Marbrume



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 Maëlle Cendre-Iris {Terminé}

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Maëlle Cendre-IrisSorcièreavatar


MessageSujet: Maëlle Cendre-Iris {Terminé}   Lun 4 Juil 2016 - 18:29




Maëlle Cendre-Iris




Identité



Nom : Cendre-Iris
Prénom : Maëlle
Âge : 19 ans
Sexe : Féminin
Rang : Maëlle n’est rien qu’une fille du peuple parmi tant d’autres. Elle gagne le droit d’être hébergée, blanchie et nourrie tant bien que mal dans la taverne où elle travaille. La chambre étroite blottie sous les combles où elle niche dissimule jalousement sa boule de cristal, qu’elle ne s’est résignée à consulter pour d’autres qu’elle que récemment.

Carrière envisagée & tableau de départ avec les 4 PCs : Carrière de la sorcière. + 2 HAB - + 1 INT - + 1 CHAR
Compétences et objets choisis :
¤ Mémoire – Emprise sur les animaux – Discernement – Divination (boule de cristal)
¤ Boule de cristal – Couteau de cuisine


Physique



Jamais son corps n’a possédé les cambrures voluptueuses de celles dont tous les hommes dévorent les courbes du regard. Le si peu de rondeurs qui galbait sa silhouette s’est laissé grignoter par les monstres insatiables asservissant Marbrume depuis le Fléau déferlant : l’effroi, vidant le cœur ; la faim, creusant le ventre, se repaissant des cuisses, dissolvant sa poitrine, rongeant jusqu’au bombé de ses pommettes. Comme chaque silhouette dans la foule amaigrie du peuple, Maëlle s’est délestée de sa minceur de saule pour n’être plus qu’un brin de roseau fluet, et s’est résignée depuis bien longtemps à ne plus remplir son corsage que de vide.

Toutefois, si elle a du roseau l’inquiétante gracilité, Maëlle en déploie aussi la souplesse déliée ; et si frêle se révèle-t-elle être, il y a dans l’assurance de sa démarche et son dos droit la force enracinée de celle qui ne rompt pas. Ainsi ne la verrez-vous pas courber l’échine sous le joug menaçant du désespoir, ni même ciller face aux trop sombres perspectives d’avenir.

Si elle cillait d’ailleurs, ça ne serait jamais que d’un œil, le droit, qui balaie d’un brun chaud les alentours et se pare au soleil de reflets mordorés. L’autre, l’orbe de brume aveugle, hante son visage comme une Lune pleine dans un ciel pâle, constellé de tâches de rousseur. De mauvaises langues vous diront à n’en pas douter que son iris est infusé du brouillard des marais, et qu’il ne s’agit que d’une marque de son appartenance secrète à la Secte. D’autres jureront par toute la Trinité que face à cet œil-là, il n’est aucun mensonge qui puisse se faufiler inaperçu, et que la Cendre-Iris s’en sert pour discerner la vérité dans les méandres opaques de sa boule de cristal.

Il n’en aurait pas fallu plus pour qu’elle soit toujours remarquée, à peine le pied posé dehors. Mais l’harmonie de son visage est toute entière gâchée par une balafre, qui court depuis son front jusqu’à l’arrondi doux de son menton, brisant l'arc de son sourcil, taillant la joue, fendant la courbe tendre de ses lèvres. Ajoutez à cela les longs rubans cuivrés qui coulent jusqu’au bas de son dos, et vous vous rendez compte que Maëlle Cendre-Iris n’est pas cette inconnue que l’on oublie sitôt croisée. Toutefois, elle est assez petite pour se fondre aisément dans les remous d'une foule, et bien assez malingre pour se faufiler ça et là si d'aventure lui prend l'envie d'échapper aux yeux insistants.

La modestie de son quotidien ne lui accorde de porter que les plus simples des tenues ; jupes en drap de coton bien souvent dentelées de cendre et ourlées de poussière, corsage drapé d'un grand châle de laine rude lorsque s'annoncent les froids d'hiver. Lorsque les vents s'engouffrent en sifflant sans merci dans les venelles tortueuses de Marbrume, il n'est pas rare de la voir rajuster un fichu de toile blanche sur ses oreilles, d'une main barrée de cicatrices.

Personnalité




Il serait encore trop léger de dire d'elle qu'elle n'est pas bavarde. A croire que cette méchante coupure qui lui entaille la bouche n'était rien d'autre qu'un sceau au fer blanc, destiné à sceller ses lèvres. A l’exception de l’amabilité banale et minimale qu’elle concède aux clients de la taverne, elle n’est pas femme à rechercher la compagnie des autres. Ca n'est pas de Maëlle que fuseront les rires stridents ricochant d'une plaisanterie, pas plus que de vaines minauderies. Elle n'ira pas plus ajouter sa voix aux chœurs surexcités de chuchoteuses qui forgent et propagent des rumeurs, en médisant de leur voisin tout en battant leur linge. La jeune sorcière ne s'embarrasse pas des on-dit, n'accordant que peu de valeur aux racontars scabreux et teintés de superstition qui galopent à travers Marbrume. La vérité est à ses yeux la seule qui vaille d'être énoncée ou entendue, et elle ne déroge à cette règle que lorsqu'une vérité trop rude lui coûterait plus d'ennuis qu'un mensonge enrobé.

Car étant elle-même bien trop fréquemment l'objet de ragots dangereux, Maëlle a rapidement compris qu'il était parfois préférable de mal traduire ces vérités qu'elle discerne d'un oeil brumeux dans sa boule de cristal. Il suffirait d'interpréter les méandres lunaires d'une façon qui contreviendrait aux attentes de son consultant pour se voir aussitôt taxée à demi-mot de sorcellerie ; un risque qu'elle ne prend jamais, si le client s'avère trop susceptible. Elle ne dira non plus jamais la vérité sur l'origine de ces balafres qui la défigurent, par peur d'être associée à la secte qui les lui a causées.

