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 Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil

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MessageSujet: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Mer 21 Juin 2017 - 16:44




Adélaïde Grisregard




Identité



Nom : Grisregard
Prénom : Adélaïde
Âge : 16 ans
Sexe : Féminin
Rang : Pauvre, fille d'Ascelin Grisregard, petite main pour aider les commerçants ou les bourgeois en recherche d'une situation plus stable, réputée pour son sérieux et sa fiabilité à l'image de son père
Carrière envisagée & tableau de départ avec les 4 PCs : (voir topic Système Rp & Xp)
(Ne pas recopier le tableau, donner seulement les points à ajouter) Ca dépend de vous, de vos besoins. Elle préfère travailler dans un groupe, comme dans un atelier par exemple, ou en cuisines plutôt que service à la personne (avec dans ce cas le but de devenir intendante, elle aime bien gérer les inventaires). Elle peut aussi entrer dans les ordres (plutôt vers Rikni en passant) mais elle n’y songe pas donc ce sera à amener de façon plus fluide avec un « maître » si l’on veut.
Si quelqu’un est intéressé dans un cas comme dans l’autre qu’il se présente =)

+2 habileté ; +1 initiative ; +1 intelligence
Compétences et objets choisis : (voir topic Système Rp & Xp)
Calcul mental
Cuisine
Réflexes éclairs
Sixième sens
Elle possède assez peu…

Physique




A moitié avachi sur le comptoir, le jeune homme profitait de ce que son patron soit sorti voir un fournisseur pour se remettre quelque peu de cette nuit – et beaucoup de précédentes – un peu trop courte. Etre jeune père avait beau être gratifiant, c’était un emploi à temps plein qui avait tendance à empiéter quelque peu sur ses horaires diurnes. Il tâchait de garder un minimum d’attention sur les passants, afin d’éviter de se faire bêtement prendre la tête dans la main à dormir, mais le doux chaos des corps au-dehors n’aidait pas vraiment à la concentration et il sentait ses paupières se fermer doucement.
Au son de la porte s’ouvrant, il se redresse brusquement, manquant de perdre l’équilibre, luttant pour que ses yeux s’adaptent rapidement pour les faire tomber sur… Il se détend. Cette fillette haute comme trois pommes n’avait pas grand-chose de similaire avec l’imposant moustachu qui faisait régner la loi ici… Les poils de sa nuque se hérissent, l’onde se répand désagréablement le long de ses trapèzes pour descendre ses bras et sa colonne vertébrale, il se redresse. Ce n’est pas la finesse de la silhouette qui le faisait tiquer, non plus que le regard bien sombre pour une aussi petite personne : les temps sont durs pour tout le monde. Non, c’est plus diffus et en même temps plus incisif… Il se concentre pour chasser les dernières brumes du sommeil qui lui envahissent l’esprit et la détaille avec plus d’attention tout en lui adressant un vague salut, cherchant tout à la fois à chasser cette impression et à prédire ses intentions.
Son pas est assuré, sa démarche souple et son port droit, pourtant malgré le soin qu’il leur est apporté ses vêtements ont visiblement été retaillés dans d’autres qui avaient été portés avant. La trame est part endroit visible là où la fibre n’a pas simplement rendu l’âme : soit elle fait bien semblant, soit elle a dû recevoir une éducation stricte bien que sans cuillères d’argent. Dans les deux cas, il ne la quitte pas des yeux, profitant des quelques pas qu’elle doit faire pour la jauger et s’amuser de l’ombre qui durcit ses traits : quoi, tu n’aimes pas qu’on te détaille ? Mais c’est qu’il va falloir s’y habituer ma belle, bientôt tu seras une fille à marier et il va te falloir adoucir tes traits si tu ne peux remplir tes courbes.

« Bonjour »

Sa voix est étonnamment rauque, comme si elle avait l’habitude de se forcer pour la rendre plus grave qu’elle ne l’était vraiment, ce qui la rend étrangement tranchante sous ses inflexions polies… A moins que ce ne soit le reflet de la tension qui se lit sur son visage. Dégagé par les courtes mèches folles qui se dressent sur son crâne comme un plumeau duveteux, il avait le hâle qu’exhibent fièrement ceux qui passent leurs journées au grand air comme preuve de leur travail.

