Marbrume



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 Sambre - Chaotique râleuse

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MessageSujet: Sambre - Chaotique râleuse   Sam 4 Juin 2016 - 0:34




La cour des gueux




Présentation générale



Nom de la guilde : La cour des gueux
Nom de son supérieur : Le roi de bonze
Type d'activité : Tout ce que l'argent, la nourriture et l'information peuvent offrir en vérité.
Lieu du QG Une petite rue du Labourg et une maison dedans.
Lieux cachés Une maisonnée au Goulot, un bout d'égout venant du nord du Labourg et déboulant dans l'Esplanade et une bâtisse abandonnée et retapée dans la Hanse.

Historique



Personne ne sait quand son concept vit le jour exactement, peut-être bien avant mille ans... Les gens au courant de son existence sont assez nombreux, de part les rumeurs du moins et quelques légendes saugrenues. Cependant pour nombre d'entre eux, il n'est que chimère, songe improbable que l'on conte aux enfants pas sages.
Certains au courant de sa réalité se demandent, eux, s'il n'est pas né avec l'apparition des nobles dans des temps ancestraux et la plupart se disent qu'il est devenu moribond avec la fange. Mais c'est mal se remémorer que les mauvaises herbes ont la peau rude et qu'il y avait une base de la cour ici, à Marbrume, déjà auparavant...

Antan - avant que Marbrume soit ce qu'elle est devenue - la cour des gueux était réellement les cours. Toutes les cités en possédaient une plus ou moins grande et partout là où se trouvaient les gens de pouvoir pouvaient se voir des indigents que même la force ne faisaient pas fuir. Chacun de ces regroupements pour fleurir développa ses propres dons. Là on se spécialisa dans les renseignements et le pickpocket, plus loin, dans le meurtre pur. Se réunir payait mieux que vivre chacun de son côté. Et avec les gens qui fuyaient quand la situation n'était plus vivable ou ceux qui voulaient simplement aller voir si ailleurs leur convenait mieux, bientôt les cours devinrent toutes multi-tâches, à moindre dose.
Un lourd réseau grâce aux mélanges du sang des familles s'installa. On édicta de premières règles méfiantes à force de voir trop de visages inconnus rejoindre des rangs en en quittant d'autres. Puis bientôt d'autres suivirent, cadrant l'appartenance aux cours. On s'échangea des savoirs avec plus d'aisance, de l'aide aussi. On convint d'une cicatrice de rassemblement. Ainsi un saltimbanque venant du sud de Langres portait au nord lors de ses pérégrinations des nouvelles et des faits utiles, en plus d'amasser de l'argent pour son compte et celui de sa propre cour. Le fait était aussi valable hors de la région, bien que moins fréquent puisque les routes étaient longues et les informations devenaient alors moins utiles car anciennes.

Toutes les cours adoptèrent au bout d'un temps le même exact comportement, celui qui résistait au mieux aux desseins des puissants et des miliciens. Ainsi les Rois furent-ils mis à l'abri des représailles quand on comprit que leur tête devint trop recherchée là où la cour avait de l'influence. Les apôtres virent le jour et furent séparés des têtes à pattes... Mais tout cela date d'une bonne centaine d'années. Et depuis, eh bien ...

Actuellement



Pas grand chose n'a changé. Si ce n'est que des autres cours, il ne reste plus rien que des réfugiés au sein de celle de Marbrume. Celle-là qui à la base était de taille moyenne a grossi tel un soufflé... Et a implosé. Ou du moins en partie, grâce au Roi. Fort de ces nouvelles têtes, le régent des gueux a fait du ménage dans ses rangs, s'assurant une loyauté sans faille des restants. Maintenant, ils trainent là, centaines égarées et solidaires, dans les ruelles macabres du dernier bastion de l'humanité. Prêts à tout pour être en groupe dans les derniers à survivre si cela se révélait nécessaire.
Discrets, mais présents, ils ont envahis tout ce qu'ils pouvaient envahir, les yeux aussi ouverts que leurs oreilles, leurs lames au chaud, où personne ne les trouvera. Ils ne bougent pas, outre quand on leur ordonne de le faire. Ils se taisent et écoutent.
Aussi affamés que des chiens, mais tenus par la main de la cour, celle-là même qui les protège en payant grassement les miliciens quand ils se retrouvent enfermés, ils ne font que peu de vagues tout en maniant leurs armes préférées : l'information et la faveur. Parfois aussi le meurtre ou le vol, même si ce n'est pas la chose la plus importante en général pour eux. Car ils sont riches, sachez-le, de vos secrets les moins avoués. Ceux-là même que vous chuchotez à l'oreille de votre promise ou du bourgeois qui a conclu un pacte avec vous leur assurent de ne pas dépérir totalement puisque tout se monnaye. Qu'ils prient aucun dieu, Sitry ou encore la trinité dans son ensemble, pour eux vous n'êtes rien de plus que des étrangers qui vivent non loin tant que vous ne faites pas partie de leur groupe. De leur cour. Vous êtes donc un moyen pour vivre heureux et le ventre plein. Pas trop en paix.
Alors, s'ils se montrent affables, ou normaux, c'est sans doute parce qu'ils attendent de vous que vous leur offriez une chose de manière involontaire. Ou un travail potentiellement, en vous adressant aux bonnes personnes.

Règles de la guilde



[*] La guilde a préséance sur tout le reste, loyauté incluse. On ne parle donc pas de la cour à des innocents ou des gadous plus que nécessaire. Et ce à moins que la personne en face ait été estimée potentielle recrue.
[*] La parole du Roi et donc de ses représentants fait loi.
[*] Chaque membre de la guilde, outre les apôtres et les têtes à pattes, doit payer chaque mois une cotisation quelque soit son âge. Un minimum correspondant à 50 sous pour les plus pauvres est demandé en plus d'une partie variant entre 20 à 50 % des bénéfices reversés par les Gadous lors du paiement d'une mission. Toute taxe ou cotisation doit être payée durant le mois en question. La cotisation permet ensuite à la guilde d'acheter des maisons sûres pour ses membres, des armes ou des objets utiles pour d'autres missions par exemple.
Note : les itinérants paient bien entendu à leur retour et les nouveaux arrivants sont exemptés leur premier mois, qu'ils viennent d'une autre cour ou des innocents.
[*] Seuls les membres gravement blessés dans l'exercice de leur fonction sont exonérés de la cotisation durant leur convalescence. Mais une fois capables de se relever, qu'ils soient borgnes, manchots ou autre, ils doivent se remettre au travail.
[*] Un apôtre ou une tête peut proposer à tout membre de la cour des contrats, mais ne peut forcer aucun à les accepter.
[*] Tout membre de la guilde peut proposer aux apôtres et aux têtes des propositions de contrats qu'il a reçu par un intermédiaire ou non et dont il ne veut pas se charger lui-même. Cependant, il ne devra pas avoir accepté le contrat avant que preneur ne soit trouvé.
[*] Tout contrat accepté au nom de la cour doit être effectué. Ainsi, si un membre de la cour est blessé durant une mission et ne peut la continuer immédiatement, il se doit d'aller se faire soigner, rendre l'argent au contractant (donc souvent sur ses propres deniers, puisque la guilde aura prélevé déjà une partie.) et effectuer tout de même la mission sur son temps libre. Si le membre meurt, son parrain ou filleul doit prendre sa relève. Puis d'autres membres si nécessaire.
[*] Toute demande de contrat doit être validée par un apôtre ou une tête à pattes. Les membres peuvent effectuer des tâches sur leur temps libre, mais à leur nom. Pas en celui de la cour et point des missions qui pourraient aller à l'encontre des règles de la cour ou de ses buts à court, long ou moyen terme.
[*] Tout membre souhaitant avoir accès à des armes ou objets en prêt pour une mission au nom de la cour n'a qu'à demander à une tête sur pattes. La demande peut cependant être refusée, surtout si le membre a l'habitude de perdre ou de briser ce que la guilde peut prêter.
[*] Tout membre ayant été blessé dans l'exercice de ses fonctions pour la guilde peut aller se faire soigner auprès de Fizban - voir Personnages Importants - au frais de la cour. Attention, uniquement s'il a été blessé durant son "travail" ou lorsqu'une pièce roule.
[*] Le mort en sursis qui fait tourner une pièce lancée par le roi - et uniquement lui - doit être aplati ou signalé.
[*] Il convient de faire ses rapports de missions ou de demander quoi que ce soit à l'apôtre et la tête qui ont été déclarés siens à l'entrée dans la cour. Cependant, si urgence il y a, ou de mauvaises relations, il est totalement possible de passer par les autres.

Tourner une pièce



" Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. "

Dans une cour de gueux, il n'est pas rare de se connaitre de vue, du moins pour la plupart. Parce qu'il est possible d'avoir besoin du savoir d'untel pour la mission d'un pécore, les têtes pensantes incitent les gens à se rencontrer. A reconnaitre les visages de leurs frères et sœurs qui demain pourraient devenir ennemis si leur attention s'en détournait.
Ainsi, en plus, elles se servent des ragots et des sauteurs pour faire courir le mot lorsqu'une de leurs réunions géantes se doit d'avoir lieu en divers points obscurs. On nourrit alors les ventres criant pour un peu de pain dans une ambiance bonne enfant qui ne trompe personne. Si c'est là l'occasion pour chacun d'apprendre des trucs d'autrui, nul n'oublie de travailler sa mémoire et de noter qui est telle nouvelle bouille inconnue ou qui s'est rapproché de qui. Si antan ces regroupements se faisaient tous les trois mois, le manque de paix de nos jours les rend annuels. On préfère maintenant mettre plus fréquemment les gens en relation par paquet d'une dizaine maximum et ce dans la rue afin de ne plus payer de pitance hors de prix. Malgré tout, les visages et habitudes incongrues deviennent assez rapidement connus. Le bouche à oreilles est quelque chose de merveilleux.
Il en va de même avec les Gadous ou toute autre personne liée de près ou de loin à la cour : il n'y a pas qu'une personne qui les connait. Soit certains se sont débrouillés pour les croiser innocemment après un début de collaboration, soit d'autres se sont renseignés ou ont accompagné de loin la personne de la cour négociant un accord avec. Il vaut toujours mieux être trop prudents que pas assez, surtout quand ces étranges étrangers aiment à se déguiser pour chuchoter leurs vils desseins. Heureusement que souvent ils ne sont pas doués et se trahissent rapidement par quelques menus détails...

Bref. Tout le monde connait le bruit d'une pièce qui tournoie telle une toupie sur sa tranche. Le son de son frottement devient vite inconfortable pour bien des oreilles, mais pour ceux qui savent écouter il signifie autre chose. Un appel à la mort. Une demande de sévices. Même si tous peuvent demander à ce qu'une pièce tourne, seul le Roi peut le faire et quand cela arrive, il ne fait pas semblant.
De bronze, les sous sont frappés d'un sigle qui les rend inutilisables mais est assez distinctif : il s'agit d'une énorme fente en forme de croix. Une bonne trentaine sont donnés par l'intermédiaire du son aux apôtres et aux têtes qui se doivent de les distribuer à leurs ouailles avec un nom. Celui du traitre aux règles ou celui d'un Gadou qui n'a rien compris. Bref, d'un mort sur patte et les membres de la cour qui voient ce sou tomber au fond de leur poche se doivent de le faire tourner ici ou là en murmurant l’appellation. Juste pour prévenir les autres membres de la cour qu'ils croisent. Ainsi généralement, en moins d'une semaine le plus gros de la cour est au courant de l'arrêt de mort. Souvent moins depuis la fange, puisque les gueux passent plus souvent aux quartiers à leur disposition pour y trouver du réconfort dans leur misère.
Tout membre de la guilde tombant sur une cible de la pièce se doit de l’exécuter ou de contacter rapidement quelqu'un pouvant le faire au risque de finir victime d'une pièce à son tour s'il est découvert. Et ce même si la cible est son père, sa sœur ou son épousé.

Une fois la cible morte et un sou laissé sur elle si possible, le reste du bronze est ramené à la guilde pour être refondu sans doute ou simplement réutilisé plus tard.

Rituel d'entrée



Toute entrée dans la cour se fait sur parrainage. Tout candidat doit avoir un parrain, sans exception. Le parrain sert de témoin de moralité et surtout met sa vie en jeu dans la balance. Car si la pièce roule pour son filleul, il sait qu'elle jouera à la toupie aussi potentiellement pour lui, selon la nature de la trahison et l'humeur du roi.
Tout nouvel arrivant apporte cependant un bonus en sous non négligeable à celui qui l'amène, c'est pourquoi il y a toujours du sang neuf dans la guilde. Et puis, si la pièce roule pour l'un des deux et que l'autre assassine alors le coupable, il peut grandement espérer survivre et racheter ainsi son honneur.
Les membres d'une équipe travaillent très souvent ensemble, mais pas tout le temps non plus, tous les contrats et travaux ne nécessitant pas deux personnes et filleul et parrain n'ont pas obligatoirement le même boulot. De plus, même si c'est très rare et peu permis, il peut arriver qu'un parrain ait plus d'un filleul.

La vie d'une potentielle recrue est étudiée en détail par divers membres de la cour chargés de cette tâche avant que son futur parrain lui propose de la rejoindre. La discussion préliminaire se fait souvent après avoir rendu ivre par quelques drogues légères ou alcools la cible potentielle, afin qu'elle ne garde que des souvenirs confus de ce moment.
Si elle dit non, on la surveille alors durant quelques temps pour vérifier qu'elle ne dira rien et qu'il n'y a pas besoin de pièces pour protéger la cour. Si elle dit oui, le futur parrain revient lui en parler un jour où elle se trouve sobre. Là encore, si elle dit non, elle sera inscrite dans les gadous et sous surveillance. Si elle dit oui, commence le rituel d'entrée.

