Marbrume



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 Isabelle la Boiteuse

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Isabelle PalandinMaîtresse de posteavatar


MessageSujet: Isabelle la Boiteuse   Mer 31 Mai 2017 - 11:44



Isabelle Palandin

La Boiteuse



Identité


Nom : Palandin
Prénom : Isabelle
Surnom : La Boiteuse
Âge : Née en 1143, elle a maintenant 22 ans.
Sexe : Féminin
Rang : Maîtresse de poste aux chevaux, cavalière, piqueuse, peigneuse et chagrinière au besoin.
[Carrière envisagée & tableau de départ avec les 4 PCs : Carrière du Paysan
+1 INT, +1 END, +2 HAB

Compétences et objets choisis :
Compétences :
Acrobatie équestre
Soin aux animaux
Dressage
Prothésiste

Objets :
Capuchon en cuir
Tenue en lin
Petite dague


Physique


Oubliez les plus hautes montagnes ou les clochers des plus hautes cathédrale : la hauteur idéale pour se rapprocher des cieux est celle d'une monture. A mi-chemin entre terre et ciel. Ici, on la trouvera souvent perchée. A cheval, on le sait, on le voit, on le sent, elle est maître et serviteur, force et clémence, autorité et douceur. Son dos est droit, fierté de jeunesse, ses mains sales et noueuses accompagnent constamment les mouvements de l’encolure sans heurts, fiables et souples. Son visage concentré ne laissera rien transparaître : il n’y a que dans le mouvement qu’on comprend l’extrême maîtrise que requiert sa profession.

Et il n’y a point plus versatile que l’opinion que l’on lui porte. Montée, elle inspire le respect ; le pied à terre, elle perd toute majesté. Emmitouflée dans son coupe-vent qui a connu grêle et sécheresse, et avec ses bottes en cuir d’un autre âge, elle ressemble à n’importe quelle autre paysanne en chausses. Un petit gabarit prêt à affronter tous les labeurs.

Et elle boite. On ne peut pas l’ignorer : c’est ce qu’on voit en premier. Son infirmité saute au yeux sans soulever la moindre pitié. Mettre un pied devant l’autre lui parait pénible. Non plus douloureux, mais présent au point de la faire trébucher à chaque pas. Parfois, on dit qu’il lui manque le pied droit, d’autre pense que c’est l’os malformé ou brisé qui l’entrave. Mais nul ne sait vraiment.

Elle tangue comme un bateau ivre, se balance d’une jambe à l’autre comme un vieux bougre. Et pourtant… Sa jeunesse surprend. Les traits encore frais de son visage sont le témoin d'une enfance à peine vécue. Encadré par des chevaux longs d’un blond triste où traine parfois un fétu de paille, son visage est celui d’un poupon. Des pommettes hautes sous des yeux d’un brin triste. Une petite bouche aux lèvres abimées à la mi saison, quand le froid revient et que le vent est mordant.

Isabelle aurait pu être une jolie petite chose. Mais elle est avant tout une brave enfant du Labret : elle vit tellement avec ses bêtes qu'elle a fini par prendre la même odeur, par se couvrir de la même crasse et par partager la même rudesse de corps et de caractère.

Personnalité


Isabelle. Voilà le nom qui s’impose pour une cavalière. Il s’agit d’une des plus belles robes pour les chevaux. Un doré éclatant, parfois pommelé, cerné de ténèbres dans les crins et dans les balzanes. A sa manière, la fille du Labret est tout aussi rayonnante de par sa jeunesse et aussi sombre par sa mine renfrognée.

Troubler le silence pour y imposer égoïstement des paroles veines regorge autant d’idiotie que d’inutilité. La cavalière parle peu. Les animaux la comprennent. Les hommes la trouvent discrète ou mutine, au choix. Elle laisse les commérages et les banalités aux gens de passages, aux bonnes femmes, aux ivrognes et aux vieillards.