« Bonjour, que puis-je pour vous ? »

Elle lui rend un regard gris clairs aux reflets nuageux, flottant dans de grands yeux aux cils épais. Une petite veine bat sur son arcade gauche, qui a visiblement été cassée il y a quelques années de cela. Lorsqu’elle parle, ses lèvres charnues dévoilent une dentition hésitante, preuve évidente s’il en est besoin de sa basse extraction. L’homme s’étire un peu plus, utilisant au maximum l’avantage de sa taille, autant par un regain de confiance que pour montrer à cette petite qu’il demeure alerte et surveille autant ses gestes que ce qui se passe derrière elle.

« Je viens poster ma candidature auprès de maître Pointéphil pour devenir son apprentie. J’ai déjà travaillé, jamais dans la draperie mais je ne rechigne pas à la tâche. Je sais déjà compter, calculer, gérer un inventaire et je connais les premières reprises. »

Il se permit le luxe de faire courir une fois de plus son regard sur sa silhouette, faisant mine de jauger de la qualité de son habillement comme s’il avait vraiment son mot à dire sur la question. Elle redresse le menton, pointant vers le ciel le bout arrondi de son nez en trompette. Elle le fait rire cette petite, ce mélange d’éducation et de pauvreté, de jeunesse et de maturité, avec la détresse en arrière-plan de ses joues creuses. Un drôle de spécimen.

« D’accord, je transmettrai ta requête. Repasse la semaine prochaine.
- Merci, passez une bonne journée. Au revoir.
- Vous de même. »

Adélaïde attendit d’avoir atteint l’angle de la rue pour faire craquer sa nuque et agiter les doigts, chassant par ces gestes le stress qui l’avait tendue. Un nouvel essai, sans doute aussi peu concluant que les précédents, qu’elle était décidée à mener à termes. Bien qu’une question demeure…
Pourrait-elle jamais se faire embaucher pour autre chose que les petites taches qu’on confiait aux gamins ?


Personnalité



« Comment ça s’est passé ? »
Elle haussa les épaules en émettant un son inintelligible. Il détourna le regard et lui emboita le pas : quand Adélaïde abandonnait son enthousiasme légendaire, il était inutile d’insister. Une attitude récurrente depuis un an et demi, depuis le licenciement de ses parents et la misère qui avait suivie pour la petite famille. Un changement qu’il observait avec un recul mêlé d’une once de tristesse, lui-même habitué à cette vie au point d’en être désabusé. Recul, tristesse et… intérêt aussi. Surprise, parfois. Car cette jeune âme ne semblait pas se mouler dans le carcan des privations, il semblait qu’il n’était pas question pour elle de se résoudre à descendre plus bas que la pauvreté inhérente à sa basse condition. Sa combativité semblait portée par une foi solide, inaltérable, comme si elle savait. Comme si la Trinité avait planté une source claire dans laquelle elle puisait cette énergie qui lui donnait une telle confiance en l’avenir. Peut-être l’eau bénite d’Anür qu’elle avait bu était la véritable responsable de ce changement profond en elle.
Passant à côté d’un abreuvoir, il trempa ses doigts dans l’eau sans s’arrêter pour effectuer le signe du dieu, plus par superstition que par dévotion, s’attirant au passage un regard circonspect.