La cible est menée de nuit, les yeux bandés, jusque une partie des égouts plus ou moins sûre. Là sous le regard des mendiants dépenaillés que l'on a pu rameuter pour l'occasion, on l'incite à se trancher sérieusement la peau sur un endroit visible une fois sa vue recouvrée. Si bien du monde choisit sa main non directrice, d'autres le font aussi à des endroits étranges tel qu'un coude. Dans tous les cas, le but est d'obtenir une estafilade qui laissera une cicatrice à jamais, sur un endroit si possible dégarni d'autres marques du temps. Un sceau de famille que d'autres prendraient pour un simple mauvais coup, mais qu'eux reconnaissent comme une preuve d'appartenance. La ligne de la blessure est tracée avec ce que l'on a sous la main avant que la nouvelle recrue ne s'ouvre. Longue de cinq centimètres, la vilaine balafre s'épaissit sur les bouts et tant mieux si elle s'infecte un peu : la marque ne sera que plus visible.
Une voix rugit plus fort que celles des autres hères en guenille et récite les règles de la cour. Chacune d'elles tandis que le sang coule. Enfin le parrain prend le coutelas qui a amoché son filleul et se fait la même marque. Là où il avait déjà fait la sienne, lorsqu'il n'était que filleul. Les deux blessures sont apposées de leur mieux l'une sur l'autre.

Les gueux spectateurs s'éparpillent comme des moineaux alors, ne laissant que deux d'entre eux derrière. L'apôtre et la tête responsables du parrain et qui le deviennent du filleul. L'on répond enfin aux questions du nouveaux, on discute de son avenir, puis on lui donne l'adresse d'une planque proche de son domicile en lui rappelant ce qui signifie la pièce. Enfin, chacun reprend sa route. Le parrain donnera à l'apprenti l'adresse des autres QG plus tard.


Apprentissage



Tout nouveau parrainé a le droit à une période d'apprentissage dépendant de ses facultés et du métier choisi. On apprend de son mieux en plus aux enfants et adultes en formation à résister un peu aux coups - pas à la torture -, à se défendre légèrement et à tenir l'alcool le plus possible.
Ensuite, quand le professeur qui n'est pas obligatoirement son parrain décide que l'apprenti est prêt sur tous les points, l'on passe au test de fin. La période d'apprentissage varie énormément d'une personne à une autre et peut se compter en semaines comme en années.

Voici un exemple du test pour les millards. (Note : repris en partie d'un livre sur la cour des miracles de Sauval.)

Le jour du test, on attache au sol de long fils dotés de clochettes dans tous les sens d'une grande pièce. Les fils sont si entremêlés que passer entre est du domaine d'expert. Heureusement ici et là, à des endroits disparates, des plateaux en bois sont placés, coinçant parfois des bouts des câbles, ou simplement au sol. Au milieu de la salle, une bourse attend une main. L'apprenti, sous le regard de ses frères d'apprentissage se doit d'aller s'en saisir sans faire sonner les clochettes. S'il rate, il est battu par ses compagnons qui ne se gênent pas pour lui offrir maints quolibets en plus de bousculades et ne pourra retenter que quinze jours plus tard au minimum.

Chaque petit rang, outre les orphelins, les coquillards ou les extérieurs a un examen du genre. Bien entendu il diffère puisque chaque rang n'a pas besoin des mêmes compétences exactement. Suite à la réussite, l'apprenti devient un membre "normal" et a accès à toutes les missions que ses chefs peuvent lui proposer.

Un apprenti coûtant cher, on se débrouille pour que durant son apprentissage celui-ci trouve du temps pour effectuer lui aussi des corvées. En gros les demandes internes comme externes pénibles, mais souvent sans danger dont la plupart des membres ne veulent pas se charger.

Evolution



Il est totalement possible d'évoluer au sein de la cour des gueux et ce de plusieurs manières. Par exemple si l'assassinat de membre est très très très mal vu hors de pièces, il reste possible tant que l'on ne se fait pas prendre. Ainsi un poison donné sur le très long terme aura plus de chance de vous rendre moins coupable de trahir la guilde aux yeux de celle-ci qu'un bon coup d'épée dans le dos.
De même, si un membre de la fratrie se fait gentiment évincé par la milice et est envoyé au Labret (ou pire, banni), comme ce fut le cas pour certains, prendre sa place sans attendre son retour ne pose pas de tracas pour peu que vous ayez les bonnes relations. Il est plus facile de se faire nommer Apôtre ou Tête si l'on a appris à côtoyer les autres puisque ces huit-là se retrouvent fréquemment avec le son des pièces pour faire un point et influencent donc plus ou moins le jugement du Roi.
Le roi étant visible dans de rares occasions - voir Personnages importants pour plus de détails -, il est aussi tuable, mais plus sauvagement. Après tout peu de monde peut se targuer le connaitre réellement et avoir en ses mains les bourses de la cour et les effets personnels du dernier roi a de quoi motiver les gens à vous craindre et vous obéir. (Attention : merci à tout pj rejoignant la cour de me demander avant de tuer le son ou le roi pour prendre sa place.)

Sachez qu'au sein des rangs inférieurs, il existe aussi une sorte de hiérarchie non-écrite. Les plus anciens et les plus expérimentés ont le droit aux missions et coins les plus intéressants. Alors plus qu'à pex ! Wink

Résumé des rangs importants



Le Roi de bronze : " Si le Duc règne sur le papier, il ne sait rien de ce qui se déroule dans les zones noircies par le désespoir et c'est tant mieux. Puisque c'est là mon domaine. "
Chef des gueux, il est celui à qui tout le monde rend des comptes et la personne qui gère l'argent récolté des taxes. Le roi est un pnj dont la description et plus encore se trouve dans " Personnages importants ". Son visage est peu connu, si ce n'est par son second et les apôtres et les têtes. On le surnomme parfois les Ombres à cause de cela, mais le fait qu'il ne soit pas très "médiatisé" ne l'empêche pas d'être celui qui prend les décisions les plus importantes.

Le son des pièces : " Mourir ne me fait pas peur. Je ne suis que l'image de notre monde aux yeux de nos ouailles et de nos alliés. Pas plus, pas moins. Me couper la tête ne coupera pas celle de la cour. "
Image publique du Roi, il est celui qui réellement débat de faits ou d'autres avec les apôtres et les têtes. Cependant, souvent, il ne prend aucune décision, outre si celle-ci lui parait minime et va tout reporter à son supérieur. Il est un pnj dont la description se trouve dans "Personnages importants". Il est sinon aussi celui qui récolte les taxes des membres auprès des apôtres et des têtes, il s'occupe de même de gérer les alliances avec les autres guildes de petites gens dans Marbrume.

Les apôtres : " On ne dit pas je vous prie de m'excuser, petit. Ca c'est pour les nobles. Si tu veux t'fondre dans le paysage en temps que mendiant, tu dois ravaler tes bonnes manières. Gueules plutôt " Excuses-moi la belle ! " quand tu t'adresses à une bonne femme. Un p'tit compliment malingre, très peu de politesse, c'est comme ça que tu vas pouvoir attirer leur attention. Après, va falloir que tu joues de ton sourire qu'on pourrira un peu, de tes grands yeux trop naïfs. Oui voilà, comme ça on te donnerait Anür sans concession. Puis tu n'as plus qu'à tendre la main pour lui piquer sa bourse. "
Tout membre de la cour a obligatoirement un apôtre et une tête sur pattes au dessus de lui, outre s'il en est un lui-même. Les apôtres sont ceux qui gèrent le coté brigand, voleur et assassin de la cour des gueux, mais aussi le coté formation pour tous, en redirigeant les élèves vers d'autres membres de la cour si nécessaire. On les trouve facilement dans les demeures de la cour. Un membre de la guilde n'accepte jamais de contrat au nom de la guilde des "Gadous" ou des "Innocents" sans accord de son apôtre ou de sa tête sur patte. Ils sont au nombre de quatre dans Marbrume et ne rendent de comptes qu'au son des pièces et au roi. Un des apôtres est décrit dans " Personnages importants ".

Les têtes sur pattes :
" Il a b'soin d'un renseignement ton gars ? Ça peut s'arranger. C'est quoi son prix ? Tu sais qu'il faut bien vivre. Fais lui rajouter une pistole. Non, non pas dix pièces de bronze. Et n'oublies pas de lui proposer un échange d'informations, s'il peut en avoir une qui nous tente vraiment. Mais qu'il ne nous double pas, ou tu en connais le coût. "
Si les apôtres gèrent tout ce qui est physique, les têtes sur pattes eux, s'occupent de tout ce qui est lié à l'esprit. Dégoter des informations, colporter des rumeurs, etc. Ils sont en gros les "cerveaux" des duos au sommet. Ce sont eux aussi qui s'occupent des complaintes des membres du rassemblement, de leurs demandes d'équipements et des résumés souvent oraux des missions. Ils sont au nombre de quatre dans Marbrume et ne rendent de comptes qu'au son des pièces et au roi. On les trouve facilement dans les demeures de la cour. Deux des têtes sur pattes sont décrits dans " Personnages importants ".
Le nom pourri de leur fonction vient d'une ancienne blague de vieux et est resté malgré les années. Pauvre eux.

Résumé des rangs moins importants



Ceci n'est pas une liste exhaustive. Ces rangs sont valables pour tout le reste de la cour. Une personne dans ou en relation avec la cous aura donc obligatoirement un rang. Parfois même deux. Généralement on ajoute "apprenti" devant quand la personne suit les formations nécessaires pour devenir apte à tenir son rôle toute seule.

Les malingreux :
Ces faux malades qui perdent toute trace de leur boitillement ou de leur état désastreux dès qu'ils rentrent dans la petite rue du Labourg où se trouve une des caches de la guilde sont souvent aux yeux du monde de simples mendiants. Décharnés, frigorifiés qu'il fasse vingt degrés ou quarante, ils font si peine à voir que l'on ne peut se retenir de leur donner une petite pièce. Ou un bout de pain. Parfois même, on ne les voit même pas, alors on parle à leur coté en les oubliant... Et dire qu'ils ne sont pas sourds est un pléonasme. Ils ont bien d'autres noms tels que les piètres ou les rifodés. L'un d'eux est décrit dans " Personnages importants ".

Les capons :
Ceux-là sont souvent des alliés des aubergistes ou du moins ceux-ci les aiment bien. On les retrouve souvent dans une taverne à inviter autrui à boire autour d'un jeu finement truqué. Les six-roses notamment en regorgent, car c'est là où les petits font leurs armes, mais ce n'est pas tout. Dès lors qu'un rassemblement compte plus de dix personnes et qu'il n'est pas privé, on peut être sûr qu'un capon est dans le tas.

Les prostitués :
Le nom explique bien ce qu'il en est. Elles ou ils ne sont pas mal vus au sein de la cour. Leur rôle est même essentiel ; les confidences sur l'oreiller sont souvent disparates et sont un bénéfice bienvenu. En plus de l'argent qu'elles récupèrent pour sûr. L'une d'eux est décrite dans " Personnages importants ".

Les narquois :
Ceux-là sont ceux portés sur les armes, surtout celles perfides. On y trouve bien des enfants de Sitry, tout comme des gens que la trinité a abandonné. Leur maîtrise des petites lames les rendent dangereux et ils sont généralement les premiers à accepter les missions les plus risquées... En gros celles qui rapportent le plus. Une partie des narquois a été crée il y a six mois et est une division de la fraternité de Sitry ; on la nomme " Les silencieux ".

Les millards :
Les voleurs à la tire ou tout court de la cour. Leurs mains sont si légères que souvent, nul ne les perçoit avant qu'il ne soit trop tard. Chaque partie de la ville a une dizaine de millards dont deux sont décrits dans " Personnages importants ".

Les marfauts :
Souteneurs de prostitués souvent non liés à la cour, ils obtiennent grâce à leurs ouailles monnaie et renseignements.

Les ragots :
Leur nom exprime tout. Ils sont ceux qui lancent des rumeurs parce qu'ils ont les bons contacts telle que la mamie d'en face qui bavarde telle une pie. Ils n'hésitent pas aussi à inonder la ville de " on dit que " pour camoufler d'autres hypothèses qui peuvent gêner la guilde.

Les cagoux :
Eux ce sont ceux que l'on a pu placer chez des nobles, ou qui appartiennent à des familles qui ne viennent pas des bas quartiers. Ils sont parfois de simples domestiques comme des frères de baron qui s'emmerdent et ne diraient pas non à prendre leur place. Avec l'aide de la cour, cela peut être uniquement une question de temps...

Les sauteurs :
Les saltimbanques (et autres artistes du genre) font partie de ceux qui antan étaient l'unité mobile entre les diverses cours du monde. De nos jours, ils servent surtout à entrer dans les foyers nobles y apprendre des choses que le reste de la guilde ne peut pas obtenir. On les retrouve aussi parfois dans la rue à tenter de charmer autrui ou dans les tavernes. Ils sont souvent accompagnés de "supputeurs", des adeptes de divination enjôleurs et n'hésitent pas à utiliser les révélations des uns ou des autres pour créer des chansons ou des spectacles.

Les supputeurs :
Plus doués pour lire les émotions que le reste de la bande, ils sont ceux qui connaissent un art de la divination et l'utilisent pour apporter de l'eau au moulin de la cour. Antan ils valdinguaient partout au coté des sauteurs. Depuis ils trainent souvent davantage dans la rue, ou près des marchés.

