-ce que je suis vraiment née ici ? Est-ce que m'man est vraiment m'man ? Et grand-maman ? Par dessus tout, elle comprenait que les traitements de son père avait un demi-sens ; il la détestait. Elle était une bâtarde, une honte, une erreur. Elle aurait pu ne pas exister. M'man a voulu me cacher ça ?

D'un bond elle sauta de sa chaise et couru se réfugier à l'extérieur, à son refuge. Elle y pleura toute la journée, y resta la nuit, et personne ne la vit avant deux jours - quand elle eut trop faim pour rester dehors le ventre vide. Son visage arborait une expression figée, mélancolique, et plus aucun sourire ne serait amené à y refleurir avant longtemps.

 — C'est ta faute, hurlait Alix alors qu'elle approchait à peine de la maison. C'est ta faute, ta faute, ta faute ! Bâtarde idiote...

Aure fut frappée par les larmes et les cernes noirs qui creusaient ses yeux habituellement si verts. Face à ces accusations qu'elle ne comprenait pas - elle n'avait jamais demandé à naître bâtarde -, elle couru sans plus réfléchir dans les bras de sa grand-mère, si est elle bien ma grand-mère. Encore sous le choc des révélations qu'on lui avait faites trois jours plus tôt - choc qui dura encore plusieurs jours -, elle ne réalisa pas qu'on lui annonçait la mort de sa mère, ni que sa sœur, qu'elle idolâtrait presque, la rejetait et la haïssait.


Ce qui donne cet arbre généalogique :
◈ L'essentiel :
Grand-mère : Propriétaire de la ferme, elle fut tuée sous ses yeux par un Fangeux en 1164 avant de "revenir à la vie". Aure en est traumatisée.
L'soûlot : Beau père, elle n'arrive pas à l'appeler autrement que père. Pécore, ivrogne à temps plein, avare et un tantinet voleur, violent et pervers, il exploite, vole et maltraite sa famille. C'est lui qui a hérité de la ferme mais mauvais en affaires et dépensier, il l'a mené à sa ruine.
Mère : Décédée dans des circonstances étranges en 1159. Aure en aurait hérité la couleur de ses yeux.
Inconnu : Son père biologique dont elle n'apprend l'existence, ainsi que sa bâtardise, qu'un peu avant la mort de sa mère. Elle ignore tout de lui à part qu'elle lui doit la couleur de ses cheveux.
Alix : Demie-sœur de 7 ans son aînée. Sa ressemblance avec l'soûlot est troublante, ce qui a longtemps fait s'interroger Aure sur sa propre appartenance à sa famille. De constitution fragile, elle est morte en 1161, en la haïssant.
Aure : Née le premier jour de l'année 1149.


Douloureuses réminiscences : Janvier 1165


Des cris, un claquement sec, suivis de près par un gémissement à peine étouffé, puis d'autres cris retentissaient dans la grande pièce à peine meublée. Un morceau d'étoffe déchiré glissa lentement jusqu'au sol poussiéreux, dévoilant de longues marques rouges et sanglantes, à vif, qui parcouraient le dos de la jeune fille. Vêtu de loques brunes qui ne méritaient même plus cette appellation, les yeux rouges et exorbités, les lèvres serrées, la mâchoire crispée à s'en faire grincer les pauvres moignons de dents qui restaient dans sa bouche, le visage creux à la couleur cireuse rendu plus sinistre par la lumière des flammes dans la cheminée, son père, beau père, gardait l'arme dans sa main levée tout en la fusillant du regard. Si initialement le martinet n'était pas destiné à tuer, un instrument de torture ingénieux autant qu'un châtiment pour les enfants désobéissants, entre ses mains il se révélait des plus dangereux. Il aurait dû être bourreau, songeait Aure que la vision de cet homme, se maintenant péniblement debout, brandissant le maudits instruments aux lanières de cuirs nouées et durcies à la flammes, terrifiait presque autant que celle d'un Fangeux. Il ferait regretter la mort à n'importe quel torturé. Il infligeait des séquelles telles que, parfois, elle avait l'impression que ses os cassaient et qu'elle même se disloquait un peu plus à chaque fois. Peut-être était-ce effectivement le cas, sombrant dans le désespoir dans lequel la plongeait les mauvais traitements coutumiers.