Si on se rend au poste ce n’est point pour son amabilité, certes. Loin d’être débordante de sourire, elle est bien plus prompte à grogner comme le font ses chiens. Un brin taciturne, elle a tendance à avoir l’œil méfiant avec les étrangers et le juron facile avec ses amis. En bien des points elle peut paraître rustre, et elle se fiche éperdument ce de qu’on pense d'elle. Par contre, elle sursautera au plus infime de vos faits et gestes, guettant maladivement la moindre minauderie inhabituelle. Constamment sur ses gardes, elle se méfie de vous sans flancher. Il n'y a pas de peur au fond de ses yeux. Juste une angoisse infinie et dévorante face aux desseins de ses interlocuteurs. Car elle se méfie autant des Trois que des bêtes et des hommes.

Mais sous son attitude effacée, elle éprouve une certaine curiosité craintive pour les gens. Pour ceux qui viennent de loin, pour leur histoire et pour leurs vestiges d’humanité. Du haut de son jeune âge et de sa vie rangée, elle s'étonne de tout ce que les autres peuvent endurer et surmonter. Il y a une énigme pour elle dans la capacité des hommes à accepter les situations les plus incongrues ou les plus douloureuses.

Son travail, c’est de soigner, atteler, dresser, nourrir et entretenir la poste. Ses chevaux représente l'ensemble du travail de sa vie. Elle les aime. Mais en ces temps troubles, nul besoin de s'étendre en niaiseries. Professionnelle, elle considère ses animaux comme des outils de travail. Si les jours deviennent plus sombres encore et que le désespoir gonfle comme la faim, elle se forcera à remplir ses instincts de survie et se nourrira de ses bêtes sans une larme.

Avec ses chevaux, elle est le maître absolu. Avec ses clients, elle devient aussi obéissante que les montures qu’elle a forgées. Toujours, elle besognera avec une discrète efficacité. Pour la plupart des gens de passage, elle restera la Boiteuse. Rien ne détonne chez elle à part cette fragilité physique et sa tendance à être toujours sur ses gardes, un rien paranoïaque. Face au premier soupçon de danger, il faudra s’attendre à la voir bondir et se défendre avec toute la hargne d’un animal en colère.

Histoire



Le vent hurlait lorsque qu’une grande stature encapuchonnée pénétra dans l’auberge vide. On rabattit et cloua la porte derrière lui afin d’étouffer le vent. Or dans les bras de l’homme quelque chose s’époumonait toujours.

L’homme venait de Monpazier. Sa cape dégoulinait de crachats de neige plaqués sur lui par la tempête. Il avait marché à pied jusqu’à la bâtisse située à la lisière d'Usson qui servait de poste aux chevaux, un nourrisson dans les bras. Le temps était d’une virulence et d’une tristesse qu’on aurait bien pensé qu’il serait le seul à avoir pris la route ce jour-là.

N’eut-il point fait un pas qu’une femme s’avança vers lui pour lui prendre l’enfançonne des bras, débordante d’instinct maternel. Le petit bout d’humain était froid comme une pierre et continuait à crier. Le propriétaire des lieux descendit en trombe des escaliers, réveillé dans son sommeil.

Hamelin ? Que fais-tu ici ? lança-t-il, sur le qui vivre.
Du calme, Orderic. Veux-tu bien servir quelque chose à boire à ton vieil ami ? répondit l’arrivant en rabaissant son capuchon.

Immédiatement, le maître de la poste sembla rassuré et descendit les marches, guettant du coin de l’œil son épouse qui arrivait à calmer l’enfant en l’emmitouflant dans son propre gilet. Il alla remplir un gobelet avec un peu de soupe qui barbotait au fond d’un chaudron sur l’âtre qu’il fallait raviver. Ce n’était pas une période d’opulence : l’alcool était réservé à ceux qui avaient la dîme.

Il est à toi, ce chiard ? grogna Orderic en posant le gobelet sur le comptoir et en désignant du doigt l’enfant blotti dans les bras de sa femme.
Non, l’ami, lança Hamelin avec un œil complice avant de laisser tomber : C’est le vôtre.