Si elle n'est pas particulièrement loquace, Maëlle se révèle toutefois une oreille attentive et lorsqu'une conversation se prête aux confidences. Pour être tout à fait honnête, ses oreilles traînent à peu près partout, à peu près tout le temps. A longueur de journée, elle essaye au détour des tables de la taverne de capturer des bribes d'information, de grappiller quelques précieux indices qui la mettraient sur la piste de la secte. L'air de rien, débarrassant ici une chope poisseuse et servant là le maigre bouillon de poissons venus tout droit du port non loin, Maëlle est une observatrice acharnée, espionne pour son propre compte. Elle n’a pour le moment rien récolté, mais possède la ferme intention d’informer le clergé de tout écho qu’elle recueillerait de la Secte des Marais, afin que la Foi en extermine jusqu’au dernier ver.

Car ce qui s’acharne à la pousser hors de son lit, à chacune de ces aubes pâlottes dont on ne sait jamais si elle sera la dernière ; ce qui persiste à la tenir debout en travers de la faim, du froid et de l’effroi ; ce qui la tient éveillée quand son œil blanc dévisage les nuits noires, c’est la vengeance qui pulse jusqu’aux tréfonds de son cœur. Maëlle ne nourrit pas beaucoup d’espoir quant à la survie de l’humanité, mais alimente l’implacable ambition qu’avant la fin de toutes choses, elle puisse au moins assister à l’exécution publique des hérétiques de la Secte.

Mais de ces envies vengeresses, elle ne fait étalage auprès de personne. Ceux qui tenteraient de forcer ses propres mystères s’en verront dissuader par des silences sépulcraux – ou un regard de cendre, bien souvent suffisant pour étouffer les curiosités brasillantes. Il est vrai que Maëlle voue une méfiance innée et bien ancrée envers ceux qui l’entourent ; les lourdes trahisons qu’elle a vécues par le passé lui ont suffi pour toute une vie.

Elle s’évertue cependant, avec autant de mal que de rigueur, à modifier son attitude envers les autres. En ces temps sombres où les âmes en sursis s’abandonnent aux superstitions, Maëlle est plus qu’assez consciente des rumeurs accablantes qui s’attachent à ces pas. C’est vrai, après tout… Avez-vous vu cette cicatrice, sur son visage ? Son œil, qui porte la marque de la secte ? Et l’on a beau y avoir recours de temps à autres quand l’inquiétude aiguillonne trop l’âme, au fond, cette boule de cristal est quand même douteuse, non ? Comme tous ces chats errants qui la couvent d'un regard perçant chaque fois qu'elle passe, et délaissent jusqu'au coin de l'âtre pour la suivre à coussinets de velours... Il parait même qu'elle ne parle à personne. Elle ne serait pas un peu sorcière la Cendre-Iris, par hasard ?

On pourrait même la soupçonner de n'être rien qu'une abjecte hérétique, si elle ne plaçait pas une si grande foi en les dieux de la Trinité. En dépit des épreuves qu'elle a dû affronter, comme tout autant d'ornières boueuses sur un chemin pourtant si bien tracé, Maëlle ne s'est jamais délestée de sa foi en Anür, Serus et Rikni. Aussi paraît-il difficile d'accuser d'hérétisme une jeune fille simple et discrète, qui sans être une dévote extrême fait ouvertement montre de sa foi et son respect du clergé.

Lorsque s'allongent les belles soirées d'été, Maëlle aime fuir le huis clos de la taverne pour errer vers le Temple, afin d'y laisser les dieux dissiper ses doutes, lui redonner courage, la conforter dans ses espoirs. Elle aime aussi profondément les mystères insondables du royaume d'Anûr, dont elle prise l'éternel écho du ressac ; aussi ses semelles fines la mènent à l'occasion aux alentours du port, quoique le quartier soit devenu à bien des égards et comme bien d'autres un lieu où la misère est reine.

En hiver, lorsque mugit la bise et que les frimas enveloppent ses cils d'une dentelle de givre, c'est auprès des conteurs que Maëlle abandonne les pénombres de Marbrume et jusqu'à ce qu'elle est, pour rêvasser le temps de quelques heures sur les balades dont elle aurait voulu être l'héroïne.

Histoire


Si tu voyais ce qu'est devenu le monde, maman.

Quand j'étais petite et que tu nous racontais des histoires près du feu, à Aubeline et moi, je pensais qu'il n'y avait pas plus terrifiant que les spectres du moulin d'Ormesombre. En allant me coucher le soir, après voir prié Rikni de nous épargner les cauchemars qu'elle envoyait quand même, je n'étais jamais tranquille quand je soufflais ma bougie. Aubeline se blottissait contre moi quand elle avait trop peur, je la sentais trembler comme une feuille quand je la prenais dans mes bras. Avec ses trois ans de moins que moi et craintive comme elle pouvait l'être, rien d'étonnant, si fort qu'elle le niait quand je la taquinais à ce sujet le lendemain matin. Papa et toi aviez beau me dire d'arrêter de me moquer d'elle, c'était trop facile et surtout trop drôle pour que j'arrive à m'en empêcher. Cette façon qu'elle avait de retrousser le nez d'un air indigné et de partir en furie les bras croisés...