 — Plus jamais, rugit l'homme en expulsant quelques postillons dans sa barbe, tu m'entends ?

Comme s'il était possible de pas l'entendre hurler, grondait-elle intérieurement. Il lui était impossible de le dire à haute voix sous peine de représailles, même si elle savait pertinemment que l'Soûlot n'avait pas besoin de ça pour lui foutre une nouvelle rouste. Non, pour cela, son regard suffisait. Bien malgré elle, son regard crachait toute la haine qu'elle éprouvait pour son père, le mépris qu'il lui inspirait et la terreur, aussi bien que sa langue aurait pu le faire. Aure, les yeux brillants de rage mais armée de son éternelle attitude impassible qui ne laissait voir aucune trace de sa douleur, se souleva légèrement en prenant appui sur l'unique chaise qu'il leur restait. Les autres ayant servi à les réchauffer au début de l'hiver, et la jeune fille était sûre qu'elle n'avait été épargnée que parce qu'il passait les trois quarts de son temps le fessier posés dessus, et qu'il était trop ivre alors pour l'envoyer dans les flammes sans y finir à son tour. Il n'y avait plus guère qu'un lit étroit contre un mur, une table en son centre et une armoire à l'opposée, le bois savamment sculptée dans des courbes pleines et harmonieuses témoignant de leur splendeur passée. 

 — Répond, cria-t-il une nouvelle fois.

Aure leva ses yeux brillants vers lui et les planta dans les siens, je ne sais même pas ce qu'il me veut cette fois. Avec le temps, elle avait comprit que, quoi qu'elle fasse et dise, elle subissait inévitablement le courroux de son beau père. Qu'elle réponde où se taise, le martinet s'abattait de la même manière sur elle ; dans le premier cas car il ne tolérait pas qu'on puisse lui répondre, dans le second car il ne supportait pas le silence de ses victimes ; il la battait davantage encore à cause de sa bâtardise, symbole d'infidélité de sa défunte femme, et sa soit-disant responsabilité dans la mort de sa femme et de sa fille. Ma mère et ma sœur... Tout cela la touchait sans la toucher, revêtant la forme d'une douleur vive qui ne la quittait jamais mais qui lui paraissait ne pas être la sienne, ne pas être dans son corps. On s'y fait, s'expliquait-elle avec un haussement d'épaule. Finalement, entre tous les choix - relativement réduits - qui s'offraient à elle, la blonde choisissait le défit, préférant voir le cuir s'abaisser jusqu'à elle et le regard excédé de son beau-père devant son absence de réaction. Quitte à souffrir le martyr, autant que ça soit pour une bonne raison. Et pis c'est plus rapide ainsi. Elle aurait aimé pouvoir le provoquer davantage encore, lui crier qu'elle n'avait pas peur, mais ça aurait été complétement faux et ils le savaient tous deux. S'enfuir lui procurerait un répit de très courte durée, elle l'avait déjà expérimenté, et la suite n'avait pas été plus agréable. La dernière fois qu'elle avait essayé, Aure n'avait pas pu s’asseoir pendant plusieurs jours tant il l'avait battu et malmenée ensuite, et le travail à la ferme avait été des plus difficiles à effectuer. Autant conserver ma fierté et faire face, avait-elle conclut le plus judicieux. Alors, les mâchoires serrées, elle attendait que le coup vienne. On ne pourra pas me reprocher d'être une poltronne, s'encourageait-elle avec un léger sentiment de fierté. Avec ce que son père lui avait infligé, elle se sentait presque prête à faire face aux Fangeux même si, dépourvue de toute compétence martiale, elle ne pourrait rien leur faire.