Les mercandiers :
Ce sont les personnes ayant un métier non pré-cité ou sus-cité (tavernier, herboriste, artisan, etc...) au service de la guilde.
On compte parmi eux notamment certains aubergistes de la cité qui servent d'agents de liaison entre le reste de la cour et les demandeurs de faveur. L'un d'eux est décrite dans " Personnages importants ".

Les moujingues :
Les filles et fils de la cour, les orphelins de ceux qui en ont fait partie et sont morts. Ils sont surveillés par les membres qui les aident de leur mieux en souvenir de leurs parents. Lorsqu'ils ont atteint l'âge de raison et s'ils n'ont pas une vie ailleurs à eux, on leur propose d'entrer davantage au sein de la guilde. Alors on les charge de menues missions jusqu'à ce qu'on sache ce qu'ils valent exactement et vers où les diriger.

Les coquillards :
Ce sont ceux qui ont pris le large. Parce qu'ils ont été bannis ou parce qu'ils sont au Labret ou à Traquemont, les coquillards ont perdu leur rang important, s'ils en avaient un. On les accepte toujours au sein de la cour, bien sûr, même si leur accès aux informations est plus restreint. Tant qu'ils ne l'ont pas trahie.

Rangs extérieurs :

Les innocents :
Ceux là sont les non-membres de la guilde, tous ceux qui n'en connaissent même pas son existence. La cour n'hésite pas à les utiliser, bien entendu, mais sans se trahir.

Les Gadous :
Ils sont ces étrangers qui ont déjà obtenu de l'aide de la cour ou du moins connaissent son existence et sont connus eux-même. Bon payeur ou non, chaque Gadou est fiché par les têtes sur pattes. Une fois la guilde trouvée, on ne peut plus lui échapper et la cour n'hésite pas à aller saluer un Gadou si elle a besoin de lui. Bien entendu, on ne lui demande jamais trop, tout en lui fournissant tout autant ou presque en échange... Un gadou qui refuse un échange de service peut le regretter, mais un gadou qui trahit lui, en mourra trop vite pour avoir des remords.


Personnages importants



Les Ombres - Roi de bronze. (Pnj)

Spoiler:
 

Aidan Lasterian - Le son des pièces. (Pnj)


Spoiler:
 

Mariane Mestrel - Tête à pattes (Pnj transformable en prédef)


Spoiler:
 

Jonathan Vautdevert - Tête à pattes (Pnj transformable en prédef)


Spoiler:
 

Edmond (de) Montfort - Apôtre (Pnj transformable en prédef)


Spoiler:
 

Calice Vautdevert - Prostituée (Pnj transformable en prédef)


Spoiler:
 

Erastide n'a qu'une dent - Moujingue apprenti malingreux (Pnj transformable en prédef)

Spoiler:
 

Lisa Orte - Millard (Pnj transformable en prédef)


Spoiler:
 

Valerie Marville - Millard (Pnj transformable en prédef)


Spoiler:
 

Fizban - Mercantier (Pnj transformable en prédef)


Spoiler:
 

Petites notes hrp



Je suis navrée, il ne s'agit là ni d'une guilde de bisounours ni de robins des bois. De même, si vous espérez y jouer un traitre, j'espère que vous avez prévu de donner le droit de mourir. Wink
La cour recherche sinon des personnes assez actives (Un poste toutes les mois ?). Comme vous le voyez, les deux rangs importants sont et resteront pour le moment des pnjs.
Je suis sinon désolée pour nos formidables fans d'Histoire. Je me suis permise de reprendre des titres de rangs d'une cour des miracles parisiennes en les modifiant à ma sauce, si bien que certains ne signifient plus ce qu'ils voulaient dire avant. Mais j'ose espérer que vous pardonnerez cet écart.



Dernière édition par Sambre le Sam 4 Juin 2016 - 2:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sambre - Chaotique râleuse   Sam 4 Juin 2016 - 0:36




Plus ne m'est rien.




Identité



Nom : /
Prénom : Sambre - Tristana
Âge : 32
Sexe : Féminin
Rang : Herboriste ou oracle camée
Carrière envisagée & tableau de départ avec les 4 PCs : Bannie thraumaturge
+1 Habileté
+1 Charisme
+1 Intelligence
+1 Endurance
Compétences et objets choisis : (voir topic Système Rp & Xp)
Divination - feu -
Identification des plantes
Fabrication de drogues
Préparation de poisons

(Séduction sera ma prochaine compétence.)
Couteau.
Un livre qu'elle ne sait pas lire, vieux et racorni. Bien caché.
Une longue pipe, parce que plus c'est long, plus c'est bon.

Histoire : vierge de gentillesse



- Comment j'ai vécu avant d’atterrir ici ? Bordel, c'est pas ton problème.

Le bref silence qui s'installe est rompu rapidement par mes ronchonnements.

- Tu m'emmerdes. Franchement. T'as rien d'plus intéressant à foutre que de poser des questions à la con ?


Je dépose ma chope fêlée sans grâce féminine, ni douceur quelconque, fixe mon satané interlocuteur. Des gouttes de la pisse qu'on est en train de boire atteignent mes avant-bras, mais j'en ai rien à faire. Mes sourcils sont froncés et je retiens gentiment un " Va te faire mettre par l'un des frères. " qui aurait été de mauvais goût. J'ai beau le penser très fort, je sais pas comment il va réagir si j'm'y met. Et j'ai pas envie qu'il m'agresse. Ouai, parfois, ma lâcheté me fait jouer à la timide. Connerie de merde.
Enfin bref, à tout prendre, je préférerais plutôt le baiser, là, maintenant, de suite. Et en nous imaginant nous chevaucher sur le banc miteux où mon fessier se trouve, un sourire s'étire finalement sur mes joues tandis que je plante mes paumes sur la table et me redresse à moitié en m'appuyant sur mes bras. Ce genre de combat-là me complait terriblement. Il me plait bien, le petit Ian et les nuits sont froides ces derniers temps.

- Tu veux vraiment le savoir ? Ou tu dis ça pour m'faire enrager ? Hein, biquet.

Je n'attend pas vraiment de réponse avant de continuer. Et pendant que mes palabres viennent occuper les lieux, j'en fais moi aussi le tour, pour venir me flanquer sur les mâles genoux. Le petit surnom que je lui ai offert ne devrait pas trop lui plaire, mais je m'en tape. Tout comme le fait qu'il n'apprécie sans doute pas l'invasion de son territoire.

- Tu veux que je te rende tout ému peut-être ? J'peux te dire que les hommes sont tous des cons. Et que c'est leur faute si je suis là. Mais tu l'sais déjà, après tout, t'en es un.

J'approche le vermeil de mes lèvres de l'oreille rose qui se présente sur ma droite, viens y déposer... Non. Je lui mordille le lobe, plutôt fortement, me collant un peu plus à ma proie préférée pour l'instant, l'empêchant de me repousser trop vaillamment. La vanille, c'est bon pour les nunuches : ce que je ne suis pas. La chair sous mes dents bouge faiblement. Un petit gémissement me vient du fond de la gorge tandis que je me frotte sans façon contre lui.
Enfin, après une courte éternité, je le lâche pour le regarder droit dans les yeux. J'ai bien envie de lui proposer un petit jeu. D'accepter de lui raconter ma perverse de vie, mais entrecoupée de mensonges. S'il les découvre, j'enlève des pièces, si non je le déshabille.

Je passe finalement mes bras autour de ses épaules, lui offrant une vue parfaite sur mon décolleté et mon regard trop rouge. Sur mes lèvres que je gonfle grâce à quelques coups de dents. Mes yeux à moi se fixent sur sa bouche, mes doigts se baladent sur son cou et le griffent, plus ou moins violemment, au rythme de ma respiration. Mes seins ne m'écoutent plus et commencent déjà à durcir dans l'expectation d'une chose qui ne dépend pas que de moi. La bande qui les entoure se fait trop serrée.

- J'en étais où encore ?


Réellement je n'ai pas perdu le fil de mes pensées, mais les hommes aiment généralement croire qu'on oublie tout rien que pour eux. Que rien d'autre n'a d'importance que leur contact. Alors si en plus de faussement le flatter, hein, cela peut me donner ce que je veux et m'empêcher de devoir lui conter par le menu ce qui a fait de moi ce que je suis - peu de choses au final -... Je suis pour faire semblant. Quitte à lui briser sa rêverie un poil plus tard, quand je n'en n'aurai plus besoin. C'est qu'il est mignon, mon Ian, quand il veut. Et les cœurs d’artichaut ça m'attire... Mais je m'égare. Ian n'a rien à craindre de moi que de la frustration et il le sait. Même quand mes quenottes viennent jouer sur ses joues.
Je parle, tout contre sa peau, appréciant la caresse du porc-épic qu'est sa peau pas splendidement rasée. Je l'entend râler. Je ne comprend pas les termes, toute à mon petit jeu érotique. Mais c'est qu'il continue, ce con et fait des gestes pour me forcer à virer mon derche. Alors, pour qu'il cesse de m'emmerder, j'lui offre ce qu'il veut. Juste assez pour qu'il ferme sa grande gueule et me laisse profiter de son corps.

- Ah, oui. Tu veux quelle partie ?

Ouais, les concessions, c'est pas mon truc. Mais je m'entraine, avec ces quatre zigotos qui me servent de compagnons les plus proches. Être une connasse sans l'être totalement est un jeu difficile quand on espère une vie de rêve faite de liberté totale. Enfin. Dans tous les cas il est hors de question que je lui raconte mon enfance, c'est terne et pourri.
Qu'on m'ait trouvée abandonnée sur les marches d'une petite maison d'bourges, sans note ni nom, ça ne regarde personne. Et c'est un évènement si fréquent qu'il y a pas besoin de s'apitoyer sur mon sort : j'ai survécu, moi. Peut-être parce qu'on m'avait entourée de bonnes couvertures chaudes quand même avant de me larguer comme un paquet inutile. Ce n'est pas le cas de plein d'orphelins dont les cadavres ont rejoint la terre sans même un prénom.
Dans tous les cas j'avais déjà commencé à foutre des emmerdes partout où je passais et j'aimais ça visiblement. Gueuler était un plaisir pour moi, de ce que j'en sais. Voir les adultes venir s'inquiéter dès lors que je chouinais me faisait frémir de joie dès que je fus capable d'y reflechir. Les domestiques de la maison m'avaient adoptée, avec la bénédiction de leurs maîtres. Ils n'avaient pas de gosse, alors je tombais bien. Comme un joli cheveu doré sur la soupe froide. J'pense qu'ils ont regretté vite leur décision, malgré qu'ils m'aient nommée Tristana.
Pour mon malheur en effet, on m'a propulsée de ma maison d'adoption au niveau des novices du temple dès que j'ai su à peu près tenir droite et bien hocher la tête. C'est que j'avais la gueule de l'emploi y parait. Juste la bonne rougeur pour baiser les pieds de Rikni. Sauf que c'était pas sa statue qui m'intéressait, moi. Je me serais plutôt vue sous les ordres de Serus en y repensant. Les femmes se laissent toujours moins attendrir que les hommes par une bouille de fillette.
Bref. J'étais pas franchement ronde à l'époque, mais j'avais déjà une grande gueule comme il n'en fallait pas dans les ordres, alors, au milieu de gens froids et secs, j'ai un peu fait que de la merde. Enfin, beaucoup. Si mes ainés avaient espéré que je m'assagisse, ils en ont eu pour leurs frais.

- Ah je sais.

La suite pouvait être plus amusante. Après une énième infraction au code des futurs religieux, bien trop tôt on avait fini par me renvoyer chez mes protecteurs avec un grand coup de pied dans le cul. Ça m'avait fait plaisir. Enfin pas le coup hein. Le renvoi. C'est que les ordres, c'est pas mon truc ; même maintenant, j'aime pas qu'on joue au stupide chef avec moi.
Alors obéir à de pseudos lois faites par des inconnus qui ne se montrent jamais et ne donnent pas plus de signes que je pète de bulles, faut pas pousser... C'est pas demain que je le ferai et ce même si on les appelle dieux et qu'on nous demande de lécher leurs sandales de pierre. Pour moi ils ne sont rien de plus que des emmerdeurs qui foutent des balais dans le cul à ceux qui les servent. Je ne compte pas en faire partie : le bois dans l'arrière-train fait mal. Plus qu'un vît sans lubrifiant. Enfin, dans tous les cas, je m'était barrée quoi.

- Les gars qui m'avaient élevée, sans doute par dépit, ont voulu me renvoyer très vite au turbin après que je me sois faite virer de ma première place. Future prêtresse, moi, t'imagines ? Bref. J'avais le choix entre une place de bonne comme eux ou un herboriste. J'leur ai dit d'aller se faire voir par des prostitués. Ils n'ont pas apprécié et m'ont flanquée à la rue où je trainais déjà un peu de base quand le temple m'emmerdait.

Je hausse les épaules, passe des doigts dans sa crête avant de tirer ses cheveux.

- Ca m'a fait du bien.

Me pressant encore contre lui, j'essaye d'avaler sa langue, pour un baiser goulu. Lorsque, enfin il se laisse faire, je stoppe là, recule mon menton pour prendre un air mutin.

- J'avais soif, trésor.

Je gigote un peu, continuant à tirailler de temps en temps sa chevelure.

- Et maintenant j'ai faim. Tu m'nourris ?