Je crois que c'est toujours un peu comme ça que l'on marchait, elle et moi... mais c'est toujours comme ça entre soeurs, non ? Je suis certaine que tout aurait été pareil avec Isolde, si la fièvre ne l'avait pas emportée lorsqu'elle avait quatre ans, et moi neuf. J'étais encore petite, mais je me rappelle, maman, combien tes yeux nous dévoraient du regard, Aubeline et moi, quand tu cherchais au fond de nos yeux et sur nos fronts la moindre trace de fièvre. Papa et toi nous avez éloignées chez grand-mère un moment pour ne pas que la contagion s'étende, c'est ce que vous aviez dit, mais je crois que je sais à présent que c'était aussi pour ne pas qu'on assiste à la mort d'Isolde. Elle était si chétive lorsqu'on l'a mise en terre, et ta main tremblait tellement fort quand tu as mis le feu à ses vêtements imprégnés par la maladie.

J'ai longtemps cru que tu ne sourirais plus jamais. Même quand la vie a repris son cours, qu'après le printemps est venu l'été, qu'Aubeline s'est rappelée comment sourire et que j'ai retrouvé mon rire... J'avais parfois entendu dire que la mort d'un enfant peut briser un mariage, mais vous avez tenu bon, papa et toi. On a tous tenu bon.

Quand je vois ce qu'est devenu le monde, je regrette que l'on ne soit pas tous morts de fièvre.

Il n'y a plus rien de cette vie calme que l'on menait à Conques, maman. Plus rien. Il n'y a plus les champs de blé radieux jusqu'à perte de vue, ni le murmure des rivières où l'on s'éclaboussait lorsqu'il faisait trop chaud. Je ne me souviens plus du goût des mûres sauvages gorgées de sucre noir, ni de la douceur de l'herbe sous mes pieds quand je dévalais les collines en hurlant de rire. Je ne me rappelle même plus ce que cela fait d'aller dormir en étant certaine d'être en vie le lendemain matin, ce que l'on ressent quand on est en sécurité. C'est jusqu'au son de ta voix que j'ai oublié.

Ici, mon horizon ne s'étend que de la lucarne de ma chambre aux remparts de la ville. Les rues puent la misère et la désespoir, et pieds nus je n'y trouverais que de la crasse, des bouts de charogne, des tessons à s'en déchirer la peau. Pourtant les gens continuent de vivre. Je vois même passer depuis les fenêtres de la taverne des femmes qui ont assez d'indifférence, d'inconscience ou de résignation pour porter encore des enfants, bombant au ciel leur ventre rond comme un défi.

Chacune d'entre elles me rappelle ton ventre à toi, plein à craquer d'une nouvelle vie, que tu caressais comme un trésor lorsque j'avais quinze ans. C'était la première fois depuis des années que tu parvenais à mener une grossesse à terme, après la mort d'Isolde je t'ai trop souvent vue renoncer à ces enfants qui se nichaient en toi, lorsqu'ils se liquéfiaient entre tes jambes dans le sang vermeil de fausses couches. Mais celui-ci, cet enfant-là, ce bébé... Il s'accrochait. Il te donnait des coups, et quoique chacun d'entre eux te broie tu souriais du bonheur simple de le savoir en vie. Et puis, cette certitude que tu avais que ce serait un garçon... Rikni te l'avait révélé en rêve, c'est ce que tu nous avais dit. Papa était fou d'impatience.

Ce que Rikni n'a pas dit, c'est que deux jours entiers après le début du travail, les souffrances dues à l'enfantement te clouaient encore à ton lit, baignée de sueur et crucifiée par cet enfant pendu à ta matrice, cordon bleuâtre autour du cou. Les draps buvaient le sang dont tu te vidais, s'incrustaient des caillots gluants qui expulsèrent tout ce qui te restait de vie. Maman, j'aurais voulu que Rikni t'annonce que tu allais mourir sur ton lit de couches, pour que je puisse te dire au revoir. Pour qu'on puisse tous. Quand on a enveloppé le bébé dans ses premiers et derniers langes, il était blanc comme du givre.

C'était un garçon.

La vie sans toi s'est mise à n'avoir aucun sens. C'était comme de se lever un jour d'été et voir qu'il pleut, dehors, partout, tout le temps. Aubeline s'est renfermée dans un silence de mort, papa est devenu fou. Il passait ses journées à ranger tes affaires, couché dans ce lit que vous aviez partagé et où tu étais morte, où son fils, votre premier fils, était mort. La nuit, il errait comme un spectre dans les rues obscures du village, simplement muni d'une lanterne et déambulant en appelant ton nom, en maudissant les dieux. Il crachait sur Anür, Serus et Rikni réunis pour lui avoir enlevé sa femme. Il a juré de se venger d'eux, parlait d'un quatrième et autre dieu. Je l'ai retrouvé plusieurs fois couché sur ta tombe au petit matin, couvert de rosée froide, geignant comme un enfant perdu. Lorsqu'il a arrêté de passer ses journées allongé, il s'est mis à te parler. Vous teniez de vraies conversations lui et toi, si on l'écoutait...

Je l'ai regardé sombrer en essayant de ne pas suivre ses pas, en tenant bon malgré ta mort, en dépit de toi. Un soir où il s'est déchaîné en hurlant contre Aubeline parce qu'elle n'avait prétendument pas répondu à ce que tu lui disais, j'ai attendu qu'il dorme et pris toutes nos affaires pour partir chez grand-mère, à l'autre bout de Conques. Quand je suis revenue quelques jours plus tard, la maison était désertée et papa nous avait abandonnées. J'ai retrouvé dans l'âtre, à moitié consumées, les statuettes grossières de nos dieux qu'il avait lui-même façonnées quelques années plus tôt.