« Je me recommande aux Trois en prévision des ennuis qui ne vont pas tarder à fondre sur nous.
- Quels en… Haha, très drôle. Je persiste également : la guigne ne me poursuit pas plus qu’un autre. Je suis juste… un peu trop inconsidérée pour mon propre bien.
- Le grand Cerf soit loué que tu le reconnaisses !
- Tss, t’es bête ! »
Et avec un éclat de rire de se mettre à courir. Il sourit : il la préférait comme ça.
Enfants ils s’étaient trouvés dans la rue, et avaient rêvé ensemble, se satisfaisant de rien comme seuls les gamins qui n’ont jamais eu savent le faire. Une poignée de poussière lancée contre un mur décrépi le teintait de paillettes dorées pour le transformer en château qu’ils conquéraient, exploraient, défendaient, abandonnaient pour une dangereuse expédition aux confins du Goulot pour y revenir admirer leurs trésors. A cette époque déjà il faisait deux têtes de plus qu’elle et pouvait la porter sur un pâté de maison, et en grandissant cette différence ne s’était guère estompée : on lui donnait deux ans de plus, et à elle trois de moins alors à eux deux ils tenaient une bonne moyenne tout en restant des gamins, lui avait-il répondu le jour où elle s’était ouverte à lui au sujet de ce déséquilibre. Elle avait souri, de plus en plus, jusqu’à éclater de rire : la phrase portée par un clin d’œil avait fusé en elle comme une flèche pour percer un mur, le faire éclater. Depuis ce jour, elle n’en avait plus parlé, et lui avait continué à la traiter comme son égale en tous points, allant même jusqu’à échafauder avec elle les plans de sa vengeance fictive contre ce gros capitaine qui avait osé la prendre de haut alors qu’elle demandait à s’engager aux côtés de son frère aîné. Tout le monde avait ri, enfonçant un peu plus profondément la lame cuisante dans la plaie faite à son amour propre, même ses parents qui savaient pourtant combien le sujet de la fragilité de son corps était délicat.
Si le temps les avait rapprochés, cet évènement l’avait élevé au-dessus du rang sacré pour elle de frère. Elle avait toujours été proche de sa fratrie, de son aîné parce qu’il s’était occupé d’elle lorsque ses parents travaillaient, du second de ses grands frères avec qui elle avait fait tourner Hugon en bourrique, puis des plus jeunes dont elle avait elle-même eut la charge. Leurs parents les avaient rendus responsables les uns envers les autres très tôt, leur père notamment, qui avait su implanter profondément en eux la rigueur et l’amour du travail bien fait. Saupoudrés de la sincérité et de la force de caractère de leur mère, ces qualités faisaient de la petite famille une équipe redoutable lorsqu’ils s’unissaient pour accomplir une tache… Chose qu’étonnamment ils faisaient rarement en-dehors de leur foyer. Elle voulait voir ça comme une preuve que leur complémentarité n’était pas le fruit d’un quelconque projet commun mais bien quelque chose de plus inhérent à leur vie ensemble. Lui craignait qu’en les séparant la vie fasse disparaître cette intelligence partagée, et que ce soit pour elle une claque douloureuse… Enfin, il en fallait aussi et on n’en mourrait pas.
Les signes avant-coureurs de cette séparation se voyaient déjà dans l’éclat dur de son regard lorsqu’elle regardait le petit dernier trotter derrière son père, et il interprétait le tiraillement de ses traits comme une manifestation de jalousie. Un sentiment qui semblait la porter parfois, comme une rage froide contre elle-même qui la poussait aux frontières de ses limites pour tenir un contrat bien plus que son acharnement à bien faire n’aurait pu réussir.
Il se demande parfois si cela ne la mettra pas en danger, bien plus profondément qu’il ne pourra l’en sortir. Ici-bas pas de chevaliers au grand cœur, par de Destinée Manifeste, nulle récompense promise avant de rejoindre les Trois. Nulle autre chance que celle qui file au gré du temps et rien d’autre sur quoi compter que soi-même. Une vérité apprise très tôt qui lui fait redresser les épaules et avancer comme un défi, pourtant en l’observant elle dépenser toute cette formidable énergie pour tenter de se hisser à la même hauteur que les autres il comprend qu’on puisse y voir un ridicule gâchis. Car passée cette aura qu’elle se bat pour émettre, on tombe sur une silhouette maigrichonne qui n’a pas grand-chose pour elle et il faut repasser une solide barrière pour la découvrir aussi souriante, sévère, émerveillée, distraite, franche, imprévisible, sensible, secrète, fière qu’elle est.
Et c’est de cette place privilégiée qu’il peut la voir fendre la vie.

Histoire



Qui était-elle ? Que pouvait-elle être ? Telles étaient les deux questions qui rythmaient sa vie depuis quelques mois déjà, s’étirant en arrière-plan de ses pensées jusqu’à devenir envahissantes. Obsessionnelles. Jusqu’à l’empêcher d’agir, et donc d’être. Car c’est bien l’action qui fait battre son cœur, l’imprévu qui la fascine, le mouvement qui anime ses journées. Des projets, non pas fous ou sur le long terme, mais au contraire bien concrets, ancrés dans une réalité qu’elle pouvait apprécier et sur laquelle elle pouvait agir. Non pas ces mornes réflexions dans lesquelles elle se surprenait de plus en plus et qui avaient une forte tendance à l’agacer.
A la remettre en mouvement. Une course qui ressemblait plus à une fuite qu’à une quête…
Sa langue vint cueillir la goutte de sueur qui avait glissé jusqu’au coin de ses lèvres, perdant l’amertume au milieu des autres arômes. Un concentré de saveurs qui la félicitait des kilomètres qu’elle venait d’engloutir et qui, en retour, demandaient leur dû. Mais qui, en revanche, ne la payaient pas comme elle l’aurait voulu.