Vu mon sourire carnassier, il se doute que je ne parle pas d'aliments. Nos rations ont beau ne pas être énormes, avec ce qu'on pille et trouve, ça suffit pour ne pas qu'on devienne des squelettes ambulants.
Je penche la tête, lui offrant libre accès à mon cou pour venir plonger sur le sien. Voilà que je me prend pour une vampire et je suce, encore et toujours la peau trop tendre. Jusqu'à ce qu'il ait mal. L'une de mes mains descend le long de son torse et s'arrête pile sur son cœur. Les doigts écartés, elle ne bouge plus pendant que je maltraite le haut de son corps. Mon cher futur potentiel amant n'a pas intérêt à venir s'occuper de ma chair comme je le fais sur lui, ou je vais lui faire regretter.
J'arrête mes gestes quand une belle tache violacée apparait là où j'ai aspiré, montrant qu'il est à moi, là, maintenant, tout de suite. J'me sens connement fière. Comme chaque fois que je vois quelque chose que j'ai fait.

- Putain. Ca te va vachement bien. Bref. J'avais dix ans quand je me suis retrouvée sans rien de plus qu'une petite robe sur le dos. J'ai fait de mon mieux pour pas crever de faim. J'm'amusais bien. J'ai tenté de voler, notamment, mais je me suis faite chopper par le gars à qui j'tentais de piquer une bourse.

Je me tais, étrangement, le temps de reflechir. Il ressemblait à quoi encore ce pauvre être ?

- Il avait l'air d'un âne.

Pour rajouter dans le bizarre, mon ton est devenu monocorde quand j'prononce ces propos. Mais qu'ils sont vrais, bordel. Je le revois avec ses cheveux longs et gras, variant d'un gris marron au blanc pur. Ses yeux sans éclat couleur caca d'oie. Et ses cernes... Si je priais Serus réellement, je dirais que le dieu lui avait mis un putain de coup de sabot en pleine gueule. Là, pile sous les sourcils.
Je n'ai jamais su son âge exact, mais le seul truc que je regrette, vraiment, c'est de l'avoir tué comme je l'ai fait. Cependant les premières fois sont toujours pourries, n'est-ce pas ? Ça ne les empêche pas de nous hanter parfois.
J'me souviens de ce jour comme si c'était hier. J'avais quinze ans.

Enfin, revenons au passé encore antérieur. Le gars m'avait prise en pitié avec ma bouille fatiguée. Il s'était laissé attendrir comme un novice et s'était occupé de moi, malgré mon regard dérangeant. Il était chapardeur, le vieux Sambre et avait tenté de me refiler ses astuces pour plus me faire piquer. Sauf que ce n'était pas franchement ma tasse de thé et l'on s'était aperçus assez rapidement que j'étais plus douée pour le recoudre après qu'il se soit raté avec un couteau que pour ne pas faire sonner les clochettes qu'il mettait au sol dans le but de m'apprendre à avancer discrètement.
Le vieux m'avait ouvert alors les portes d'un autre monde. Rapidement et littéralement en m'emmenant dans une planque paumée et ce après m'avoir proposé de vivre avec lui plus que temporairement.

Je reprend un peu de jovialité forcée pour continuer mon histoire :

- J'ai appris plein de choses avec lui. C'était...

Je penche un poil la tête, lui vole un énième baiser avant de conclure.

- ...Sympa.

Mes mains pendant mon papotage commencent une descente on ne peut plus prévisible. Elles griffent gentiment, mais aussi peu doucement, titillent certains endroits, effleurent à peine d'autres au travers de ses vêtements. Et pourtant, elles ne cherchent pas à se rendre en dessous de son nombril, comme si une ligne invisible les en empêchaient et les faisaient rebondir vers le haut.
Je me cambre un peu pour leur faciliter le passage ici et là et serre parfois davantage mes jambes contre les siennes. Mon siège est décidément très confortable.

Sympa. C'est le mot qui va pour à peu près tout, mais pour décrire la cour, pas vraiment. Ce ramassis d'hommes et de femmes plus sales les uns que les autres, faussement boiteux ou estropiés, parfois les deux, m'avait donné envie de dégobiller la première fois que je l'avais croisé. Puis j'avais fini par m'y faire, comme eux à moi. Et même si tous n'étaient pas aussi sympathiques que mon parrain d'alors, tout le monde avait ses propres qualités et puis aucun n'était avare d'astuces.
Ils poursuivaient tous un but commun ; une chimère radieuse pour les gens de leur espèce. L'espoir de vivre et de pouvoir bouffer de tout leur saoul sans qu'on les emmerde, tout en emmerdant tout le monde. Qui pouvait alors leur jeter la pierre à la vue de leur manière de le faire ? Pas moi. Et je ne le peux pas toujours complètement, même si j'aurai bien envie de tuer les connards qui m'ont trahie s'il en font bien partie. Enfin, on verra plus tard.

Là tout de suite, je replonge dans mes souvenirs. Je me rappelle de mon initiation, dans cette ville qui n'a plus de nom pour moi. Ce n'était pas Marbrume, même s'il y a une cour aussi. C'était moins grand, moins affolant, moins rempli de poches à vider. Il y avait du monde hein, mais dans mon esprit, je ne revois plus personne que ceux qui m'accompagnaient pour mon plaisir. Bref, je m'incisais le bras, le collais contre la main de Sambre qui me tapota la tête ensuite avant de me présenter ses deux supérieurs. Deux gars à qui je devais rendre des comptes. Deux inconnus que je n'aimais pas, au début. Rien que l'idée d'avoir des chefs me faisait hurler et ils le comprirent vite. Peut-être parce que je n'étais pas la seule tête de mule dans leurs rangs.
Bref, ils s'arrangèrent pour remonter dans mon estime en ne me forçant à rien au début qu'à choisir une formation dans leurs rangs. J'avais onze ans, la vie devant moi et la nécessité d'en faire quelque chose. Herboriste, me souffla-t-on au milieu d'autres propositions et j'acceptais. Ca avait l'air marrant.

- Et puis un jour, il est mort.

Ce résumé on ne peut plus concis cache bien des choses. Notamment ma formation. Ma seconde responsable (après le vieux donc) se nommait Hyacinte. Elle était une mercandier au service de la cour, âgée d'une quarantaine d'années et en même temps pleine de vie et de vigueur. Elle fit de ma vie un plaisir, un moment de joie dans mon existence en m'enseignant ce qu'elle savait des herbes. Cela n'avait rien à voir avec ce que je m'étais attendue, comme recoudre les petits bobos des uns et des autres. Et si je n'avais finalement aucune patience pour les potions de soins soit disant miraculeuses qui constituaient la plupart de son gagne-pain auprès des innocents et des gadous, je me montrais davantage attirée, sans savoir pourquoi, par les poisons et drogues qu'elle pouvait faire. Elle développa ce penchant en me montrant tout ce qu'elle pouvait, retardant chaque année la fin de mon apprentissage. C'était que ces fioles, certains membres de la cour les adoraient.
Je n'étais pas douée spécialement, mais je pense que si elle l'avait souhaité, j'aurais pu m'établir seule quand l'impossible arriva. Même s'il me restait à apprendre, j'avais plus que les bases. Seulement, elle comme moi avions trouvé notre bonheur, elle en temps que maître, moi en temps qu'élève. Et si je n'acceptais pas toujours ses ordres - oui vraiment, je n'aime pas l'autorité -, pour elle comme pour Sambre, j'acceptais certaines concessions. Surtout lorsqu'elle me permit de faire mes propres tests sur des chats de gouttière.

Hélas donc, entre deux éclaircies, un orage s'annonce souvent. Ou du moins de la pluie et celle-ci fut torrentielle, pour moi. Une pièce tourna et en tintant sonna la fin de cette période que j'aurais voulu éternelle.

Je m'écarte à peine. Une de mes mains repasse sur son cou, vient s’agripper à une épaule, puis je me recolle à lui. Complètement. Et je reviens mordiller là où je lui ai fais un suçon, me déhanchant sur ses genoux tout en enfonçant mes ongles dans sa chair. Un mouvement de la tête me permet de lui laisser une petite pause tout en bougeant ma chevelure qui me gène.

Je tuais donc mon âne. Mon premier mentor, mon seul et unique parrain pour qui le bronze avait valsé. Il ne fut pas réellement le dernier. Mais il fut mon premier. Soyons bien clairs : c'était de sa faute. Uniquement de sa faute. S'il n'avait pas tenté d'assassiner notre apôtre, il n'aurait pas fini aussi merdiquement. Il n'aurait pas été pourchassé par la cour dans sa totalité.
Nonobstant cela et malgré sa culpabilité, j'aurai dû donner à cet homme une mort fantastique. Différente. Originale. Après tout, il avait été mon tuteur en bien des choses et méritait cet honneur. Mais non, j'avais merdé. Je regrette toujours mon impulsivité à ce jour, surtout quand je repense à son regard vide même de douleur. Il n'a pas eu le temps de comprendre totalement ce qui lui était arrivé.

C'était Hyacinte qui était revenue en courant à notre commerce ce jour-là m'annoncer que Sambre était condamné. Pâle et apeurée à l'idée qu'on puisse s'en prendre à moi, son apprentie, elle m'avait hurlé dessus en piaillant d'aller chercher le vieux moi aussi. Pour qu'on voit que je ne supportais pas l'idée qu'il soit un traitre et qu'on ne puisse pas me condamner comme sa complice dans son attentat raté dont nous ne savions rien sur l'instant.
J'avais saisie la mixture sur laquelle je travaillais pour avoir quelque chose à quoi me retenir en écoutant son exposé et refusais de la lâcher, même quand elle me tapota le dos pour m'aider à sortir plus vite à la rencontre de celui qui m'avait permis de trouver un semblant de foyer. Si je n'habitais plus avec lui depuis deux trois ans, puisque Hyacinte m'avait offert un toit dans l'arrière-boutique, il venait souvent me saluer. Il m'appelait "Filleule". C'était mignon. Gênant, mais mignon, puisque j'avais toujours l'impression d'être une gamine ainsi, même si j'en profitais sacrément. Rien n'était trop beau pour sa petite Tristana, pas même la brioche d'une vieille truie qui ne supportait pas sa vue. Ce qui était déjà beaucoup, vu ses moyens.

Bref. Je l'avais trouvé. Finalement. Après avoir vaqué au pif ce qui m'avait paru des heures dans des ruelles se ressemblant toutes tellement la terreur me serrait le cœur ainsi que l'incompréhension. Mes pas m'avaient menée à lui d'eux-même, sans que je ne réfléchisse, au bout d'un moment. A l'une de ses cachettes, inhabituelles, mais qu'il m'avait montré par le passé.
Après tout, j'avais vécu avec lui, je le connaissais plus intimement que ses partenaires de boulot et il m'aimait bien. Donc, il chouinait, là, dans son trou à peine plus grand qu'une cage pour cochon malade quand je le détectais. Il espérait que ce qu'il avait déclenché se calmerait et qu'il pourrait ressortir pour expliquer à notre apôtre qu'il avait trop bu. Que tout était à mettre sur le compte de l'alcool, ce salaud. Sauf que ce n'était pas très crédible.
Tous les membres de la cour durant leur apprentissage et même ensuite apprennent à résister aux coups et à tenir la boisson pour pouvoir faire les poches de leurs copains de beuverie. Bon bien sûr, certains n'y arrivent jamais - la douleur que l'on me procure n'est par exemple toujours pas ma tasse de thé -, mais je savais que Sambre pouvait tenir plus de cinq ou six chopes. Facilement, à l'instar de Hyacinte. Ils m'avaient couchée sous la table par plus d'une fois avec la pisse de vache qu'ils s'enfilaient comme si c'était de l'eau non croupie.
Il puait bien un hypocras bon marché, là n'était pas la question, mais son regard n'était pas assez hagard pour me permettre de dire qu'il avait la conscience tranquille. Et puis... Non, je ne pouvais pas plaider sa cause auprès de notre tête. Même si je n'étais qu'apprentie, je savais au moins cela : la pièce est irrévocable et je n'avais aucune envie qu'elle tourne aussi pour moi.

Cependant, je tenais à Sambre, au moins un peu. Assez pour m'inquiéter si quelqu'un d'autre le trouvait, alors je lui proposais quand même de fuir, malgré les risques que cela me faisait prendre. N'ayant pas assez d'argent pour payer le silence d'une personne pour l’héberger et le faire sortir de la cité au tout petit matin - avant que les étoiles s'éteignent et que la lune laisse la place au soleil, heure la plus propice puisque les mendiants n'ont pas encore rejoint la rue et que les putains sont trop occupées pour avoir les yeux partout. -, je lui conseillais de rester dans sa planque et de n'en pas bouger, au moins le temps que je revienne. Il m'écouta et je me sentis presque... Puissante à savoir qu'une vie dépendait de moi, même si j'étais aussi sacrément apeurée.
Il est important de noter qu'à ce moment-là, le liquide que je tenais auparavant avait été rangé dans mon escarcelle au cours de mes précédentes pérégrinations. J'avais réussi à boucher le haut avec deux ou trois des bricoles qui squattaient dans mes affaires. Je l'y oubliais. Complètement, même, pour ce temps-là du moins. Si je l'avais laissé à mon parrain, je me serais sans doute épargnée la suite en espérant qu'il se serait suicidé.