Grand-mère a pris bien soin de nous, je t'assure. Comme elle l'a fait durant la maladie d'Isolde, comme elle l'a toujours fait. Jamais elle n'a brusqué Aubeline pour la sortir de son silence, elle l'a laissée vivre ta mort dans son mutisme comme elle m'a laissée affronter mon deuil à ma façon, en me noyant dans les travaux que je pouvais dégoter dans le village afin d'aider grand-mère du mieux possible. Ca a été dur, maman. Même aujourd'hui je ne me résous pas à ce trou dans le ventre, pire que la faim, qui m'engloutit quand je prends conscience que tu ne reviendras pas pour froncer les sourcils, m'envelopper dans mon châle, t'inquiéter de ma maigreur. Je manque souvent de quelqu'un qui s'inquiéterait pour moi. Ca fait tellement longtemps qu'on ne m'a pas embrassée la joue avant d'aller dormir.

Pas depuis mes dix-sept ans. On avait remonté la pente, petit à petit et toutes les trois. La pente, elle ressemblait à une montagne glissante de coulées de boue et pleine de rochers escarpés, et on a dû lutter pour monter jusqu'en haut, mais on l'a fait. Aubeline atteignait ses quatorze ans, et notre vie à Conques avait retrouvé des habitudes qui forcent la sérénité. La maison de grand-mère sentait bon la verveine, et le soir elle passait des heures à m'expliquer comment décrypter le brouillard de sa brume de cristal. J'étais même heureuse, maman. Sans toi. Je m'en suis longtemps voulu, et puis j'ai oublié de me sentir coupable chaque fois que je voyais Jurian, et que tout le reste du monde disparaissait.

Il était arrivé une poignée de mois auparavant avec ses parents, pour refaire leur vie dans le Morguestanc. Quand je suis allée célébrer le solstice d'été au village, que j'ai vu son visage à la lueur des torches, son nez droit, ses cheveux blonds... je n'ai plus su ni comment je m'appelais, ni pourquoi mon coeur se tordait, ni ce que fichaient ces papillons au creux de mon ventre, ou ces fourmis dans mes pieds. Il avait des airs de conte de fées, tu sais ? Ceux que tu racontais. Je suis sûre tout au fond de moi que Serus a béni notre union quand je me suis abandonnée dans ses bras sous les anciens pommiers. On entendait au loin les notes de flûtes jouer.

Aubeline se moquait de nous lorsqu'elle nous voyait échanger ça et là un baiser volé. J'étais tellement contente qu'elle se soit remise à parler, même si c'était pour nous tourner en dérision Jurian et moi, que je lui répondais simplement qu'elle comprendrait plus tard. Je me suis mise à devenir une adulte, j'espère l'adulte que tu aurais aimé que je sois. Tous les deux, on aurait pu se marier sans plus tarder et sous les arbres roux d'automne. J'aurais mis une couronne de feuilles dans mes cheveux, des pommes écarlates sur la table, et une robe que grand-mère m'aidait à confectionner... Elle aurait été de la même couleur que le ruban pour lequel Jurian économisait. Il ne voulait pas qu'on se marie avant d'avoir pu m'en offrir un, un gris tout simple, le gris le plus joli du monde. En gage d'amour, je lui avais donné une mèche de mes cheveux nouée avec des brins de lavande...

Et puis, une nuit d'octobre, cette dernière nuit où l'on m'a embrassée avant d'aller dormir, j'ai fait un rêve. J'étais allée me coucher tôt, car grand-mère m'avait longuement retenue à ses côtés auprès de sa boule de cristal, et j'avais la tête en lambeaux d'arriver à ne rien percevoir. Tout ce que j'avais l'impression de voir, c'était des bulles étranges... Je n'en ai rien dit à grand-mère, parce que ça ne devait être que des aspérités dans le cristal. Quand je me suis allongée, Aubeline tissait encore auprès du feu et grand-mère chantonnait quelque chanson dont je ne me souviens plus.

Je n'avais jamais fait de rêve si vif, maman. Je voyais Aubeline agenouillée devant des statues des trois dieux, lorsqu'une dernière statue, toute ombre et ténèbres, est apparue à leur côté. Elle tenait une lanterne dans sa main gauche, et de la droite elle a tiré Aubeline jusqu'à des marécages puants où elle s'est empêtrée, enfoncée en hurlant, sans que je puisse rien y faire... Je me suis réveillée en sueur, cette nuit. J'ai tâtonné autour de moi dans le lit en me rassurant de l'y trouver saine et sauve, respirant sereinement, avant de me rendormir. J'ai mis longtemps avant d'y parvenir, mon oeil gauche s'était mis à me démanger et je n'arrivais pas à déloger la poussière qui l'irritait tant.

Comment ais-je pu être aussi bête, maman ? Comment ais-je pu si terriblement manquer tous ces signes envoyés par les dieux ? Même avec l'oeil qui me manque aujourd'hui, je suis moins aveugle que je ne l'ai été ce soir-là...

L'aurore était pâle et morose le lendemain matin, quand trois coups de poings rudement portés sur notre porte ont sonné le glas de notre vie à trois. Je me suis enveloppée dans mon châle, et la porte en s'entrebâillant a laissé s'infiltrer chez nous un spectre du passé, que je pensais mort et enterré. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite. Depuis deux ans qu'il avait disparu, son visage s'était émacié, ses joues creusées, et un fouillis de barbe emmêlée lui dévorait le menton. Il n'avait plus rien de ton mari, plus rien du père que l'on avait connu toi et moi...