Qui était-elle ? Une femme. Un état de fait crié au monde entier par la désespérante faiblesse de ses membres, officialisé devant Anür il y a deux automnes de cela. Si peu avant que la situation dégénère, et pourtant elle n’avait rien vu venir… Elle essuya sa lèvre supérieure pour en chasser l’eau, cachant par ce mouvement le rictus ironique qui avait déformé ses traits – pas qu’elle pense que les passants aient quelque chose à faire d’une pauvresse qui s’abreuvait avec les chevaux, simplement par habitude de masquer les marques de ses émotions. La rapidité de ce revirement de situation était bien la preuve de combien précaire avait été leur confort : et elle qui s’était crue privilégiée ! Si pour certains ce passage n’était que pure cérémonie, il s’était accompagné pour elle d’une violente claque qui la faisait, non tentait encore de la faire pleurer.
Elle pouvait toujours essayer ! Elle avait décidé, depuis que ce gros capitaine imbécile avait refusé de lui laisser sa chance et l’avait renvoyée comme une malpropre qu’elle ne pleurerait plus contre les injustices. Elles tombaient sans prévenir et cherchaient à la mettre à genoux, mais il n’y avait que devant la Trinité qu’elle courberait l’échine – et devant les nobles, mais enfin ils avaient nourri sa famille pendant des années et grâce à eux la Cité ne tombait pas complètement en ruines alors ils avaient grandement mérité son respect.

Elle était plus mitigée aux sujets des bourgeois, qu’elle voyait comme des arrivistes, mais enfin elle avait besoin de la demi-miche de pain qu’on lui avait promise, aussi prit-elle le temps de lisser le tissu de sa tunique et mettre un peu d’ordre dans sa chevelure avant de frapper deux coups, légers, puis trois, plus forts, ainsi qu’on le lui avait expliqué. Au bout d’une minute, elle perçut un mouvement derrière la fenêtre mais fit mine de rien jusqu’à ce que la porte s’ouvre. Elle baissa les yeux dans un semblant de respect puis tendit la missive qui lui fut presque arrachée des mains. Son précieux repas vola en retour, et elle ne dut qu’à un heureux réflexe de ne pas le voir rouler à terre. Elle était considérée par ces gens comme une petite main d’œuvre dispensable et corvéable à merci, il n’était que justice à ses yeux qu’elle ne leur porte qu’un vague intérêt. Ainsi, les cochons de chacun étaient bien gardés.
Elle fit taire les vociférations de son estomac et repris sa course sans lâcher son inestimable butin. Elle passa sans lui jeter un regard au milieu du marché qui s’étalait sur la rue principale, bien consciente de faire tache dans ce décor trop propret et désireuse de retrouver les rues plus familières des bas-quartiers. Plus dangereuses aussi, elle commençait à le comprendre depuis qu’elle le traversait avec, dans les mains, ce dont rêvaient tous les estomacs noués qui la regardaient passer à travers des yeux vides et avides. Elle avait appris, à force, à savoir quand on la suivait. Et à faire des coups bas. Rapidement, car ils avaient tendance à se faire monnaie courante et que ses assaillants se méfiaient d’autant plus qu’avec sa musculature inexistante elle n’allait certainement pas les affronter de face. Elle esquissa un sourire : il y avait bien en fait une personne qu’elle affrontait volontiers de face, et peut importait combien de fois elle devait perdre. Juste pour le plaisir de savoir combien ces bleus, ces petites marques seront des blessures irréparables pour son égo monumental de chef de bande qui règne sur un groupe de pouilleux parce qu’il a eu le bon goût de prendre aux autres ce qu’il voulait avant qu’on ne se méfie de lui, et de le prendre en faisant le plus de dégâts possibles.
Tout le monde le détestait pour cette longueur d’avance qu’il avait, elle était une des rares pour qui cette haine était réciproque et non voilée d’un certain dédain. Qu’elle ait une longueur de retard et arrive tout de même à le défier – et revenir – était de trop pour lui dont le pouvoir tenait avant tout à la peur qu’il inspirait.