Mine de rien, je rentrais finalement auprès de ma professeur qui tenta de me faire oublier mes pénibles recherches en se montrant exubérante pour deux tandis que je réfléchissais à un plan viable. Aux petits soins pour moi, sans se douter de ce que je lui cachais, elle me fit la fête tel un chien fou heureux du retour de son maître. Je fis semblant d'avoir mal de n'avoir pu retrouver Sambre, ce qui ne fut pas difficile tellement je m'angoissais pour sa survie.
Même si je n'avais rien spécialement contre l'apôtre qui avait failli crever en temps que personne, je n'arrivais pas à en vouloir à mon parrain. Après tout, les chefs, ça reste casse-burne, même quand on en a pas (de couilles, pas de supérieur) et je pouvais aisément supputer qu'il avait reçu une directive de trop. Durant les années, lui et la tête m'avaient parfois proposé des missions - livrer des paquets, obtenir des renseignements d'un client, etc -, tentant de m'en faire aussi accepter un peu de force. Hyacinte était toujours montée au créneau dès que je ronchonnais à propos de l'une d'elles et m'avait rappelé notre règle tacite : à la cour, on ne peut pas forcer quelqu'un à en faire une. Tant qu'il ne dit pas oui, malgré la pression, il est libre de tout. Bien entendu, avec le temps, les gradés avaient gagné en volonté et en baragouinage, au point qu'il devenait ardu pour les crédules de leur refuser quoi que ce soit. Surtout quand ils étaient tenus tels de futurs castrats par leur appareil génital à cause de faits ou d'autres que la cour ne devait surtout pas savoir dans son ensemble.
Sambre n'ayant pas de femme à tromper et plus qu'assez d'intelligence pour résister à leurs demandes pressantes, je me demandais quelle information le retenait d'envoyer valser ses supérieurs. Outre le fait qu'il était un bon millard. Je n'avais jamais osé l'interroger sur ce point et je le regrettais amèrement. Enfin bon...

- Alors je suis partie me promener.

Là encore il manque des informations en rapport avec les précédentes. Déjà, donc, la description du décès de mon parrain. Elle fut trop calme. Le seul fait remarquable fut que je la lui donnais en partie par un baiser. Ce n'était là pas mon premier, mais il fut pire que les précédents et les suivants, l'intérieur de ma gueule peut encore en témoigner. Ainsi que le sang que j'crache parfois, surtout quand je passe trop de temps dans mon laboratoire au dessus de fumées plus ou moins nocives. En gros, elle m'a sans doute trop marquée, mais pas dans le bon sens à mon goût.

J'avais mis au point un plan très bien pour lui sauver la vie à la base donc, du moins à mes yeux encore peu expérimentés. Déjà, le déguiser en piquant une tunique de Hyacinte ainsi qu'un de ses fichus. Ensuite, le faire passer par les rues des quartiers plus riches. La cour y avait des informateurs, bien sûr, mais à l'horaire que j'avais défini on avait moins de chance d'en croiser que plus tôt ou tard. Puis le laisser aux portes, qu'il pourrait passer en se mêlant aux paysans qui se devaient de rejoindre leurs champs. Là, ensuite, il se démerderait seul. Je ne pouvais pas le suivre puisqu'il me fallait veiller à amener la cour dans une direction qui n'était pas la bonne. Pour qu'il ait le temps de fuir assez loin.
Trop crédule, j'oubliais que des chiens fous reniflent toujours au bout d'un moment la piste de leur proie et qu'ils ne s'arrêtent jamais s'ils sont décidés. Mais j'étais jeune et les jeunes ne peuvent pas être toujours sages. Quelle espèce de jeunes seraient-ils donc ?

Je me glissais jusque Sambre à l'heure qui me parut à l'époque la plus juste donc, mon fardeau dans les mains. En le percevant, je fus heureuse de constater qu'aucun être ne l'avait retrouvé pendant mon absence ou m'avait filée malgré moi jusque là. Jusque là, parce que, alors que je donnais à mon parrain ce que j'avais en main, après avoir soulevé le truc de bois qui le camouflait de l'extérieur, je le vis prendre un air effaré.
Empressée, je me retournais pour détailler un visage que je ne connaissais que trop bien. Elle n'était qu'à quelques pas. A l'entrée de la rue, mais elle avait dû entendre nos chuchotements dans le silence de la nuit. Hyacinte, choquée. Je n'avais pas pensé que ma professeur me suivrait ou qu'elle m'entendrait sortir, mais j'aurais dû m'en douter. Elle s'était suffisamment inquiétée pour moi. Après peut-être aussi était-ce une coïncidence et cherchait-elle mon parrain de son coté pour me permettre de faire mon deuil vite en indiquant sa position à des gens pouvant le tuer. Dans tous les cas, je restais pétrifiée. Merde.
Sambre fit alors un truc con. Mais alors stupide et lui n'avait même pas l'excuse de l'âge. Il se précipita à sa suite. Sans prendre le temps de se déguiser ou de faire quoi que ce soit, m'arrachant juste mon couteau de la ceinture, il poursuivit ma mentor qui se mit à courir au travers de ruelles et j'en fis de même, reléguée au rang de vulgaire caniche inutile qui doit séparer deux chats...

L'affaire était déséquilibrée. Même si la trouille apparaissait lui avoir donné des ailes, Hyacinte ne faisait pas le poids vis-à-vis du millard et il la rattrapa. Ce qui devait arriver, arriva. Le temps que je m'empresse et les rejoigne, il l'avait déjà égorgée sans manière et je vomis tout ce qui était rentré dans mes boyaux ces dernières heures en contemplant le massacre. Oui, même la brioche que m'avait pour une fois acheté celle qui m'apprenait l'usage des drogues.
Après avoir rendu mon dîner, donc je me précipitais au chevet de celle qui m'avait tant appris et me surpris à tenter de trouver dans mon escarcelle de quoi la remettre en état. Des plantes. Mes larmes inhabituelles durent terrifier Sambre qui bafouilla un truc et s'écarta dans l'ombre naissante, me laissant un semblant d'intimité, pour vérifier que personne ne venait. Cela me suffit.
J'eus assez de temps pour remettre la main sur la fiole qui ne m'avait pas quittée, encore bien pleine. Si elle n'était pas le miracle que j'avais espéré trouver, là, sous le coup de l'horreur et de l'amertume, je résolus de m'en servir pour venger la matrone qui ne se relèverait jamais et ce même si ma victime serait celui que j'avais voulu sauver. Je pouvais lui pardonner beaucoup de choses, mais ce meurtre là en particulier n'entrait pas dans la liste.

Il m'était impossible de le forcer à boire la mixture, je le savais. Et je ne pouvais pas l'approcher avec une arme, puisqu'il m'avait pris la mienne. Alors, sur un coup de tête, je fis la seule chose qui me vint à l'esprit une fois que je compris que Hyacinte était définitivement moribonde. Je profitais qu'il était occupé pour dégoupiller le bouchon et pris en bouche le contenu.
Heureusement que la potion n'était pas bien grosse, cela me gonfla à peine les joues. Et si le liquide déjà commença à me brûler les papilles, il me parut tout de même moins terrifiant que l'eau qui coulait sur mes joues terriblement salée. Pleurer me refilait l'impression d'être faible et je haïssais cela.

En titubant je me redressais en faisant gaffe de ne pas avaler ma salive et me précipitais dans les bras de mon parrain. Chialant, respirant par le nez de mon mieux, je le laissais m'enlacer et me chuchoter d'une voix tendue qu'il devait partir. Jusqu'à ce que je ne tienne plus. Là, sans lui laisser le temps de réagir ou de finir une de ses phrases sans sens pour moi qu'il avait commencé, je l'embrassais. A en perdre haleine, pour sûr, glissant ma langue entre ses dents.
La surprise lui fit avoir l'air con un instant. Il me repoussa, mais pas assez vite. Il avait dégluti et j'avais, pour ma part, eu le temps aussi de me saisir du coutelas qu'il avait en main. Je pus l'assommer sans souci tandis qu'il titubait déjà sous l'effet du poison et ce avant de m'effondrer à mon tour...
En lui portant ce coup, j'avais moi aussi avalé de la salive.

J'aurai en tout cas pu mourir, là, sur la terre battue. On aurait alors foutu mon corps dans une fosse commune ou dans une tombe sans nom ou presque, selon qui m'aurait trouvé. Peut-être que quelques membres de la cour tels que mon apôtre en remerciement d'avoir buté son presque assassin m'aurait visitée. Ils auraient murmuré quelques mots avant de décamper pour me laisser pourrir en paix.

....

Mais non. Je me réveillais, le haut de la gorge et les mâchoires en feu, baignée dans une sueur dégoutante dans un lit que je connaissais de vue.
Une couche sans prétention, parmi cinq de la salle des blessés de la cour, située au sous-sol de la planque. Très vite le barbier - ce que j'aurai dû demander comme formation en y repensant - se porta à mon coté et vérifia que je ne gerbais pas le peu de bile qui me restait au fond de l'estomac. Il me nourrit de pavot, grâce à Sitry et me relaissa tomber dans un sommeil réparateur.
Je ne sais pas combien de temps prit ma convalescence. Moins de six mois et tout au plus trois, je dirais, mais je garde toujours des séquelles de mon action folle comme des suivantes. Mes dents du fond notamment ont une sale gueule, heureusement qu'on ne les voit que si j'abuse en ouvrant la bouche ou en étalant un sourire qui me prend tout le visage. Ma langue a des cicatrices que le temps s'amuse à réveiller parfois, comme si elle avait brûlée. Ce n'est pas vraiment le cas, mais je n'avais pas eu la main morte sur mon test de poison. Fort heureusement, le guérisseur de la cour était bon et avait pu détecter à l'odorat une partie des composants que j'avais utilisé. Pas tous, mais assez pour sauver ma misérable existence, quitte à me faire perdre le sens du goût en plus d'avoir toujours la vue défaillante.

Je n'eus pas beaucoup de visites le temps d'aller mieux. Quelques unes, sans intérêt. De connaissances de Hyacinte, notamment qui s'occupaient de faire tourner la boutique en attendant de savoir si je voulais la récupérer. Celle de ma tête cependant me permit d'obtenir à mes questions beaucoup de réponse. Parce que j'avais été blessée en voulant arrêter une pièce qui roulait, on m'avait portée ici. C'était un cagoux qui m'avait trouvée ainsi que les cadavres en allant bosser. Si on m'avait suspectée d'avoir tué Hyacinte puisque seul mon couteau avait été retrouvé et ce dans ma main, les vieux avaient fini par conclure que je n'étais pas responsable de son trépas. Sambre avait trop de sang à elle sur lui pour ne pas être le meurtrier.
Je prouvais leur hypothèse en résumant la situation que j'avais trouvé en m'enfonçant dans la ruelle à mon supérieur, omettant tout ce qui venait avant et sous-entendant que, comme ma professeur, j'étais à la recherche de mon parrain pour le tuer. Ce n'était pas vrai bien entendu, mais ils n'avaient pas à le savoir. Et puisqu'on ne m'interrogea pas sur la présence d'une robe et d'un fichu en trop je me pris à croire que quelqu'un les avait volé, me permettant d'éviter à avoir à inventer une excuse plus ou moins minable.

Quand je fus à nouveau capable de manger sans en foutre partout ou de parler sans avoir envie de hurler de douleur, on me libéra de mon supplice. Jamais patiente ne fut sans doute aussi preste pour fuir le lit qu'on lui avait offert. Et très vite, une nouvelle routine s'installa pour moi.
Je pris possession du fond de commerce de ma maitresse en son nom, décidée à le partager avec sa fille qui n'en n'avait rien à faire auparavant, mais y découvrait un intérêt qu'elle ne se connaissait pas. Tout ce qui pouvait la rapprocher de sa mère défunte lui plaisait à présent et je m'amusais à jouer à la tutrice. Un temps du moins. Après tout, elle me permettait d'éviter de rencontrer les clients. S'ils n'avaient aucun problème, les gadous et les innocents, pour acheter une potion faite par une sorcière aux yeux rougis, c'était autre chose de traiter directement avec elle.
Enfin. Cela dura jusqu'à ce qu'une visite à la planque m'apprenne d'autres choses, de nouveaux mois plus tard. La mort permanente de Sambre avait délié des langues à propos de ce vieux meurtrier et entre les commentaires vides de gentillesse et ceux condescendants, quelques vérités m'apparurent. Trop tard pour m'être utiles, soit, mais elles m'aidèrent à faire taire ma culpabilité au sujet de ces décès que j'aurais quand même en partie voulu éviter à l'époque.

Mon parrain était un sombre connard égoïste. Et il m'avait laissé une mission non terminée et non faisable. C'était cela, en plus des règles de la cour qui m'avait permis de recevoir des soins. C'était aussi ça, l'action à faire qu'il n'avait pas fait jusqu'au bout qui avait causé son envie de buter notre supérieur. Pas l'alcool, comme prévu. Et on attendait de moi que je continue son travail. Enfin pas le meurtre raté, mais celui pour lequel il avait été payé... Cependant comment faire quand l'objet du vol qu'il devait commettre avait disparu avec lui ?
Puisque je n'avais pas été en état de prendre des décisions durant ma convalescence et que son parrain à lui était crevé depuis longtemps, notre tête avait pris sur elle pour rembourser le client en revendant des affaires de Sambre. Mais cela ne réglait pas notre souci premier. Une mission prise par la cour doit toujours être terminée.
Sauf que sans pistes, nous étions tous comme de pauvres cons, nous aussi. Et si je vérifiais des cachettes de mon ancien tuteur, je savais que j'en oubliais certaines. Il en avait une bonne dizaine qu'il m'avait seulement décrit. Jamais des très grosses, mais assez pour cacher ce que mes chefs cherchaient : un livre qui faisait une main et demi de longueur et une de largeur. (Note : une main de Tris' en longueur sert là de règle.)
Bref, nous étions dans la panade. Et plus encore quand celui qui avait lancé l'échange de service, un tavernier que le client avait contacté, mourut dans un incendie suspect. Puis son complice habituel, entre les jambes d'une prostituée. Quelqu'un voulait ce foutu bouquin. Beaucoup. Trop pour se retenir de fâcher la cour qui ne supportait pas l'idée qu'un gadou décime ses membres et alliés.
Alors la cour riposta avant la fin de l'année, tua le prêtre et oublia le livre qui était cause de tant de soucis. Pour ma part, je me mis à fumer la pipe quand les douleurs de ma bouche redevenaient trop fortes. Bien entendu, ce n'était guère du tabac qui brûlait.