Le silence glaça cet instant. Celle qui portait l’enfant s’avança, soudainement avare d’explication.

Notre enfant ? répéta-t-elle la gorge serrée.
C’est une petite fille. Elle est sans famille, elle est sans argent et vous je vous sais sans enfants.

Les époux échangèrent un regard qui en disaient long. Des années qu’ils essayaient d’enfanter. Mais à chaque fois que Malorsie avait vu son ventre s’arrondir elle finissait par mettre au monde des morts. C’était de famille : les sœurs de la jeune femme étaient victime de la même malédiction. Et la dernière fausse couche datait d’il y a quelques semaines à peine.

Ecoute, Olderic, reprit le voyageur, je sais que tout ceci est précipité, mais vous allez vous faire vieux. Et qui tiendra la poste quand tes vieux os seront trop fragiles pour supporter ta carcasse ? Ce ne sera peut-être jamais ta fille par le sang mais elle pourra se marier avec un garçon qui reprendra ton affaire.

C’était la première fois qu’elle tenait un petit être si minuscule dans ses bras. Depuis qu’il argumentait, elle ne l’écoutait plus. Seul existait ce petit bout d’avenir dans ses bras. Qu’importe ce que cela impliquait, elle voulait bien mentir. Alors elle commença à secouer vivement la tête en signe d’approbation :

Elle a un nom ? demanda Malorsie au bord des larmes.
Pas que je sache, m’dame.

Et le nom sorti de la bouche de son cavalier de mari :

Isabelle. Ce sera Isabelle.

Et miraculeusement, pour un moments les braillements ne quittèrent pas la poste à chevaux. Et jamais Malorsie et Orderic n'eurent à regretter leur choix.

Isabelle a toujours été une jeune fille serviable et redevable. Du métier ingrat de son père, elle en a fait une occupation entière qui l'a toujours comblé. Très tôt, elle a appris à étriller le poil, graisser le cuir, monter des filets, sangler, longer et même à monter, faisant la fierté d'Ordreric devenu veuf. L’hivers de 1149 avait emporté sur son sillage nombre de cadavres et Malorsie y avait rendu son dernier souffle, victime d’une infection qui avait rongée sa poitrine des semaines durant. La petite fille endeuillée avait six ans alors. De sa mère, elle se souvient que de sourires bienveillants et de tout l’amour protecteur qu’elle usait pour la rassurer. Elle sait qu’elle lui répétait qu’il n’y avait pas de monstres dans la noirceur des nuits sans lune. Et bien des années plus tard, Isabelle comprit combien elle avait tords...

Néanmoins, dans les années qui suivirent, il y eut un temps de gloire. Les nombreux échanges entre le Labret et les communes environnantes bénéficiaient au poste à chevaux. Il devenait d’autant plus usité que Usson était devenue la ville la plus passante du plateau. Orderic et Isabelle furent vite dépassés et c’est le beau-frère du propriétaire, Sébaste, qui vint prêter main forte pour agrandir l’établissement et servir à l’auberge. A cette époque, le père et sa fille achetaient des chevaux, les dressaient et les revendaient à prix d’or pour l’attelage, le travail agricole, la protection militaire et le transport minier. L’écurie pouvait accueillir jusqu’à une vingtaine de montures. L’auberge était souvent pleine et, petit à petit, Sébaste prit en charge le service de la clientèle. Bon vivant et veuf lui aussi après que sa bien-aimée soit morte en couche, il adorait préparer de bons ragoûts, boire avec les gens de passages et savait être au petit soin pour tout le monde. Ce grand ours au cœur tendre n’aurait pas pu vivre seul dans la morosité de Marbrume, et c'est pour cela qu'Isabelle a toujours adoré Sébaste ; au moins à la hauteur de son propre père. Sa bonhomie, sa coriacité et sa joie de vivre mettait du baume au cœur après de longues journées de labeur.