Elle ne pourrait pas faire ça. Trouver un meneur qui la protègerait pour peu qu’elle se montre assez douée et fidèle pour se rendre indispensable. Pas dans le crime en tout cas.
Elle avait volé, une fois. Pas une babiole, pas par possibilité, pas par envie, mais parce qu’elle avait eu Faim. Ca ne lui était jamais arrivé, jamais comme ça… Elle avait été sur le fil entre la conscience aigüe de la situation qui obligeait à cette précarité et l’impossibilité crasse d’y changer quoi que ce soit. Elle avait suivi sans réfléchir son frère après qu’il se soit engagé et le refus avait noué ses entrailles de façon plus certaine que les privations. Echec redoublé lorsque son père lui avait fait comprendre qu’aucun de ses oncles n’accepteraient de la prendre en apprentissage, alors même que Raimbaut partait chez l’un d’eux en apprentissage. Elle n’avait pas tardé à comprendre que cette place ne lui avait été ouverte que par pitié pour la famille qui se retrouvait sans une seule source de revenue et à laquelle on ne voulait rien donner sans exploiter cette faille, cette dépendance. La pitié, un sentiment abject qui l’avait fait rejeter ces parias aussi violemment qu’elle s’était liée à ses proches, à ceux qui auraient fait bien plus sans rien demander en retour. C’était peu après qu’été née la Faim.
Quand s’installe le creux permanent au coin du ventre, quand tous les jours elle levait la tête avec l’envie de manger ce soleil qui emplissait le ciel, quand elle avait cessé d’écouter les appels plaintifs de ses puînés, elle n’avait fait que sommeiller, que grandir, que s’étendre dans ce corps qu’elle avait saisi tout entier quand il avait tenté d’avancer, et échoué.
Quand ses doigts tremblaient trop pour repriser, quand elle se faisait regarder de haut en demandant à travailler, quand elle recevait des mendiants ce regard lourd de chiens qui gardent leur dernier os. Quand elle avait senti que derrière elle se tenait cette frontière invisible qu’elle avait toujours tenue entre sa famille et ceux d’en-dessous – que, maintenant, elle regardait avec hostilité chaque fois qu’elle en croisait un, qu’il soit blessé ou simplement malchanceux, vieux ou encore enfant. Elle avait sauté le pas, sauté sur l’occasion en fait, d’un animal qu’elle n’avait pas identifié attrapant un fruit d’un côté pour voler une pomme de l’autre dans le dos du commerçant.
Elle n’avait jamais couru aussi vite de sa vie, jamais même elle ne s’en serait crue capable. Elle avait été portée jusque chez elle par une joie féroce, un sentiment d’achèvement si puissant que prendre ce trésor avait combler son estomac et chasser la fatigue récurrente qui engourdissait ses membres. Ce jour-là elle avait compris pourquoi vol associait ces deux sens.
Chut avait été sa seconde révélation. Chut, le poids du silence, à la maison et au-dehors. Elle n’avait pas pu sortir pendant plusieurs jours, ployé sous le joug incessant qui s’installait sur ses épaules dès que l’un de ses parents – son père surtout – était dans la même pièce. Elle était tombée d’aussi haut qu’elle s’était sentie s’envoler, et même plus, terrassée en plein élan par la correction la plus monumentale dont elle ait jamais entendu parler. Pire que lorsqu’elle était rentrée après la nuit d’une quête un peu plus longue que prévu. Une chute sans filet durant laquelle elle s’était rendue compte combien ses pitoyables plumes étaient éloignées d’ailes.
Autant qu’elle l’était, elle, de mériter une place sous le soleil par de si méprisables artifices.