Mais ce n'était pas tant sa maigreur qui m'a fait reculer d'un pas lorsqu'il s'est avancé vers moi. C'était ses vêtements poussiéreux, la lueur au fond de ses yeux. Cette façon qu'il avait de nous dévisager Aubeline et moi lorsqu'elle a fini par quitter ses draps pour nous rejoindre, à moitié cachée derrière moi. C'était comme rencontrer un vagabond qui erre au gré du vent, maman, s'il ne nous avait pas appelées par nos prénoms j'aurais pu croire qu'il était entré par hasard dans la chaumière. Mais il se rappelait de nous, oh, il se rappelait de tout... Et plus que tout il voulait nous mener jusqu'à cette nouvelle vie qu'il s'était construit à Marbrume, à l'abri d'une maison à colombages où sa toute nouvelle femme n'attendait que de nous rencontrer. Il n'y avait à ses yeux aucun autre chemin pour nous à suivre que celui de l'obéissance. En tant que jeunes filles nous étions encore sous son autorité, rien ne nous empêchait de le suivre, si ?

Si. Je lui parlé de Jurian, du serment qui nous liait, de ce ruban qui nouerait nos deux vies. Je lui ai fait comprendre, à demi-mots et les joues rouges, que notre union avait été consommée avant-même que d'être fêtée sous les yeux d'océan d'Anür, et que j'appartenais à mon futur mari plus qu'à mon père. Je ne lui avais jamais vu un regard aussi dur lorsqu'il m'a dévisagée en silence, tiquant chaque fois que j'osais prononcer le nom de notre déesse... Et dès cet instant-là, il a entièrement renoncé à me convaincre de le suivre hors de Conques.

Mais il n'en démordait pas au sujet d'Aubeline. Grand-mère et nous sommes interposées en tentant de le raisonner, mais que l'on soit restées calmes ou que le ton soit monté, aucune de nous n'a pu le dissuader d'emmener Aubeline avec lui à Marbrume. Elle était tellement terrifiée de devoir vivre avec un homme qu'elle ne reconnaissait plus que je sentais ses doigts broyer les miens dans les replis de nos jupes. Je suis sûre que les voisins entendaient tout, mais aucun d'eux n'a eu le courage d'intervenir. Tu sais bien où s'arrêtent l'entraide et l'amitié même dans les petits villages, là où commence le moindre des petits dangers...

Il n'était pas question que je la laisse y aller seule. L'idée ne m'est pas venue à l'esprit un seul instant de regarder son dos s'éloigner sur le chemin pendant que je resterais là, à préparer une vie où elle ne serait pas. Je t'avais promis ce jour où tu es morte de toujours bien veiller sur elle, la garder sur mon aile. Sur les coups de midi, le soleil culminait en même temps que l'impatience de notre père, si fort qu'Aubeline n'a pu faire que céder et rassembler toutes ses affaires. J'ai rassemblé les miennes, aussi. Puis j'ai couru, couru comme une démente jusqu'à Jurian en essayant de lui éclaircir toutes les zones d'ombre d'un départ si précipité, en lui jurant que ça n'était que l'affaire de quelques jours. Juste le temps de raisonner papa, et de ramener Aubeline à la maison.

Il pleuvait froid quand Conques s'est effacé dans notre dos et au fil de nos pas, un petit crachin maussade qui ricochait sur le nez retroussé d'Aubeline. De tout le trajet je n'ai pas quitté sa main, maman. Je la gardais serrée fort entre mes doigts, entre deux tentatives d'engager une conversation avec papa. Lui, marchant quelques pas devant nous, ne nous jetait de temps à autres que des regards furtifs, comme pour s'assurer bel et bien que nous suivions ses traces. Autour de nous, une méchante petite brise battait la toile de nos fichus tout contre nos oreilles, et faisait tournoyer comme l'écho d'un fantôme les murmures de papa en réponse aux questions soucieuses que je lui posais.

Je n'avais accepté que nous le suivions que pour gagner un peu de temps ; jamais je n'ai envisagé de ne pas ramener Aubeline chez nous. Et si j'ai cru une poignée d'heures qu'il nous menait pour de bon à Marbrume, plus nous nous enfoncions dans cet entre-deux déserté qui sépare Conques de la grande ville, moins je croyais en cette histoire qu'il nous avait vendue dans le seul but de nous mettre en confiance. Le soir a fini par tomber, un de ces soirs d'automne que tu appréciais tant pour te blottir au coin du feu et nous conter toutes ces histoires qui ne finissaient que bien. Mais il n'y avait pas de flammes ce soir-là, rien que des gouttes de pluie qui embuaient tout autour de nous d'un brouillard en lambeaux, plus dense à chaque tournant. Aubeline a tourné son visage vers moi pour chercher un peu de réconfort, je lui ai souri. Je croyais encore que notre histoire était aussi de celles qui finissent bien.

Mais au fond de moi, les ombres qui allaient s'allongeant à mesure que le jour sombrait ne faisait que m'inquiéter davantage. J'avais le ventre noué et le coeur bizarrement affolé ; un malaise vague flottait dans l'air et me collait aux chaussures, comme la boue froide et visqueuse qui gagnait du terrain. J'étais plus que décidée à faire demi-tour dès les premiers rayons le lendemain matin, et d'exiger de lui qu'il ne revienne plus jamais à Conques. Je n'avais plus aucun espoir face au silence qu'il imposait de lui faire entendre raison. Je marchais derrière lui tout en regardant le paysage qui défilait sous nos pieds fatigués. Il n'y avait pas la moindre lueur orangée filtrant d'un hameau accueillant, aucun ruban de fumée qu'une cheminée aurait laissé filtré depuis un âtre chaud et sec. La bise nous avait apporté l'écho des cris d'une poignée de chasseurs et les aboiements de leurs chiens, avant sans doute qu'ils n'établissent un campement pour la nuit. Mais à présent ne pesait que le silence, maman. Je n'en avais pas connu de pire depuis celui qui avait suivi ton dernier souffle. On n'entendait rien que le mugissement du vent dans les arbres noueux, rien que nos pas dans une flaque spongieuse après l'autre, rien que les bulles qui gargouillaient à la surface des mares au parfum rance.