En grandissant, la jeune adolescente gagna en responsabilité et, alors en âge de se marier, nul ne pensa à arranger des épousailles. Cavalière virtuose, attentionnée dans ses soins et d’une efficacité étonnante pour son âge, elle était devenue bien trop utile à l’entreprise de son père, faisant sa grande fierté. Dorénavant, elle s’occupait seule de la distribution des rations et de l’attelage des animaux lors des convois. Et quand Orderic partait pour vendre les poulains fraîchement débourrés à Marbrume, elle prenait seule les commandes de la poste. Il avait confiance en elle. Pourtant, du haut de ses quinze ans, elle n'était encore qu'une frêle enfant. Avec un petit corps que l'ont peut briser comme une branche de noyer.


La nuit était noire comme une four et pleine de peurs. Elle s’était abattue encore plus vite que la veille comme le font toutes les lunes d’automne.

Quand ils avaient refait la grange, ils avaient aménagé le grenier. Sous les combles, les deux chambres spacieuses et chauffées étaient destiné aux gérants. Lorsque la poulinière était gestante, celle près des écuries communiquait directement avec les stables grâce une échelle. Isabelle y dormait en gardant un œil encore ouvert : voilà trois pleines lunes que la jument aurait dû mettre bas. C’était pour bientôt, à coup sûr. Et elle luttait contre le sommeil pour espérer intervenir en cas de complications. Cependant, son travail harassant, les courbatures et la perspective de la dure journée qui l’attendait le lendemain finirent de l’emporter dans les bras de Morphée.

Une balle de paille qui s’éventre par terre. Un fer qui tinte contre les charnières. Une porte qui grince. Des bruissements dans les ténèbres. Une agitation audible et sourde à la fois. La cavalerie en plein éveil.

Engourdie par le sommeil, elle enfile ses chausses et ses bottes, jette une cape de laine sur ses épaules. Elle allume une lampe. La flamme danse au fond de ses pupilles mal réveillées. Elle tourne la clef dans la serrure. Les chevaux, de coutume, sont comme les jeunes enfants malicieux : ils laissent le silence incruster le doute d’un mauvais rêve. Mais cette fois, ils continuaient de taper du pied et à tortiller dans leurs stables. Une selle se renversa dans un grand fracas et la chagrinière grinça des dents. Mais sans trop y penser, elle posa sa lampe à huile en hauteur, se penchant par-dessus la porte de l'endroit réservé à la poulinière. Un sourire s’étira sur son visage. La petite merveille était là. Perché sur des longs membres graciles. Sa belle robe baie brune souligne ses belles balzanes d'un blanc immaculé. Avec une jolie liste sur le chanfrein. Déjà debout. Craintif comme tout.

ON DÉGAGE ! OUVREZ LES PORTES ! on gueula derrière eux à en faire sursauter les morts.

La cavalière se jeta sur ses pieds, attrapant le premier objet qui passait pour se défendre. Un balai ? Qu’à cela ne tienne...

Son cœur s’était mis à battre si fort qu’il aurait explosé dans sa poitrine. Ses yeux s’habituaient à peine à l’obscurité et elle ne savait guère d’où le danger allait se présenter. Une silhouette fonça sur elle sans qu’elle ait eu le temps de prendre son souffle. Il la plaqua contre le mur derrière elle. De toutes ses forces, elle essayait de le frapper, hurlant à l’aide. Un autre homme s’était précipité pour ouvrir l'entrée de la grange toujours fermée de l’intérieur uniquement. Il ouvrit le loquet et poussa les portes en grand, pendant que la cavalière luttait toujours avec son assaillant. Elle sentait son corps contre elle, lourd, déterminé ; et son haleine fétide glissait dans son cou. Sans pouvoir s’en dépêtrer. Elle continuait d’appeler Sébaste, ou tous les dormeurs qui se seraient levés pour elle. Pour le repousser, elle cognait, se débattait avec le bâton auquel elle se tenait comme à la vie. Un dogue coincé dans la fosse au lion.

D’un coup, elle le vit, elle comprit. Ils avaient attelé un cheval. Son cheval. Et ils s’en allaient courir la nuit à bord de la voiture de son père. Sans savoir tenir les guides, un parfait enfoiré se tenait debout, avec le fouet, le faisant claquer pour ordonner le plus brusque des départs.