J'appris plein d'autres choses, toutes aussi chouettes. Notamment que mon idiot de parrain avait eu une longue vie de millard. Ou encore que, amoureux de la fille d'un bourgeois de la cité, il l'avait épousée en secret dans sa jeunesse, auprès d'un prêtre de passage fort discret.
Incapable de l'héberger dignement à cause de son travail qui ne lui rapportait pas grand chose, il avait prié son épousée de demeurer chez son paternel à elle, le temps qu'il fasse assez de missions pour lui offrir une maison. La femme avait accepté sans apprendre à son géniteur qu'elle s'était mariée. Sauf que cette idiote était tombée enceinte et avait refusé de passer sous les doigts d'un barbier peu scrupuleux pour se débarrasser du problème. Si bien que cela avait fini par se faire.
Au cours d'une dispute avec son père à ce sujet, la donzelle avait dévalé sur le crâne un escalier et était morte sur le coup avec le futur petit. L'homme fou de rage avait auparavant demandé à la cour de se renseigner sur l'amant de sa fille. Puisqu'il n'y avait pas d'amant, mais un mari et que celui-ci faisait partie de leurs rangs, la personne chargée de l'enquête avait dit ne pas l'avoir trouvé. C'était là après tout la pure vérité : on ne pouvait désigner une chimère. Et comme le paternel n'avait pas pensé à questionner son informateur sur une potentielle cérémonie... Son gendre avait pu souffler et pleurer la dame qu'il aimait en paix. La mission avait été effectuée et si l'ainé se demanda longuement si sa fille n'avait pas récolté un polichinelle dans son tiroir parce qu'elle s'était faite violer, il n'obtint jamais la réponse. On lui conseilla par la suite de faire son deuil, de ne plus s'interroger sur des faits qu'il ne pouvait pas changer.Il mit du temps à l'accepter, mais finit par partir. Ailleurs.

- J'avais seize ans. J'suis partie avec deux trois gars là, des... Comment vous dites encore ? Saltimbanques.

Je ne bouge plus un instant, blottie tout contre Ian. En vérité, ils n'étaient pas que deux ou trois, mais six. Un millard, trois sauteurs, un narquois et un supputeur. Enfin une.
Soudainement, je me redresse un peu, le mire dans les yeux. Mon vocabulaire me manque, quand je dois parler des gens de la cour. Cela l'étonne-t-il ? En tout cas parfois je n'y fais pas attention et ça me trahit auprès des gadous, souvent, aussi sûrement que ma cicatrice. Mais je m'en fiche. J'en étais fière, avant. Maintenant que je ne suis plus au sein d'une cité, cela n'a juste plus grande importance. Bien que j'ai toujours des relations avec certains membres de la cour de Marbrume, celles-ci sont restreintes à quelques nuits par mois. Il faudrait que j'aille voir un de ces jours à Traquemont et au Labret d'ailleurs. Discrètement. Il doit y avoir quelques faces sympathiques à y saluer. Des qui n'ont rien à voir avec mon expulsion peut-être et qui seraient elles aussi ravies d'utiliser ce doux sentiment que l'on nomme vengeance contre ceux qui se permettent de dénoncer leurs voisins. Car quelqu'un m'a trahi, même si mon apôtre et ma tête refusent de l'accepter. Je ne sais juste pas qui. Ma filleule en faisait partie. Mais elle ne devait pas être la seule... Enfin on peut compter son père éploré dans le lot. Cependant il en manque toujours d'autres.

Bref, après quelques mois d'une routine sans histoire et avec pas mal de révélations, j'avais commencé à me sentir de moins en moins à ma place là où j'étais. Hyacinte me manquait et les supérieurs recommençaient à m'emmerder sacrément pour que j'accepte certaines de leurs missions qui ne m'intéressaient pas du tout. Comme si j'avais besoin de prouver ma fidélité.
A l'époque, les voyageurs venaient et allaient en ville assez souvent. Certains se présentaient à la cour comme provenant d'une autre. D'un ailleurs qui me tentait de plus en plus, moi qui ne connaissait pas grand chose du monde. De lieux qu'ils décrivaient avec des phrases curieuses, donnant presque à rêver. Alors un beau jour j'avais fini par finalement me décider pour de bon. Je contactais une fille. Une barde qui ne faisait que passer, accompagnée d'une escorte de jongleurs et de gens un peu étranges telle une oracle. Ils m'expliquèrent leur trajet à venir et me permirent de me joindre à eux. Moi. A la condition que je prenne un voile, pour au cas où les gens aient peur de mes yeux.
Vu que pas grand chose me retenait encore là, je mis de l'ordre dans les affaires de ma professeur, m'assurant que quelqu'un pourrait finir d'enseigner ce qu'il fallait à sa puinée avant de préparer mes paquetages. Et nous partîmes... Ou presque tout de suite.

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Dernière édition par Sambre le Sam 4 Juin 2016 - 3:02, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Sambre - Chaotique râleuse   Sam 4 Juin 2016 - 0:37




Entretemps, je me permis de refaire un tour en ville, dans les derniers jours. Peut-être mélancolique de ces ruelles que j'allais quitter et qui m'avaient vue grandir, je me mis à déambuler. Il ne se passa rien de spectaculaire. Je triais mes pensées, me rappelant quelles plantes j'avais prévu de prendre, lesquelles je laissais. Ce que j'avais fait des années auparavant dans telle rue et avec qui. Quand je me souvins d'autre chose, si simple que cela ne m'était pas revenu à l'esprit avant maintenant.
Sambre quand je m'entrainais avec lui - à l'époque où l'on pensait que je pouvais devenir voleuse -, me disait toujours quelque chose. Un truc qui se résumait en : " Si tu te fais attraper, caches ton méfait sous leur nez. Il n'y a que là qu'ils ne chercheront pas. ". Il parait bien entendu des innocents quand il disait "ils", mais mon cerveau fit le lien, automatiquement, avec le livre disparu qui des temps avant avait provoqué des bains de sang et je me demandais si c'était aussi simple que ça. Ou pas.
Je me redirigeais d'un pas plus alerte vers la planque principale, celle où lui et moi aimions squatter parfois. Celle où je savais que mon parrain s'était engueulé avec notre chef direct. Prenant comme excuse le fait de vouloir dire "au revoir" à tout le monde, je décidais de squatter la nuit dans le coin et j'attendis que ceux qui y créchaient, trop crevés pour rentrer, s'endorment tous d'un œil.
Fouiller sans faire de bruit étant loin d'être une spécialité de mon cru, je fis de mon mieux, mais je fus lente et je ne trouvais rien. Si je m'endormis à mon tour, ma nuit fut courte puisqu'on me réveilla à l'aube pour le départ que j'attendais avec impatience.
Vers l'horizon infini et au-delà.

- J'suis restée avec eux... Euh.

Je compte sur mes doigts, les portant un à un au contact de ma bouche puis de la sienne quand je dois utiliser ma seconde main, comme si le contact avec nos lèvres m'aidait à additionner 1+1. Si la paume qui était en équilibre sur mon menton retombe sur son épaule à lui assez rapidement, l'autre ne bouge pas.

- Neuf ans.

Oui, c'est cela. Neuf ans. De seize à vingt-cinq, début vingt-six. Même si notre équipe changeait, plus ou moins, à chaque nouvelle cité. Parfois des têtes se rajoutaient, d'autres fois certaines nous quittaient, mais un bout du noyau restait toujours le même. L'oracle, la barde, le guerrier, moi. Aya, Marian, Drakhan. Avec eux à mon coté, ces neufs ans étaient passés vite, sauf un. Ou plutôt, sauf une période.
Au début, je les accompagnais en temps que mercandier simplement. Pendant deux ans, je me contentais de ramasser des herbes sur la route, puis d'en échanger avec des herboristes que nous croisions dans les villes et villages contre un cours accès à leur laboratoire et à quelques fioles que nous revendions pleines. Si je n'appris pas vraiment de nouvelles formules, à part de rares fois, je continuais à pratiquer toutes celles dont j'avais connaissance.
Surtout quand nous rencontrions une cours. Des poisons étaient toujours utiles pour les narquois, les drogues pour ceux qui ne pouvaient pas s'en passer et certains mercandiers. Bref, je pense que je ne perdis pas grand chose de mon art à l'époque. Et j'appris même donc parfois en découvrant des plantes qui ne poussaient pas juste à l'extérieur de la ville où Hyacinte et moi exercions.
Si je tuais durant cette période, ce fut sans le savoir. Enfin à part quelques chats et les poules d'un fermier ou deux, parmi ceux qui refusaient de nous héberger pour la nuit.

Au bout de ces deux ans, suite à ma fascination évidente liée à ses arts, Aya accepta de tenter de m'apprendre si j'en faisais de même pour les plantes. J'acceptais, pour sûr. J'étais fascinée par sa capacité à lire le feu et les cartes, puisqu'elle maniait les deux. Je l'avais enterrée sous les questions depuis que nous avions commencé à voyager, voulant tout comprendre. Voulant percevoir son travail au travers de mon regard trop manichéen. Pour moi, il devait y avoir une astuce. Un truc notable. Elle ne pouvait pas deviner des choses quand on lui posait des questions. Elle devait savoir en avance les réponses ou avoir autant d'intuition qu'il était nécessaire d'en posséder quand on fait des tests sur un poison.
Il y avait bien des oracles dans ma ville natale, mais je ne m'étais jamais assez bien entendue avec eux pour les abrutir de questionnements. Heureusement Aya ne prit pas mal mon intérêt. Au contraire, à l'instar de Hyacinte, elle se montra prête à tout me dévoiler.

Nous tombâmes d'accord pour qu'elle tente de m'enseigner la divination par le feu en priorité. Par les cartes revenait trop cher pour ma bourse sur l'instant, même si je le regrettais. Acheter un jeu complet n'était pas donné. Bref. A vingt-deux, vingt-trois ans, j'étais capable de faire quelques divinations. Sans intérêt souvent, ou portées sur la mort quand on me demandait de voir ce que le futur allait apporter à l'un ou l'autre. Bien sûr, ce n'était pas trop vendeur. Mais franchement... Je n'en n'avais rien à faire et, contrairement à ma professeur, j'aimais ce que je voyais. La fin de vie était une chose commune à tout le monde, personne ne pouvait y échapper. Pour moi, savoir comment on va mourir est une bénédiction, puisque ainsi, on peut tenter de l'éviter.
Après tout, d'après ma mentor, si Sitry montre des possibilités par l'intermédiaire des flammes, rien ne dit qu'elles deviendront vérité. Le futur est mouvant, contrairement au passé et présent qu'il m'était bien plus difficile de lire à l'époque. Si cela s'arrangea un peu avec les années, ce n'est toujours pas merveilleux.

Un petit sourire aux lèvres un poil crispé, je laisse mes doigts toujours posés sur sa bouche redescendre lentement, suivant la courbe de sa lèvre inférieure. Celle de son menton, puis de son cou :

- Il y a eu des hauts et des bas.

La remarque (un pléonasme) me fait glousser un peu connement. Et mes doigts s'activent, cherchent à déshabiller un peu plus le torse de mon futur amant du soir. Du moins s'il le veut bien.
L'apprentissage notamment est un des hauts dont je parlais. Un autre qui a eu lieu vers mes vingt ans est celui tout simple d'avoir retrouvé le livre. Celui-là qui m'avait au final fait tuer Sambre. Aya et moi étions devenues proches. Si je n'avais aucun goût pour les filles, je lui avais un peu parlé de moi, tout comme elle en avait fait d'elle. J'avais résumé l'histoire par contre, il ne fallait pas déconner.
Pour mon oracle personnelle, le livre de Sambre était sa dernière mission jamais finie. Je ne parlais pas de son meurtre, ni de celui de ma maîtresse herboriste. Pas plus qu'elle ne détailla sa vie dans une famille de huit enfants de paysans. Ou pourquoi elle rejoignit une cours, à part pour une histoire de cœur. On passa sous silence les glaviots ensanglantés qu'elle me voyait cracher parfois avec inquiétude. Quand je forçais trop notamment. Je ne l'interrogeais pas sur sa tendance à vomir tout ce qui passait sa bouche. Et malgré tous ces non-dits entre nous, Aya se proposa de chercher mon foutu bouquin. Contre rien qu'un sourire que je lui accordais avec plaisir.

Et nous le trouvâmes au cours d'un menu détour. Après bien des questions aux flammes, puisque aucune ne donne d'image propre et de carte détaillée. Dans les affaires d'un ami de Sambre qui était là, dans ma ville natale, ce jour funeste. Ou plutôt qui en partait, quand mon parrain était venu le saluer rapidement avant de tenter de tuer notre apôtre. Il n'avait jamais su qui avait déposé dans ses paniers déjà chargés sur sa carriole cet ouvrage vieux et écorné, mais me le remit sans davantage m'interroger quand je lui dis que c'était là le dernier legs du millard qui m'était lié. Sans doute se doutait-il qu'il y avait anguille sous roche. Le brave marchand de laine en bon gadou qu'il était ne voulait pas d'ennuis avec la cours.
S'il avait su qu'elle n'en voulait plus de ce livre maudit, l'aurait-il gardé ? Aurait-il refusé de me le donner ? Je n'osais chercher à savoir et m'instaurais donc gardienne de ces pages que je ne savais pas déchiffrer, pas plus que son précédent propriétaire temporaire ou que mes compagnons de route. Cependant, je suppliais chacun de ne jamais parler de ces lignes à quiconque ; trop de sang avait déjà coulé par sa faute et l'on me le promit.