Pas une canaille donc, pas une meneuse à l’évidence : elle n’avait pour elle ni le rang ni la beauté ni l’intelligence : son éducation comptait la bienséance et le calcul, mais pas la lecture qu’elle trouvait trop abstraite – au contraire de sa cadette qui était fascinée par le sens que l’on pouvait mettre derrière quelques traits tracés avec soin dans la poussière par leur père. Elle avait bon gré mal gré intégré quelques rudiments mais de loin pas assez pour se dire à l’aise et ne s’en portait pas plus mal, pensait-elle, alors qu’une petite pointe de jalousie l’aiguillonnait tout de même en voyant les deux plus jeune – le plus jeune surtout – assis par terre à répéter. Un point où elle avait perdu à surpasser Etienne, mais enfin quelle guerre menait-elle contre son frère ?
Un caillou subit sa frustration et, en représailles de son silence, volant jusqu’à un mur qu’il percuta avec un bruit net. Quelques centimètres plus à gauche et c’eut été dans la maison d’un inconnu qu’il aurait volé, peut-être cassé quelque chose mais, de toute façon, elle avait déjà tourné l’angle de la rue. Plus que deux et elle serait chez elle. Toujours aussi avide de réponses mais un peu moins de vivres.
Pain dont elle se forçait à avaler une bouchée alors qu’elle se sentait repue de sa course. Repue de vivre, en fait, bien qu’elle ne trouvait plus dans ses petits boulots la même saveur, le même plénitude que lorsqu’elle avait décroché sa première course. Elle était beaucoup plus attirée par ces semaines éparses passées dans un même établissement, à remplacer l’une ou l’autre main nécessaire mais indisponible. Par cette image d’une personne non plus remplaçable mais unique au sein d’un système. Elle n’aimait pas ce détachement avec lequel elle regardait Etienne et Hermine avaler leur semblant de repas, à peine de quoi distraire momentanément le molosse qui habitait leurs entrailles. Ce calcul qu’elle faisait des parts qui allaient à chacun.
Et elle aimerait bien savoir si sa mère y pensait jamais.
Savoir si ça faisait partie de ce que l’on appelait être mère.

Etre mère…
Elle avait veillé sur les plus jeunes, en même temps que gardé quelques autres enfants du quartier en échange de quoi leurs parents mettaient en commun de quoi nourrir tout le groupe de marmot pour un repas par jour – comptant sur le sens des responsabilités légendaire des Grisregard et auquel elle avait fait honneur avec une fierté de lionne. De quoi lui apprendre avant l’heure à composer un repas acceptable à partir d’un mélange hétéroclite d’éléments plus ou moins avariés selon leur chance. Heureusement pour elle son public n’était pas difficile et lui avait largement pardonné ses quelques échecs, surtout après que son inventivité ait germé dans le terreau fécond des fourneaux. Ca n’avait pas duré très longtemps puisque sa mère avait pris le relai après la naissance d’Etienne mais ce souvenir venait la hanter parfois lorsqu’elle se trouvait face à des bambins. Elle ne s’imaginait pas autrement qu’entourée de personnes de son sang, comme une allégeance sacrée qui la rendait d’autant plus forte qu’elle était partagée. L’idée qu’Anür lui ait accordé le pouvoir de mettre au monde à son tour des êtres si faibles et si fascinants l’attirait comme une flamme : inexorablement mais avec une conscience douloureuse du danger.
Danger de ces femmes trop faibles qui meurent en couche ou même avant, danger de cette pauvreté et de ces aléas qui font chuter même les plus grands, danger de cette peur et cette souffrance qu’elle avait captée à la dérobée dans le regard de ses parents durant les temps durs.
Une peur terrible de ne pas être à la hauteur la tenait éloignée de ce rêve d’une famille nombreuse aussi sûrement que son corps ingrat ceux qui auraient pu la compléter sur cette voie. Quand elle pensait que la fille d’un voisin, qui lui faisait déjà l’insulte d’être plus grande et plus charnue sans atteindre les 15 ans, allait se marier au prochain printemps !
Quand elle y pensait, oui, elle invoquait le gros capitaine.

Et dans son regard elle lisait que, quoi qu’elle fut, quoi qu’elle veuille être, elle ne le pourrait pas.

Soi réel




Certifiez-vous avoir au moins 18 ans ? Je jure sur l’honneur et devant la Trinité devancer Adélaïde de plus de deux printemps
Comment avez-vous trouvé le forum ? (Topsites, bouche à oreille...) Par des topsites mais vous êtes aussi partenaires d’un forum sur lequel je suis
Vos premières impressions ? Vous avez un modérateur qui s’appelle Entropie O.O et un des meilleurs règlements que j’ai vu ^^
Des questions ou des suggestions ? Merci beaucoup =)



Marbrume soutient la création; cette fiche a été codée par Orange de CSSActif Merci !