A cette pensée, elle revit le visage de la créature qu'était devenue sa grand-mère, mordue par les Fangeux à peine quelques mois plus tôt. Grand-maman... Ses yeux grands ouverts d'effroi, elle revit cette soirée morbide où des raclements à l'extérieur les avait fait sortir du logis par crainte de brigands. Le même logis où elle était torturée chaque jour pour des motifs absurdes mais qu'elle n'aurait jamais quitté si elle avait sut, ce logis dont l'Soûlot n'avait même pas eut l'idée de sortir tant il était ivre. Armées d'une simple torche, elles n'avaient d'abord rien vu. La vieille femme s'était retournée vers Aure, brusquement, et l'avait serrée aux épaules, enfonçant ses doigts et ses ongles dans sa peau. Elle avait à peine eut le temps de la pousser à l'intérieur qu'une des créatures s'était jetée sur elle. D'autres avaient suivit, un ras de marré de chair visqueuse qui luisait faiblement sous la lumière de la lune et celle de la torche. Sa grand-mère avait crié, lui avait ordonné de rentrer, s'était dressée comme un mur devant elle et la porte pour la protéger. Elle avait entendu les cris, l'agonie de sa grand-mère, les gargouillis, les déchirure... Elle avait alors obéit, fermé la porte et baissé la poutre qui servait à la barrer et s'était réfugiée au grenier où elle avait eut beau crier, pleurer, appeler, prier la Trinité, les Fangeux n'étaient pas partis. Mais ça n'était pas ce qu'il y avait eu de pire. Les jambes en coton, tremblantes, elle avait ouvert la porte après bien des heures, quand le silence s'était fait tandis que l'aube pointait à l'horizon. La petite blonde s'était apprêtée à se jeter de joie sur la vieille femme qui était debout, de dos, un peu plus loin, avant qu'elle se retourne et lui montre son visage déformé et tordu, la grimace qui le fendait en deux, les yeux globuleux qui semblaient à la fois vide et sournois... En criant, elle était retournée à l'intérieur.

Le coup vint finalement, les lanières de cuir mordant dans la chair de son bras. Elle ne broncha pas, ne cilla pas, ne grimaça pas... Non, elle déglutit tout juste, péniblement, en refoulant les larmes que ces douloureux souvenirs avaient fait pointer. L'absence de la vieille femme se faisait lourdement sentir. Grand-maman... Depuis, Aure la revoyait toutes les nuits, son visage immonde se tendant vers elle comme pour la dévorer. Elle arborait de longues dents qui brillaient, avides de se planter dans sa peau. Ses doigts étaient pourvus de longues griffes qui déchiraient son corps comme s'il n'étai que du tissu. Elle imaginait les râles qu'elle produisait, s'approchant toujours plus de ses oreilles. Lorsqu'elle se réveillait enfin, trempée de sueur, tremblante et les larmes dévalant son visage, elle guettait le moindre bruit pour s'assurer qu'il n'y avait aucun Fangeux. Elle n'osait même plus regarder par la fenêtre, la nuit, et essayait en vain de se souvenir de cette personne formidable qu'était sa grand-mère. Elle se rappelait que la vieille femme avait toujours été la pour elle, supportant ses insatiables questions quand, bien avant cela, sa mère était déjà lassée depuis longtemps. Elle lui avait enseignée comment panser le bétail, le soigner, l'usage de certains simples, différencier les bons champignons des mauvais, et lui avait même apprit à compter. Aure s'était avérée une élève, sinon une apprentie, studieuse et appliquée dont la soif d'apprendre ne se tarissait jamais. Elle revoyait ses yeux doux et plein de bonté, d'amour alors même qu'elle savait qu'elle était une bâtarde.

Mais ces doux souvenirs ne chassaient jamais bien longtemps les autres, plus désagréables. Elle pensait à elle à toute heure du jour et de la nuit, et lorsque ce n'était pas le cas elle repensait à sa mère, et à d'autres tourments. La jeune fille n'avait plus qu'une dernière chose à laquelle se rattacher : sa promesse. Grand-maman, je te promets que ton sacrifice ne sera pas gâché, avait-elle dit dans un moment de souffrance, je resterais à la ferme comme tu l'as fait, et tous les autres avant. Je lui redonnerais sa splendeur en hommage à toi, ce qu'elle faisait aussi bien que les frêles épaules d'une jeune fille de seize ans pouvait le lui permettre, en dépit des dangers que représentaient les Fangeux.

Nouveau coup, moins violent cette fois. Elle sentit la peau de son épaule s'ouvrir. Les Fangeux étaient revenus maintes fois. Aure avait été terrorisée aussi souvent, mais n'était jamais partie. Naïve ? Peut-être. Suicidaire ? Peut-être aussi. Folle ? Certainement ! Le visage des créatures et les signes de leur arrivée restaient gravés dans sa mémoire ; la moindre grimace, le moindre grattement, elle se mettait à trembler de peur et prenait ses jambes à son cou. La petite maison semblait présenter un abri sur, pour le moment, mais elle savait que ça ne durerait pas. En attendant, elle continuait de ce cacher dans le grenier, la nuit, en remontant chaque fois l'échelle. Elle apprenait à se servir de sa fronde, comme si des cailloux pouvaient leur faire quelque chose... et son coutelas.