Des bulles, comme dans une boule de cristal la veille au soir.
Des marais, comme dans un cauchemar.

Maman, à ce moment là, je...

"Arrête", j'ai ordonné à Aubeline en plaquant mon bras contre sa poitrine pour l'empêcher d'avancer plus.

Nous n'étions pas du tout en route pour Marbrume.
Nous ne l'avions d'ailleurs jamais été.
Il nous emmenait au profond des marais.

"Arrête-toi", j'ai répété, sans même savoir comment j'arrivais à parler avec la mâchoire si serrée et la bouche si tremblante. J'ai agrippé Aubeline en la faisant passer dans mon dos. Elle chancelait comme un tout petit oiseau entre mes doigts.

Papa s'est arrêté, là devant. Le brouillard l'entourait comme des esprits mauvais tandis qu'il dégageait le capuchon qui pesait sur son crâne. Il s'est approché de nous tout en fouillant dans sa besace, finissant par en extirper un petit ballot de chiffons dont s'échappait un parfum robuste de viande séchée.

"On ne s'arrête pas", nous a-t-il dit en nous en tendant un large lambeau. "Mangez ça si la faim vous scie. Maëlle, tiens, donnes-en à ta soeur. Donne-lui, c'est de la viande de cerf. Ca se mange tout seul."

J'en suis restée muette d'horreur. En agrippant la main d'Aubeline, j'ai dévisagé ce qui restait de notre père en lui jetant à la figure que le cerf était un animal sacré, et que ni elle ni moi ne commettrions jamais un sacrilège aussi épouvantable. Je ne sais pas comment je faisais pour rester debout sous le regard qu'il nous lançait, maman, j'avais l'impression de voir un fou dangereux.

"On y va", j'ai dit à Aubeline en l'entraînant pour faire volte-face.

A cet instant je ne voulais rien plus que m'enfuir, et je me fichais pas mal de la pluie qui tombait dru, du brouillard qui s'entrelaçait aux arbres, de la nuit noire. Même sans lanterne je préférais errer dans la pénombre plutôt que rester un seul instant de plus avec lui. J'avais le coeur empoissé de peur. Je n'ai même pas perçu le mouvement de son bras qu'il s'est interposé pour m'arracher Aubeline en la tirant violemment vers lui.

"On ne vole pas les sacrifices d'Etiol", a été tout ce qu'il a grondé d'une voix de tombe.

Je me suis débattue comme une démente pour la garder auprès de moi, mais la pluie avait alourdi mes jupes et gênait chacun de mes mouvements ; je ne sais même plus ce que je hurlais pendant que je le griffais en essayant de récupérer Aubeline. Tout ce dont je me rappelle, c'est la façon dont ses hurlements de terreur ont ricoché dans mes oreilles et jusque dans mon ventre, et le moment où mes doigts glissant d'eau ont laissé tomber les siens. Je me souviens aussi de mon prénom qu'elle a crié à s'en tuer les poumons quand une lame a percé la nuit pour taillader la main que je tendais vers elle une dernière fois, avant de me fendre le visage.

Un liquide chaud, rouge et profond, comme celui qui coulait d'entre tes cuisses quand tu es morte, m'a ruisselé jusqu'au creux de la bouche et le long du cou. Je me suis effondrée sous l'averse froide qui me battait le crâne, et mon sang se mêlait à la boue glaciale quand la douleur a dissous ce qui me restait de conscience.

J'étais paralysée de souffrance lorsque les voix ont émergé, des voix rauques d'hommes qui me secouaient par l'épaule pour que je me réveille. Des chiens furetaient avec eux tout autour de moi tout en reniflant le parfum métallique du sang dont j'étais maculée. J'en ai craché par terre tout en reprenant vaguement conscience, balbutiant en claquant des dents le nom d'Aubeline, malgré tout le mal que me donnait ma lèvre sectionnée. C'était tout ce que je m'entendais dire : "ma soeur, ma soeur, elle est l à? Où elle est, l'avez vue ? Ma soeur, vous l'avez vue ?" Ils ont hoché la tête de gauche à droite en me répondant qu'il n'y avait personne. Pas de soeur, rien que moi.

Rien que moi.

C'était si dur à supporter, maman, que je me suis mise à sangloter sans plus faire attention à ce qu'ils disaient. L'un d'eux m'a soulevé hors du lit de boue où mes cheveux s'étaient empêtrés et ils m'ont ramenés à leur camp, en tentant tant bien que mal de bander les ravages de mon visage et de ma main déchirés. Aucun d'entre eux de m'a laissée suivre les traces d'Aubeline ; la pluie avait déjà tout effacé, et s'il l'avait emmenée jusqu'au coeur des marais il n'y avait aucune chance que je m'y enfonce sans y laisser la vie. Je me suis recroquevillée au coin de leur feu, en ayant l'impression d'avoir été battue à mort. J'étais parcourue dans tout le corps de frissons qui me rampaient le long du dos et me réfrigéraient la nuque, mais mon oeil était à lui seul un puits de douleur. J'avais compris à leur regard plein de pitié que je ne le récupérerais jamais. Avant de sombrer dans un sommeil de choc et d'épuisement, je suis parvenue à murmurer en écho à leur questionnement que je venais de Conques.