La rage. Celle qui brûle les tripes et le cœur. Celle dont seuls les hommes sont capables. Il n'y avait plus que la rage pour Isabelle. Avec toute la sauvagerie que son frêle corps d’adolescente, elle donne un vif coup de genoux dans le ventre de son opposant. Elle profite de sa faiblesse pour libérer le manche qu’elle écrase sur la clavicule de l’imbécile qui lui bloquait la route. Et elle se jette devant les roues.

Le cheval pile net. L’attelage est bloqué un instant. Elle croise l’œil de son destrier. Celui qu’elle a fait à sa main des années durant. Celui que lui a offert son père. Celui qui a grandi en même temps qu’elle. Elle voit sa peur. Il sent sa détresse. Même si le fouet claque il ne bougera pas d’un pouce.

Un temps. Un souffle. Un fragment de vie. Et la douleur. D’abord celle dans la hanche qui la déséquilibre. Puis celle dans le dos. Le sol sur ses vertèbres. Et des coups. Qui tombent en pluie. Durs. La tête entre les bras. Les côtes découvertes. Les jambes sur la défensive. Et le cœur pétrifié à l’idée de mourir.

Pendant une poignée de minutes, après l'avoir dégagée de leur chemin, ils la harcelèrent. A deux sur une adolescente. Ils la rouèrent de tout leur mépris, de toute leur férocité, de toute leur hargne de criminels. Elle eut bientôt son compte. Ils la laissèrent pour morte au travers de la porte, montèrent à bord, et l'attelage alla de l’avant.

L’animal, par habitude, évita la jambe droite laissée en travers du passage. La voiture n’avait pas le privilège d’une conscience, elle. Le tibia se brisa comme un fétu de paille sous la première roue cerclée de fer. Et l’os jailli au travers des chairs juste après, sous la seconde. Un sabre d’ivoire dans un lac d’écarlate.

Mais les cris d’Isabelles avaient cessés. Ils s’étaient tus. Éteins. Soufflés, comme la lampe à huile, quand Sébaste la retrouva, exsangue, avec sa blessure ouverte et ses côtes cassées, le visage tuméfié, quelque minute plus tard. Le boucan de la calèche partant en trombe l’avait extirpé de ses ronflements. Et ses yeux n’étaient pas assez grand pour pleurer tout son malheur.

Le lendemain, on apprit que les hommes sans foi qui avaient attaqué la poste, s’étaient ensuite rués sur un escadron de milice. Un règlement de compte, manifestement. Qui s’était fini en bain de sang. Convalescente, épuisée par ce corps qu’elle aurait à reconstruire, insista pour prêter une de ses bêtes pour écarteler celui que les gens d’armes avaient pris.

Dans la bataille, sa monture, son compagnon, l'exemple même de son travail le plus exemplaire, s’en été allée. Et ainsi ils étaient parvenus à aussi briser son cœur.


Guérir demande une lutte sans faille. Et, en ce sens, jamais Isabelle n’a baissé un traitre jour les bras.

Une fois son père revenu de Marbrume, on appela un mire. Pour les hématomes, il y avait les plantes. Pour les côtes cassées, il y avait le repos. Et pour la jambe garrottée à l’extrême après l’accident pour éviter toute perte de sang trop abondante, le guérisseur pensa d’abord à l’attelle. Il fallut remettre l’os en place avant cela, non sans d’atroces souffrances. Et pour la fièvre qui suivit, il fallait la foi.

Cependant, si la jeune fille parvint à retrouver des couleurs, on ne put pas en dire autant de sa jambe. D’abord, le membre devient glacé. Même coincé entre deux planches de bois, elle ne sentait plus son pied. Et puis la peau s’assombrit comme un crépuscule. Elle s’assombrit autour de la cicatrice. Puis les tissus se nécrosèrent. Des bulles remplies d’un liquide pourpre apparurent très vite. L’air dans la chambre de la blessée devint tout bonnement irrespirable. L’odeur nauséabonde qui se dégageait de la plaie empestait la mort. Epuisée et de nouveaux fébrile, la jeune femme perdait la tête en croyant cette torture sans fin. Elle supplia qu’on la libère. Elle en vint même à demander à son propre père de lui donner les derniers sacrements. L’extrême onction.