◈ Derrière l'écran ◈



Certifiez-vous avoir au moins 18 ans ? Absolument m'sieurs dames. Et largement passés même.
Comment avez-vous trouvé le forum ? Pour la faire courte, dans un topsite. Mais je suis aussi tombée sur Marbrume un peu après, via un forum partenaire.
Vos premières impressions ? Très bonne. La sobriété du thème, les graphismes et codages, l'ambiance et la qualité des textes sont appréciables. La communauté m'a l'air d'être très sympathique elle aussi.
Des questions ou des suggestions ? Comment allez-vous ?
Plus sérieusement, peut-être rajouter des ressources sur l'époque serait un plus, du genre la mode (je peux aider, j'ai eut des cours sur l'histoire du costume), la technologie (ça m'est venu après une discussion sur la cb au sujet des rails), les injures, ce genre de chose... Sans non plus trop cadrer les choses mais juste permettre d'avoir des ressources identiques pour tout le monde et un petit coup de pouce pour certain.



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Dernière édition par Aure le Jeu 10 Aoû 2017 - 21:11, édité 31 fois
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Alfonso OnceroDomestiqueavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 3 Aoû 2017 - 11:51
Oui ça va bien et toi ?tongue

Bienvenue, et bonne fin de rédaction pour ta fiche, et bon amusement. ^^
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Hector de SombreboisBaronavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 3 Aoû 2017 - 12:17
Bienvenue et bonne écriture !
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AureFermièreavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 3 Aoû 2017 - 12:20
Merci merci Smile
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Ethaïs Guire "Iris"Prostituéeavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 3 Aoû 2017 - 13:44
Bienvenue ici Smile
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Astrid la DouceCartomancienneavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 3 Aoû 2017 - 15:09
Bienvenue!
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AureFermièreavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 3 Aoû 2017 - 15:41
Merci
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Victoire de BraseyBaronneavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 3 Aoû 2017 - 18:16
Bienvenue parmi nous ♥

Bon courage pour ta fiche ! J'ai hâte de la lire ♥
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Sylane LesterEspionneavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 3 Aoû 2017 - 22:54
Bienvenue jolie paysanne !

Hâte de te connaitre, c'est vraiment original.
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Séraphin ChantebrumeMilicienavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 3 Aoû 2017 - 23:09
Bienvenue à toi et bon courage pour ta fiche!
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AureFermièreavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Ven 4 Aoû 2017 - 0:34
Merci Smile
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Victor de RougelacComteavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Ven 4 Aoû 2017 - 8:19
Bienvenue à toi!
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AureFermièreavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 10 Aoû 2017 - 8:36
Merci Victor !


Il ne manque plus que l'histoire, qui devrait arriver dans la soirée ou demain dans le pire des cas. Je crois que je me suis un peu laissée aller, désolée... Bowdel, avec ce que j'avais prévu pour l'histoire, je me demande si j'aurais pas besoin d'un message supplémentaire, j'ai honte xD

Cela dit, vu la longueur de la fiche avec déjà rien que l'identité, le physique et la personnalité, j'ai préféré finir ces 3 parties pour que vous puissiez faire une première série de remarques si vous avez envie de lire mes pavés en plusieurs fois. 

Voilà voilà, bon courage en avance * s'éclipse très vite et très loin *
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Talya de HaldonoresPrêtresseavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 10 Aoû 2017 - 13:42
Bon courage pour la suite de la fiche, je trouve ça déjà super agréable à lire avec le codage !
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AureFermièreavatar


MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   Jeu 10 Aoû 2017 - 21:08
Merci !

Voilà, je crois avoir fini, bon courage pour la lecture ^^'.
Il est possible qu'il reste quelques fautes, à force de me relire et me corriger je n'arrive même plus à les voir. Si je vais trop loin dans les descriptions "gore", faut pas hésiter à me le dire.
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MessageSujet: Re: Aure, l'gamine aux fleurs [fini]   
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Aure, l'gamine aux fleurs [fini]
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