C'est là qu'ils m'ont ramenée dès le lendemain. Je me suis échouée dans les bras de grand-mère dès que la porte de notre chaumière s'est refermée sur le cortège de curieux qui avaient repéré mon arrivée. Je ne garde de ces jours-là que la fraîcheur de ses mains sur mon front, et l'odeur douceâtre des herbes dont le guérisseur du village m'abrutissait pour faire taire la douleur. Lorsque les dangers d'infection ont été jugés formellement bannis par notre guérisseur et que les coupures qui tailladaient ma peau ont commencé de cicatriser, j'ai quitté mon lit de convalescence pour rester prostrée près du feu. Jurian était venu dès le soir de mon retour à Conques pour veiller mon chevet, mais je dormais lorsqu'il est entré dans la chambre. C'est grand-mère seule qui m'a avertie de son passage. Il n'est resté que le temps de voir que j'étais défigurée, et n'avait laissé derrière lui que cette mèche de cheveux tressée de brins de lavande que je lui avais laissée en gage de notre union.

Je n'ai pas cherché à le revoir. Je n'ai cherché à revoir personne. Les quelques voisins du village qui ont organisé de grandes battues pour retrouver Aubeline et nous annoncer leur échec n'ont quitté la maison qu'un air étrange sur le visage, après m'avoir regardée en face. Au tout début ce n'était que de la pitié. Puis la pitié s'est muée en dégoût, et elle a finalement pris des allures de peur. Je n'ai pas même eu besoin de chercher leur compagnie pour remarquer qu'ils la fuyaient, tous autant qu'ils étaient. N'était-ce pas la marque même du marais que les dieux m'avaient imprimée dans l'oeil, pour me punir d'être la fille d'un hérétique..?

Grand-mère pâtissait des rumeurs, maman... J'aurais voulu prendre soin d'elle, rester à Conques. Regarder filer les saisons entre nos doigts et partager la douleur d'un passé qui se répercutait chaque jour au présent. Mais ma présence lui nuisait trop pour que je supporte de gâcher ce qui lui restait d'années à vivre en m'obstinant par égoïsme à demeurer près d'elle. Et le gris de plomb du ciel d'hiver me rappelait trop le ruban que Jurian ne m'offrirait jamais... Conques était devenu comme un village fantôme, pour moi. Et pas un seul des habitants n'a tenté de me retenir lorsque j'en suis partie, à la toute fin de l'année 1163... Tous ces voisins qui me connaissaient depuis que tu leur avais annoncé ma naissance, toutes ces personnes qui étaient là à l'enterrement d'Isolde. Ils pleuraient tous Aubeline à l'abri de leurs toits de chaume ; peut-être auraient-ils pleuré pour moi, aussi, si j'avais eu la chance d'obtenir une disparition tragique en lieu et place d'une balafre effrayante. Il n'y avait plus que les chats errants du village pour se frotter contre mes jambes, toiser de leur mépris ceux qui me dévisageaient ou fuyaient mon regard.

Lorsque j'ai rassemblé le maigre paquet de mes affaires, grand-mère y a glissé sa toute précieuse boule de cristal... "Tu en auras besoin", m'a-t-elle dit en me serrant contre elle. Si tu avais senti comme son étreinte s'est faite fragile... Chacune des morts que l'on a affrontées ensemble l'a brisée un peu plus, et elle était plus frêle encore que les brins de verveine qui parfumaient son châle. Elle me manque à chaque jour qui passe. Aussi fort que tu me manques, toi.

J'ai quitté Conques en profitant de la sécurité que m'assurerait une caravane de marchands, cheminant elle aussi jusqu'à l'immense Marbrume. Jamais je n'avais aimé l'idée de vivre enfermée entre les hauts remparts d'une cité aussi grande, alors je me suis contentée de porter mes pas jusqu'aux Faubourgs, en espérant y trouver de quoi travailler. Je n'étais pas prête pour la frénésie de la ville, ni pour faire face aux habitants qui pullulent dans les rues. L'un d'eux m'a gentiment fait remarquer lorsque je lui ai demandé s'il connaissait quelque part où gagner mon pain, que j'avais de toutes façons la gueule trop ravagée pour être pute, et qu'il fallait que je trouve autre chose.

Alors j'ai trouvé autre chose. J'ai travaillé une poignée de mois dans une taverne nichée au coeur de ces Faubourgs, pour un homme qui s'appelle Soren ; pour un homme, surtout, qui a eu assez de cran pour me regarder en face sans me dévaster de sa pitié, assez d'humanité pour bien vouloir de ma présence quand les rumeurs superstitieuses me suivaient comme une ombre. Durant ces quelques mois, lorsque je m'effondrais au lit une fois les derniers clients évacués, j'ai pris l'immanquable habitude de consulter ma boule de cristal... C'est fou, maman, comme les choses ont changé. Ce qui avait toujours été pour moi un objet mystérieux dont je n'arrivais pas à déchiffrer le message m'est devenu limpide au fil des mois. A croire qu'en perdant l'un de mes yeux, j'avais gagné une autre forme de vision faite de cristal et de divination. Les dieux ont des façons impénétrables d'arriver à leurs fins.