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Ethaïs Guire "Iris"Prostituéeavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Mer 21 Juin 2017 - 16:58
Bienvenue ici Smile
Ton personnage est bien sympathique
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Séraphin ChantebrumeMilicienavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Mer 21 Juin 2017 - 18:09
Ça va plaire à Ascelin ça! Bienvenue parmi nous!
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Aelys De BeauvalCouturièreavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Mer 21 Juin 2017 - 20:04
Bienvenue sur le forum Very Happy
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Léanor VertecimeBannieavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Mer 21 Juin 2017 - 22:16
Bienvenue !
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ConstancePrêtresseavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Jeu 22 Juin 2017 - 11:49
Bienvenue parmi nous Smile
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Victor de RougelacComteavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Ven 23 Juin 2017 - 7:01
Soit la bienvenue parmis nous.
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Adélaïde Grisregardavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Ven 23 Juin 2017 - 23:43
Merci à vous Iris, Séraphin, Aélys, Léanor, Constance et Victor pour votre accueil =)
C’est moi qui suis enchantée d’avoir l’autorisation d’Ascelin ^^
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Talya de HaldonoresPrêtresseavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Sam 24 Juin 2017 - 10:41
Bienvenue, super agréable à lire soit disant passant.
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Astrid la DouceCartomancienneavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Sam 24 Juin 2017 - 13:04
Bienvenue ! C'est une très jolie fiche, bravo !
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Adélaïde Grisregardavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Sam 24 Juin 2017 - 13:50
Merci beaucoup Talya et Astrid =)
(j'aime beaucoup ton avatar Talya ^^)
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Ambre de VentfroidFondatriceavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Lun 26 Juin 2017 - 20:49
Bonsoir Adélaïde et bienvenue parmi nous,

Je n'ai rien à redire à cette fiche, cependant, celle-ci nous laisse dans le flou sur les activités actuelles de ton personnage ; elle aide des bourgeois et commerçants, sorte de domestique ou servante, donc, mais tu ne choisis pourtant aucune carrière. Tu ne sais pas encore où la mener et tu décideras selon tes premiers rps, si j'ai bien compris ? Normalement pour te valider nous devons déjà arrêter un "métier" à Adélaïde pour ouvrir ta carrière, mais si jamais tu désires jouer en rp le travail qu'elle trouve ou non et accorder ta carrière de points selon ça, je n'y vois pas d'inconvénients.

A toi de me dire ce que tu préfères du coup, je te validerai après ça =)
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Adélaïde Grisregardavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Lun 26 Juin 2017 - 23:02
Bonsoir Ambre et merci =)

Pour l'instant elle saisit à la volée toutes les occasions de gagner de quoi survivre une journée de plus. Je vois son "travail" auprès des nobles/bourgeois plus comme une série de courses : on lui demande d'apporter un message d'un point à un autre, elle le fait et reçoit à manger en retour, repart. Pour ce qui est manigances c'est plus pratique d'employer un gamin qui passera inaperçu parmi d'autres, sans qu'on puisse le relier réellement au commanditaire (au contraire d'un serviteur ou d'un proche) et avec la certitude qu'il ne le lira pas et ne fera pas de détours (surtout si on lui donne un temps fini pour se faire).
Quant aux commerçants, elle les aide pour les inventaires, les rangements, lorsqu'un de leurs employés manque à l'appel (pour cause de blessure ou de maladie par exemple) tant que ça ne demande pas un effort physique trop conséquent.

Ensuite, ce que j'entendais par "ça dépend de vos besoins" est littéral : elle peut embrasser une carrière de domestique, de commerçante, d'artisane, de prêtresse (avec les orientationsque j'ai précisées) selon les manques du forum : pour des raisons d'équilibrage vous cherchez plutôt des personnages du peuple ou du clergé d'après les annonces, qu'en est-il à présent ? La chose m'est parfaitement égale et je vois des développements intéressants dans les deux voies, à vous de me dire ce qui vous arrange le plus =)

Si enfin cela vous est parfaitement égal, je mettrai en effet sa carrière entre parenthèse le temps qu'une orientation in-rp se décide, et vous informerai à ce moment-là de ce qu'il en est =)
(ou alors les dés décideront, c'est possible aussi ^^)
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Ambre de VentfroidFondatriceavatar


MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   Mar 27 Juin 2017 - 12:21
Il n'est pas dans nos habitudes de choisir pour les joueurs leur métier, c'est très personnel de prendre du plaisir à jouer dans telle ou telle catégorie, aussi je te laisserai te décider toi-même au fil de tes rps.

Je te valide donc en l'état, et le jour où tu as enfin décidé de ta carrière, contacte-moi je t'ouvrirai cette dernière.

Bon jeu à toi parmi nous !
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MessageSujet: Re: Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil   
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Adélaïde Grisregard - Une pauvre âme de plus sous le soleil
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