Et un jour après, on rappela le mire. Le jugement était sans appel : il fallait couper la partie basse de la jambe. Sous le genou. Juste au-dessus de la botte.

On trancha nette après avoir fait chauffé la lame à blanc. Et on cautérisa la plaie proprement. Le tout dans un flot d’hurlements sans fin qui venaient des entrailles pour déchirer le cœur.

Des semaines durant, elle fut alitée. Rongés par la peur de la perdre, Sébaste restait à son chevet le jour et son père veillait sur elle la nuit. Et petit à petit, la santé de la petite revint l’habiter, habiller ses joues, briller dans son œil. Sa vivacité d’esprit la posséda bien plus vite que celle de son corps.

Le jour où elle décida de se mettre à nouveau debout, son père avait un beau cadeau pour elle. Un pied. Une demi jambe en bois avec des lanières de cuir pour maintenir la prothèse sur le moignon. La première prothèse d’une longue série qu’ils expérimentèrent ensemble, père et fille pour améliorer son confort, ses performances et pour atténuer sa désormais infirmité. Les saisons s’étaient succédées. L’adolescente était devenue femme. Et le poulain né la nuit du drame était devenu un bel hongre, puissant, tendre, un brin craintif mais franc et volontaire. On décida qu’on ne vendrait pas cette année-là l’animal ; et Isabelle eut suffisamment de courage pour lui le faire à sa main et lui apprendre à respecter son atrophie.

Avec modestie et reconnaissance, la fille d’Odreric se tenait totalement debout au début de l’été 1159. Elle se jura de ne plus jamais baisser sa garde au nom des Trois.


Tout rentra dans l’ordre pendant un temps. Contre les intrusions, la poste à chevaux s’était équipée d’un portail et de quelques chiens pour dissuader les pilleurs. Si les affaires étaient moins fleurissantes qu’autrefois, tous ses habitants parvenaient à garder la tête hors de l’eau avec le sourire.

Quelques années plus tard, en 1164, des passants qui répétaient avoir rencontrés des étrangers de royaumes éloignés commencèrent à colporter des rumeurs. A l’Ouest du royaume des Landres, il y aurait des disparitions inhabituelles, quelques villages terrorisés par on ne sait quelle force divine et des morts qui reviennent hanter les vivants. Le mois d’après, des vagues de migrants déferlèrent. Au Labret, pour la première fois, on eut faim. Et on dégoisa de peur à propos de la Fange. On l’appelait le Fléau. Le malheur sans visage.

Du mieux qu’ils le pouvaient, les gens du Labret, pour la plupart des gens de terre que l’on ne déracinait point aisément de leur habitude, continuèrent de faire au mieux, repoussant les rumeurs. Refusant la réalité.

Une fois par an, Orderic continuait de descendre à Marbrume seul pour vendre deux de ses bêtes à la noblesse et à la milice. Et un jour, il ne revint point. Les chevaux qu’il emmenait rentrèrent un matin à l’écurie. Encore encordées les unes aux autres. La selle était encore sur le dos de l’étalon qu’il avait aimé toute sa vie. Pas de sang. Pas une trace. Pas d’adieux.

La Fange ? Un animal ? Une cruelle rencontre ? Jamais on ne sut. Jamais on ne retrouva le corps. Jamais on ne l’enterra à côté de Malorsie sous le noyer qui bordait leurs terres.