J’ai rapidement su profiter de ma position à la taverne, en ne manquant jamais de laisser mes oreilles traîner de table en chaise, dans l'espoir têtu de pouvoir intercepter n'importe quel écho de la secte des marais ; c'est ce que je m'acharne encore aujourd'hui à faire dans la salle de l'Oisif, cette taverne du quartier de la Hanse où je travaille depuis que j'ai quitté les Faubourgs. Je scrute chaque silhouette qui s’attable en essayant d’y deviner les traits de ce père qui a fini par tourner monstre, ou bien d’y retrouver les traits fragiles d’Aubeline, pour peu qu’elle ait réussi à lui échapper. Je prie les dieux chaque jour qu’ils l’aient épargné de notre père, de sa foutue secte, et des Fangeux putrides qui amenuisent chaque jour ce qui nous reste d’humanité.

C’est à cause d’eux que j’ai fini par pénétrer dans l’enceinte de Marbrume, en me résignant à laisser derrière moi les Faubourgs qui avaient été ici mon premier vrai refuge. En juin 1164, je croyais aussi ferme que tous les habitants du Morguestanc que les Fangeux étaient aussi réels que les fantômes au moulin d’Ormesombre ; je n’y voyais que des racontars et des contes de bonne femme, que l’on partage au coin du feu pour saupoudrer d’un peu de frissons une vie qui en manque trop souvent. Deux mois plus tard, des rapports officiels confirmaient que la marée de réfugiés venus de l’ouest avait amené jusqu’à nos portes et dans nos terres ces créatures avides à nous en déchirer de sang chaud et de chair. Alors j’ai fui, fui comme beaucoup, fui comme tant d’autres pour préserver ma vie aussi longtemps que je le pourrais. J’ai trouvé à l’Oisif de quoi me remplir un peu le ventre, dormir à l’abri de quatre murs, et un voisin de palier qui me permet de ne pas oublier comment cela fait, de discuter. C’est plus que ce que beaucoup possèdent ces derniers temps, ici. Marbrume est devenue comme une prison que personne n’ose quitter, car presque tous les territoires qui s’étendent autour des remparts sont infestés de Fangeux.

J’ai entendu des clients dire un jour que Conques tenait encore.
J’espère que grand-mère tient encore, elle aussi.

Je ne sais pas si je tiendrai encore beaucoup, maman. Mon ventre est tellement creusé qu’on y voit saillir mes côtes, et dans tout le voisinage je sens s’empirer les murmures que l’on s’échange dans mon dos. Il y a même eu, au tout début de l’année, une percée dans les murs qui a déversé dans la Hanse une horde de Fangeux qui en a tué, déchiré tant… Je n’y ai échappé qu’en aidant à barricader l’Oisif avec tous les clients qui s’y trouvaient. Nous avons attendu que la mort passe prostrés contre le sol de la taverne, à se demander ce qui était le plus terrible des hurlements d’horreur qui fusaient depuis la rue avant de s’éteindre en râles d’agonie, ou des Fangeux que l’on entendait chercher de nouvelles proies à quelques mètres seulement de nous. Jamais une porte ne m’a semblée une défense si ridicule que ce jour-là…

Je te parle à la nuit comme si tu étais là, en essayant de me rappeler le son de ta voix.
Je ne sais pas si je tiendrai encore longtemps, maman.
Si tu voyais ce qu’est devenu le monde.
Si tu voyais ce que je suis devenue...

Soi réel




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Dernière édition par Maëlle Cendre-Iris le Mer 13 Juil 2016 - 23:54, édité 35 fois
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Ambre de VentfroidFondatriceavatar


MessageSujet: Re: Maëlle Cendre-Iris {Terminé}   Lun 4 Juil 2016 - 21:35
Bienvenue parmi nous Maëlle, encore une fois ! o/ N'hésite pas si tu as besoin de quoi que ce soit pour ta fiche.

J'en profite pour te notifier que ton avatar n'est pas à la bonne taille, c'est 200x400px !
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Aelys De BeauvalCouturièreavatar


MessageSujet: Re: Maëlle Cendre-Iris {Terminé}   Mar 5 Juil 2016 - 14:48
Bienvenue sur le forum et bon courage pour la fin de ta fiche. Very Happy Voilà un personnage prometteur et plein de mystères que l'on désire découvrir. Smile
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Avdokeai F. Von ElrichBaronneavatar


MessageSujet: Re: Maëlle Cendre-Iris {Terminé}   Mar 5 Juil 2016 - 16:05
Bienvenue officiellement du coup :3

A croire qu'on a entendu mes prières, moi qui arrêtait pas de répéter que je voulais une sorcière /o/ Je suis ravie 8D

J'ai déjà parcouru ta fiche, une belle plume <3 Je te souhaite bien du courage pour la suite et du plaisir à jouer parmi nous 83
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Maëlle Cendre-IrisSorcièreavatar


MessageSujet: Re: Maëlle Cendre-Iris {Terminé}   Mer 13 Juil 2016 - 23:54
Merci pour vos messages !

Ma fiche est terminée, je suis désolée d'avoir été si longue à la finaliser. Et je crois que l'avatar est aux bonnes dimensions, à présent.
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Ambre de VentfroidFondatriceavatar


MessageSujet: Re: Maëlle Cendre-Iris {Terminé}   Ven 15 Juil 2016 - 14:28
Bonjour Maëlle,

Que dire. C'est une fiche d'une qualité rare. La plume est superbe, le personnage tout en nuances, et en simplicité. Franchement, j'aime beaucoup, ça donne énormément envie de jouer avec ton personnage et je suis sûre que tu n'auras aucun mal à trouver des partenaires.

Je n'ai rien à redire à ta fiche bien évidemment. Je te donne ta couleur tout de suite.

Je te souhaite un bon jeu parmi nous, et n'hésite pas à passer sur la cb, personne ne mord promis !
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MessageSujet: Re: Maëlle Cendre-Iris {Terminé}   
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Maëlle Cendre-Iris {Terminé}
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