Vraiment, je n'ai toujours aucune idée de ce qu'il contient. Peut-être est-ce un simple roman érotique que le prêtre s'était fait voler par le noble dans le bas but de lui extorquer des renseignements sur des confessions. A moins que ce ne soit un livre de prières, je n'en sais rien. Les lettres ne veulent rien dire pour moi et il n'y a pas d'images pour m'expliquer. Mais puisqu'il semble que par le passé il ait eu de la valeur, je le garde précautionneusement. Bien caché, là où personne n'osera chercher. Sous ma couche par exemple quand je dors.
Il pourra toujours servir pour un échange, si je ne le brûle pas avant tant j'ai peur qu'il ré-attire le sang...

Dans les bas il y en a quelques uns. Comme un avortement express quand je me compris enceinte après un coup d'un soir - même les femmes ont des besoins ! -. Le poison que j'avais fait pour l'occasion m'avait débarrassée de l'enfant que je ne voulais pas, mais m'avait causé d'autant plus de douleurs. Après être partis de la cité où j'avais préparé ma décoction, on avait dû s'arrêter rapidement dans un village où nul n'avait voulu m'abriter, à cause de la fièvre qui m'avait saisie et m'empêchait de mettre un pied devant l'autre. Les saignements qui s'écoulaient de mon bas-ventre n'avaient pas dû aider, pas davantage que mes yeux. Comme d'habitude. Une sorcière risquait de faire mourir les autres habitants d'une auberge. Ou les chevaux de l'étable. Surtout malade, on ne savait guère quelles imprécations elle pouvait lancer.
La troupe s'en était sortie, grâce à l'aide de Sitry d'après Aya, leur aide à eux seuls tout court d'après Drakhan. Je dois dire que j'étais et suis plutôt d'accord avec ce second. Sitry a peut-être plus de présence que les autres déités de mon point de vue, mais ce n'était pas elle qui avait construit un abri de fortune à l'écart d'un petit ruisseau. Ni elle qui avait rassemblé du bois pour un gros feu ou fait à manger.

Le deuxième bas qui me vient à l'esprit quand j'y pense, est celui de Corbeval. Il y a dix ans. Pas jour pour jour, mais à quelques mois près. L'évènement se résume en trois mots : Eadwin de Rivenoire. Son nom entier, je ne l'ai appris de Marian que plus tard. Après ma foutue guérison, tant elle craignait que je me répète des côtes en voulant aller me venger. Il faut dire que ce chien à la carrure d'ours m'a presque tuée. Tout ça pour des mots que son maître affamé de bonnes nouvelles n'a pas apprécié.

Nous nous étions arrêtés à Corbeval pour une fête de Serus qui ne nous touchait pas particulièrement, mais allait nous rapporter de l'argent, nous le savions.
Mes flacons se vendraient comme du petit pain grâce au monde présent si je trouvais un moyen de les confectionner et chacun des autres oiseaux ferait un petit tour plus ou moins rigolo. Aya lirait l'aventure avec ses cartes, donnerait un augure général avec le feu. Marian allait chanter jusque avoir la gorge en feu et Drakhan... Drakhan se proposerait auprès des forgerons pour tester leurs lames sans doute devant un public ébahi contre un peu d'argent. Avec nous à cette époque, il y avait aussi Istvan, un cracheur de feu qui cracherait donc ses mollards enflammés pour le plaisir de la foule et Pierre qui portait mal son nom. Pierre était jongleur. Il travaillait en duo avec Istvan depuis trois ans et tous deux avait mis au point un spectacle sympathique.
S'ils nous avaient rejoint, c'était juste parce qu'ils faisaient le même chemin ensemble et que plus on est de fous, moins il y a de brigands. Bref, notre petite troupe commença à s'installer. Je trouvais une herboriste qui accepta de me laisser un coin de son arrière boutique pour faire macérer mes mélanges de plantes. Marian avait demandé si nous pouvions rester quelques jours s'il y avait une cours. Nous avions plus ou moins accepté, mais devions en reparler. Même si la marche nous fatiguait, trop rester dans une cité nous faisait obtenir moins d'argent à terme que partir vite.

Aucun d'entre nous ne s'était attendu, le soir venu, à ce que le seigneur des lieux nous demande d'honorer sa demeure de notre présence. Je n'avais rien à faire dans le lot, mais il avait dit toute la troupe. Alors j'étais venue, à la suite du garde venu nous chercher pour nous escorter.
Durant le dîner, Marian, Istvan et Pierre animèrent comme ils le purent tandis qu'Aya et moi restions au bout de la tablée la moins fortunée, là où était notre place. Nous grappillions de menues informations, ainsi. Comme quel métayer avait causé un tracas ou la hausse du prix du ruban. Nous ne mangions pas, nous n'avions pas le droit de souper avant d'avoir diverti la galerie et voir les chiens avoir plus de pitance que nous fit grogner un peu nos estomacs. Vint la fin du repas et l'on repoussa les tables comme c'était l'usage. Pour faire place au spectacle. Le maître des lieux sans se lever nous ordonna à tous de s'approcher et demanda à quoi nous étions utiles, Aya et moi. L'homme ne me plaisait pas et terrifiait ma compagne de route. Pour éviter qu'elle ne s'enfuit en courant, je répondis à sa place. Nous sommes des liseuses de passé et d'avenir, dis-je, si je me souviens bien.
Je l'ai déjà dit, mes visions dans le feu sont assez aléatoires et semblent se focaliser assez fréquemment sur la mort - ou les bien mauvaises choses - quand on me demande candidement ce que le futur va apporter à untel ou untel. Ce n'est pas pour être méchante ou rien. Enfin peut-être un peu, d'un coté, vu que j'aime lire les flammes et que cela ne m'ennuie pas d'y voir des inconnus décéder. Mais bref, elles ne sont pas vendables. Pas pour une troupe de saltimbanques itinérants. Et encore moins avec un seigneur.
Mais l'homme se désintéressa d'Aya pour ne s'occuper que de moi. A la lueur des flammes qui brulaient ici et là au bout de torches, mon regard n'était que trop visible et parut lui plaire. Tant qu'il s'en moqua en disant qu'une sorcière comme moi n'avait sans doute pas d'autres choix pour vivre. Et il m'ordonna de lire.

Refuser les ordres d'un sang bleu peut couter cher. On me l'avait déjà répété cinq cent mille fois depuis que je voyageais avec les gus qui m'entouraient. Mais il n'allait pas aimer ce qu'il allait apprendre, je le savais. Tout comme mes compagnons qui se crispèrent tous. Quand bien même, j'obéis, priant mentalement Sitry de me faire voir de jolies fermes avec plein de pâquerettes, un soleil bleu, une famille nombreuse quitte à devoir poser quatre questions pour ce. Bref, du bonheur quoi, pour ne pas regretter ma décision.
Le temps qu'un autre feu, plus sauvage que celui enfermé en cheminée, soit allumé devant mes pieds, j'avais prié une bonne quarantaine de fois la déesse. D'un coté ne connaissant aucune ode, chacune de mes réclamations ne faisait pas plus de deux phrases. Je me saisis du cheveux de mon hôte qu'il avait enlevé de sa tignasse à ma demande.
C'était là mon rituel. Sans doute un placebo, mais brûler une chose appartenant à ma victi... Ma cible m'aidait et m'aide toujours à mieux me concentrer ma vision à venir. Et je me concentrais donc. Il n'y a pas beaucoup de réponses possibles à une interrogation posée au feu, qu'il soit bougie, sauvage ou dompté et ce même si elles sont imprécises. Je n'en posais qu'une et voir mon amie rouge et orange se mettre à crépiter avant de se réduire d'un coup pour finir par s'étouffer sans se relever me confirma ce que j'avais songé. Mon interlocuteur allait me détester.
Et il me hait sans doute quand je le prévins de la noirceur de son futur en lui expliquant qu'il ne fallait pas qu'il s'attende que les étoiles tombent pour lui. Là où j'ai grandi, quand quelqu'un a de la chance, on dit qu'il porte un astre de la nuit dans son cœur. Je n'en portais pas plus que le seigneur de Cordeval ce soir, puisque, une fois que j'eus fini de détailler à coup d'images que la terre le reprendrait comme nous autres pauvres mortels tôt ou tard, il entra dans une noire colère à mon égard.
Mes amis de route furent chassés, fort heureusement et ne purent assister au massacre qui se déroula ensuite. Quant à moi... Je pense l'avoir assez oublié. En partie. Quand je dis assez, c'est pour ne plus avoir peur chaque fois qu'un homme m'approche les poings serrés ou me réveiller tourmentée chaque nuit. Mais je me souviens toujours de chaque coup que le chien nommé ours m'infligea. De ses poings sur mes joues et mon corps, du sang qui les tâcha trop tôt.
De son entrain à obéir aux ordres. " Encore ! Encore ! " Hurlait la voix du maître tandis que l'animal obéissait. Lorsqu'il me laissa, je n'étais plus là. Ailleurs, dans un lieu où la douleur n'existe pas, dans cet endroit où les drogues m'emmènent quand le temps décide de réveiller mes blessures.

Je ne sais pas comment je m'en sortis. Mes compagnons avaient dû réussir à payer un garde pour qu'il accepte de trainer ma carcasse jusque eux. Car le lendemain, je m'éveillais dans un chariot. Loin de Corbeval où je n'ai jamais remis les pieds... Comme dans ma ville natale à dire vrai.
Me soigner prit du temps, assez pour que mes compagnons de route m'abandonnent à une cours et son médecin en prétextant que j'avais été frappée en tentant de remplir une mission utile pour toute cité : obtenir des informations, donc en plein travail quoi. Ils promirent de revenir me chercher d'ici trois mois, le temps nécessaire pour au moins remettre mes côtes fêlées en place et vérifier que mes fractures n'avaient pas dégénéré. Clairement, je passais trois mois de merde, malgré des potions anti-douleur. Au moins cela me laissa-t-il du temps pour discuter avec l'herboriste du coin et leur supputeur le plus doué.

Par la suite, chaque fois que nous arrivions dans une ville, je m'arrangeais pour rester loin de la troupe quand elle se produisait. Dès fois qu'un autre ait soudainement l'idée de me transformer en pilier d'entrainement parce que je n'avais dit que la vérité. Je bidouillais mes potions dans mon coin, puis les refilais à Marian qui se chargeait de les vendre quand elle ne chantait pas. Mon temps libre m'emmerda assez rapidement et je trouvais une étrange activité. Visiter les mouroirs. Vous savez, ces lieux infects, où les mouches ont plus de nourriture que les gens qui y sont entreposés tels du bétail mal lavé ?
On y entassait les pauvres vieux qui n'avaient rien demandé à personne, les fous qui faisaient honte, les moins que rien dont il fallait débarrasser le plancher. En temps plus ou moins de paix, le bannissement ne servait à rien pour les ôter de la vue de ceux qui souffraient de les percevoir. Donc on les réunissait dans certaines villes dans des chambres à peine assez grande pour cinq quand ils étaient dix et on les y laissaient crever. Il y avait bien une matrone ou deux qui, faisant acte de charité, déposait à l'entrée de la nourriture pour eux chaque jour. Et si la personne qui s'estimait gardienne des lieux la distribuait comme on refile à bouffer à des chiens, elle ne faisait souvent pas davantage. Les résidents puaient pire que la mort. Si bien que parfois, il fallait plusieurs jours avant qu'un cadavre soit remarqué. Le temps qu'il commence à se décomposer et que ses effluves putrides surchargent tout le reste.
J'avais pitié de ces hères aussi abandonnés que des chiots et presque aussi incapables de se débrouiller seuls. Alors, j'offris à plusieurs dragons de ces lieux des fioles, deux trois à chaque passage. Des poisons, sous couvert de secret mal formulé, pour qu'ils abrègent les souffrances de leurs hôtes les plus mal en point s'ils l'estimaient nécessaire. Cela ne me paraissait pas juste de laisser souffrir ces créatures qui n'avaient plus rien d'humain avec leur chevelure emmêlée et leur regard rendu hagard par manque de soleil et de vie réelle. Autant leur offrir cette mort dont d'autres avaient trop peur.
C'est ainsi que se passa mes deux dernières années en la compagnie d'Aya, de Marian et de Drakhan. Je laissais un sillage de morts derrière nous, jamais assez gros pour que l'on s'inquiète ou qu'on nous interroge. Certains gardiens se montrèrent moins stupides que d'autres et patientèrent quelques jours avant d'utiliser mes dons. Mais je ne doute pas que la plupart étaient vides quand nous atteignîmes Marbrume.
Nous avions aussi participé, en neuf ans, à quelques chasses aux pièces involontaires, prêtant main forte aux cours dans leur partie de reniflage. Si nous n'avions jamais fait partie de ceux ayant donné le coup final, c'était parce que aucun de nous ne connaissais le visage exact de notre proie et que nous faisions qu'accompagner. Au final, l'on pouvait moins nous mettre sur le dos ce genre de décès que ceux que je créais avec mes poisons ou que ceux provoqués indirectement par nos visions avec Aya. Certains croyaient tant en les prédictions de supputeurs qu'ils faisaient tout pour qu'elles se produisent. Même si cela signifiait qu'il n'y en aurait jamais plus pour eux derrière.

- Et puis j'suis arrivée à Marbrume donc. J'ai décidé d'm'y installer. J'ai même pris une foutue apprentie.