Sa disparition laissa un trou béant, un vide que rien ne pouvait combler. L’oncle et la nièce n’avait plus qu’à se serrer les coudes. Une longue discussion aboutit sur la résolution de ne jamais abandonner la poste même lorsque les plateaux furent particulièrement en danger. De son père, la cavalière avait tout appris, tout retenu et, même infirme, par son courage et sa détermination qu’elle inspirait nul ne vient lui prendre ses terres. Dans cette période, la milice fut le meilleur de ses alliés. Contre un accueil piètre mais dévoué, nombreux furent les militaires qui choisir la poste comme base et centre de commandement. Ils aidèrent à renforcer les lieux. Et même si des chevaux furent pris pour cible, Sébaste et Isabelle apprirent à vivre dans la peur.

Depuis que le plateau a été repris par des opérations militaire en début d’année, l’accueil dans ce refuge inattendu est plus détendu sans être jovial. Sur le Labret, on sait qu’un sursis a été accordé par les Trois. Isabelle qui ne sait plus sourire, prie tous les dieux pour que le Fléau s’estompe et que la paix revienne.

Et la Boiteuse survit pour tout ceux qui ont disparus sur les plateaux.

Soi réel



Certifiez-vous avoir au moins 18 ans ? Pour sûr.
Comment avez-vous trouvé le forum ? Vieille de la vieille.
Vos premières impressions ? Contente d’être de retour.
Des questions ou des suggestions ? Ne changez rien.


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Dernière édition par Isabelle Palandin le Ven 2 Juin 2017 - 0:08, édité 35 fois
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ConstancePrêtresseavatar


MessageSujet: Re: Isabelle la Boiteuse   Mer 31 Mai 2017 - 11:46
(Re?) bienvenue parmi nous
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Aelys De BeauvalCouturièreavatar


MessageSujet: Re: Isabelle la Boiteuse   Mer 31 Mai 2017 - 19:03
(Re)Bienvenue parmi nous Very Happy
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Victor de RougelacComteavatar


MessageSujet: Re: Isabelle la Boiteuse   Mer 31 Mai 2017 - 20:10
Bon retour parmis nous avec ce nouveau personnage.
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Léanor VertecimeBannieavatar


MessageSujet: Re: Isabelle la Boiteuse   Mer 31 Mai 2017 - 23:17
Rebienvenue et bon retour parmi nous !
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Isabelle PalandinMaîtresse de posteavatar


MessageSujet: Re: Isabelle la Boiteuse   Jeu 1 Juin 2017 - 23:56
Merci à tous ! Very Happy

Ayéééh, j’ai lancé mon pavé dans la marre(-brume) ! Rolling Eyes
J’ai déjà fui, ne me cherchez plus…
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Yseult de TraquemontChâtelaineavatar


MessageSujet: Re: Isabelle la Boiteuse   Ven 2 Juin 2017 - 0:23
Correction du soir bonsoir.

Quelques fautes qui traînent. Un style un brin lyrique qui me ravit, ça correspond assez bien en plus au personnage. Je suis assez surprise (sinon admirative) par la façon dont tu retranscris son agression : ton écriture rend Isabelle extrêmement humaine, cohérente et attachante, c'est un vrai plaisir de la découvrir.
Ce vocabulaire sur les chevaux. La deuxième fois de ma vie que je vois les mots "débourrer un cheval", ton texte vient sauver de la solitude éternelle le bouquin où j'avais trouvé l'expression. Tout est okay (grâce aux bons conseils d'Elric sur les PC à ce que je vois), je vais valider tout ça.

Bon retour parmi nous et fais vivre plein d'aventures à ta petite infirme. o/
Réserve-moi une place un de ces quatre au coin d'une page.

Rang et couleur à venir sous peu, pour ta carrière je me permets de ne pas te mettre le lien tu sais où ça se trouve !
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Isabelle PalandinMaîtresse de posteavatar


MessageSujet: Re: Isabelle la Boiteuse   Ven 2 Juin 2017 - 0:27
Merci beaucoup, Yseult. Smile
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Dain EmulsinMilicienavatar


MessageSujet: Re: Isabelle la Boiteuse   Ven 2 Juin 2017 - 0:42
Bienvenue chez les fous!!
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MessageSujet: Re: Isabelle la Boiteuse   
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Isabelle la Boiteuse
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