Marbrume était le territoire de Marian. La barde avait profité de l'arrêt pour aller embrasser sa sœur et ses bambins, quant à Aya, Drakhan et moi on s'était arrêtés pour voir la cours et son son des pièces. On lui avait offert les dernières nouvelles que l'on avait chipé ici et là. A l'époque, c'était l'ancien, pas le nouveau. Un bonhomme plein de gentillesse. Enfin qui donnait l'impression de l'être du moins.
Je n'en touche pas un mot à Ian. La cours, c'est sacré. Enfin ça l'était pour moi, maintenant c'est surtout une question d'habitude : on en parle peu aux gadous et innocents. Ils n'ont pas à connaitre nos luttes internes ou nos espoirs de mutation aux grades plus élevés. Mais bref. J'ai plus espoir d'être autre chose qu'une coquillard de toute manière et je pense pas que je demanderais une exception pour mon cas.

Une fois arrivée là, dans cette ville où nous devions rester un mois pour permettre à Marian de bien prendre des nouvelles de sa famille comme il faut. Cependant, après y avoir passé une semaine, puis deux, je ressentis le besoin de me poser. Un peu. J'étais un peu en kit à l'époque, faut pas l'oublier. Comme un patron de robe qui a trop servi, mais qu'on a encore oublié de raccommoder. Si ma dernière grosse agression en date datait d'il y a deux ans, on avait aussi eu notre lot de brigands un peu trop nombreux pour notre narquois. Heureusement, aucun de ces idiots n'avait osé regarder dans mon sac, sous mes bandages de poitrine, dans le faux-fond et aucun ne m'avait piqué le livre. Mon livre, dernier souvenir de mon adolescence avec l'intérieur de ma bouche dans un état catastrophique. J'en étais presque venue à le chérir, ce con de bouquin. Autant que je le haïssais parfois quand je me souvenais des évènements qu'il avait amené, mais bon. Dans tous les cas, j'avais besoin de retrouver un semblant de vie normale là tout de suite maintenant. Et la seule normalité que je connaissais était de servir la cours.

Après trois semaines, je prévins mes anciens compagnons que je restais là. La cours était pas trop chiante ici. Je trouvais un apôtre et une tête qui m'acceptèrent sous leur joug. Ils me redirigèrent vers une herboriste qui était prête à payer contre de l'aide et j'acceptais. Le temps d'avoir assez de thunes pour m'ouvrir une petite boutique à mon tour, même en partie à crédit.
Je dis oui aussi quelques missions ponctuelles sans grande importance. Notamment tenter de draguer un milicien qui devint mon amant de manière prolongée. Envoyer un poison plus ou moins léger discrètement à un vilain vilain vilain gadou parfois. Je fis la connaissance de Mélusine aussi en me renseignant sur les cultes de Sitry dans le coin. Pas une fois encore que j'étais une croyante crédule, mais remercier la déesse me prenait cinq minutes par mois et je passais à autre chose. Bref la vie était belle. Sauf que mon employeuse ne me laissait pas assez toucher aux poisons et drogues à mon goût.
Je trouvais une sorte d'équilibre qui me permit de ne pas retrouver le goût de me rendre dans les mouroirs, malgré tout. Entre la femme à chats qui me commandait à moi et non à ma patronne ses mixtures, mes dons à la cours pour commencer à me faire un nom dans ce domaine et mes propres drogues, j'avais tout de même de quoi m'occuper. Même si pour les faire, il me fallait me lever d'autant plus tôt le matin pour aller chercher les fleurs et feuilles et ne pas empiéter sur le temps de travail de la journée.

La chance revint finalement frapper un grand coup à ma porte il y a trois ans. A mes vingt-neuf ans en gros. A force de jouer des coudes dans la cours, je commençais à prendre de l'influence dedans, surtout que certains narquois ne jugeaient plus que par moi pour leurs substances préférées. Le fils d'un merchandier un peu friqué cherchait une associée, en plus d'une professeur pour sa fille dans le domaine des herbes. Herbert Mineski trempait dans des affaires dont je n'avais rien à faire. Une sombre histoire de barbier sans formation notamment. Mais j'ignorais les rumeurs. Après tout l'on disait aussi de moi que j'étais une sorcière. Quant à sa puînée, elle se nommait...

- Clarisse.

Je me trémousse sur Ian, reviens lui mordiller l'épaule et lâche entre deux coups de dents :

- Morte.

J'approuvais son idée de créer une boutique de vente de plantes et potions. Pas fleuriste hein, attention, même s'il mit à mon catalogue des plants vivants à repiquer. Pour que sa fifille apprenne à les reconnaitre, notamment, plus facilement que si elle devait sortir de la ville avec moi les voir. Son papa et moi payâmes cinquante-cinquante et il me promit un petit bénéfice sur nos revenus, vu que je m'occupais de sa gosse. Tous les jours.
La gamine était dégourdie. Elle avait la petite douzaine. Elle était choupinette avec ses petites taches de rousseur qui faisaient reflet aux miennes et je l'aimais bien. Enfin assez pour supporter sa présence quoi et il me semblait qu'il en était de même de son coté à mon égard. Tant et si bien que j'acceptais, sur la demande de son père, de la prendre comme filleule pour la cours. Lui ne pouvait pas ; il parrainait sa dame.
Sauf que voilà, on connait tous la suite.

- Les fangeux sont arrivés entretemps. La ville est devenue une prison où on suffoquait.

Je me tapais le père quand la cité se décida à fermer les portes aux survivants. Notre relation d'associés se modifia pour devenir plus chaleureuse, peut-être à cause du stress provoqué par l'arrivée des fangeux. Parce que sa femme était occupée ailleurs et parce que son cul me complaisait. Je ne sais pas, sans doute pour rien et tout cela à la fois, mais dans tous les cas notre liaison se fit. Et devint rapidement incontrôlable.
Aussi sans doute n'aurais-je pas dû être surprise que la petite Clarisse nous trouve, moi et son père, dans une position compromettante un beau soir. Bon, elle vit rouge, clairement, lâcha un chapelet d'injures que je ne peux pas dénigrer envers nous deux et nos actions aussi connes que celles d'ados en rut puis fuit. Bon, elle n'avait pas totalement peur, mais je n'aimais pas sa manière de me causer. J'étais sa patronne. Il allait falloir que je lui tire les oreilles.
Son géniteur tenta de rattraper les dégâts en se mettant à la courser, son pantalon à moitié relevé. Il faillit tout de même se péter la gueule deux fois avant de penser à le remettre complètement et disparaitre hors de ma vue. Moi ? Bah je ne fis rien. Pourquoi m'emmerder ?

Si j'étais la gamine, je serais revenue demain. Juste pour enfoncer le couteau dans la plaie et me menacer, moi et son père, de nous trahir auprès de sa mère. Sauf qu'elle n'en fit rien. Ni le lendemain, ni le jour d'après, ni les suivants. Et je me retrouvais à devoir gérer tout seule ce qui eut le don de très très vite m'embêter.
On était pas sur les foires, je n'étais plus itinérante. Faire une vingtaine de potions puis les vendre une fois par semaine ne suffisait plus. Il me fallait ouvrir tous les jours, répondre à une clientèle parfois désagréable que j'étais plus mort en bouteille que élixir miracle. Tout ça pour réussir à payer la taxe de la guilde. Et ma foutue bouffe. Parce qu'il fallait bien que je mange, quand même.

Par la suite, c'est assez... Trouble. Ce fut mon amant milicien qui vint m'arrêter un jour. Oui, je me le tapais toujours, mais à le voir débarquer l'air trop sérieux pour batifoler, je devinais que quelque chose n'allait pas. Depuis que Herbert ne remontrait plus le bout de son nez non plus - telle fille tel père -, je m'attendais à des ennuis d'une manière ou d'une autre telle que la fin de notre association. Au final pas grand chose de grave. Mais pas à ce qui arriva.
On m'arrêta. Moi. Pour sorcellerie, parce que je faisais des concoctions étranges, que j'aurai séduit un homme marié et fait du mal à sa fille. Parce que mon regard me désignait. Ainsi que pour d'autres plaintes du genre. Je savais que les deux premières provenaient du père. Ou du moins de son engeance démoniaque qui avait dû faire tourner la tête de son papounet d'amour à grand renfort de larmes comme elle savait si bien le faire. Connard d'homme trop faible.

Si la cours tenta de me faire libérer, elle échoua. Le crime était trop important. J'obtins tout de même telle une faveur le droit de récupérer mon sac - contenant mon bouquin ainsi que des plantes séchées - et demandais, ou plutôt ordonnais que l'on fasse tourner la pièce pour la gosse. Elle m'avait trahie. J'en avais marre de me laisser faire quand les emmerdes me tombaient sur le dos sans que je les demande. Aussi je décidais d'appliquer un dicton un peu trop célèbre après quelques jours de réflexion. " Œil pour œil avec les intérêts en plus s'il vous plait. ". Pour faire comprendre à son paternel qu'il n'était qu'un odieux gars incapable d'avoir plus de deux sous de jugeote, j'incitais les miliciens à se renseigner sur lui indirectement. En disant qu'un membre de sa famille bossait chez moi et que je ne l'avais pas vu depuis fort longtemps, si bien que j'étais inquiète.
On n'écoute pas une sorcière condamnée. A part si elle peut permettre d'en choper une seconde... Qu'ils ratèrent. La petite avait déjà été décapitée avant mon annonce et un sou en bronze placé entre ses dents. Juste à temps pour éviter la trahison de mon coté aussi. L'enquête plus que partielle que mes geôliers firent autour de sa mort convainquit tout de même son paternel d'arrêter ses activités louches. Au moins pour un temps, j'avais gagné cela.

J'embrasse Ian. Sur la bouche, avant de mordiller celle-ci, assez fort pour tenter de faire couler son sang. Le sien, pas le mien, faut pas déconner.

- Et puis à peu près deux mois après j'étais dehors. Puis le reste hein...

Ouai, la suite, il la connait en entier ou presque. Mon amant milicien m'avait laissé le choix d'où placer ma marque sur mon bras contre une dernière partie de jambes en l'air qui fut assez formidable. Il faut dire que l'urgence donne des étincelles à pas mal de choses. Je choisis la main et s'il en fut étonné, il obéit. Mais j'avais mes raisons : si ça devait s'infecter, cela m’emmerderait moins de couper mon poignet gauche que tout mon bras. Ensuite, direction la sortie. Avec mon maigre bric-à-brac et un crouton de pain rassi.
Je ne sais toujours pas qui sont les autres idiots qui ont porté plainte contre moi. Ni pourquoi ils l'ont fait. Mais ils le paieront, qu'ils fassent partie de la cours ou non comme paraissent le penser les membres toujours en place à Marbrume. Je me charge de les faire périr, tout comme Eadwin de Rivenoire, si je le retrouve un jour.

Dans l'espèce de salle qui me sert de chambre et que l'on a transformé en minuscule laboratoire pas très plein, je m'amuse à faire autant de poisons et de drogues que je le souhaite en pensant à tous les sévices que je pourrais m'amuser à leur faire endurer. Je n'aime pas ces gens et je ne suis pas la seule. Les quatre hommes qui m'ont trouvée alors que je déambulais et me faisais attaquer dans les marais en tentant de survivre sont dans le même cas que moi.
Ils sont mon Seth, mon Silas, mon Zel et mon Ian. Quatre oursons aussi échaudés que moi et qui partagent mon goût pour le sang à venir. En échange de leur protection et de bouffe, je les fournis en herbes, chaque fois qu'ils veulent planer. Ou en petites fioles ébréchées quand ils veulent s'amuser sur une potentielle cible qu'ils ne me laissent pas pour mes propres tests. Ben oui, trouver des chats est devenu un peu difficile dans notre situation, alors on fait avec ce qu'on a sous la main, même si c'était un peu difficile au début.
Surprise, voilà en tout cas ce que je leur dis toujours quand ils me demandent ce qu'il y a dans mes cadeaux surprises. Un magicien n'avoue jamais tous ses secrets, une sorcière non plus. Et cela m'amuse de les voir se débattre avec des drogues gentilles censées aider les médecins comme des vilaines rendant leur victime complètement folle.
Je ne leur ai jamais donné mon vrai prénom d'ailleurs. Enfin celui que les premiers qui se sont occupés de moi m'ont offert. Outre que je le trouve minable, reprendre le nom de mon premier maître me paraissait bien. Comme une marque de respect posthume. Après tout, j'ai fait des choses aussi stupides que lui antan et j'en ferai toujours. Tel cacher son bouquin.

On s'amuse sinon à s'échanger des astuces sur nos manières de tuer. Chacun a les siennes, mais ils sont mignons à accepter de tester les autres et je suis petite joueuse face à eux. Mais j’apprends. Peu à peu. La vie est redevenue belle, grâce à ces quatre-là. Franchement.

Qu'offrir de plus à une fille pour la rendre vraiment heureuse ? Oh si, je sais. Encore plus du trio gagnant selon mon cœur. Bouffe, vengeance et poisons. Et éviter de l'emmerder trop, bien entendu.

- A ton tour, biquet.

Voilà que je reprend en l'aguichant encore et en laissant mes doigts devenir très très entreprenants.
Après tout, il peut totalement me raconter ça tout nu. Où est le problème ?

Sambre, Silas, Zelvajra, Seth et Ian. Un bourdonnement, c'est la dernière chose que vous entendrez lorsque vous croiserez leur chemin.
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MessageSujet: Re: Sambre - Chaotique râleuse   Sam 4 Juin 2016 - 0:38


Physique : garce


" Sorcière ! "

Le mot se fait siffler et souffler par les lèvres sinueuses qui se tournent vers la Sambre. Car c'est ainsi qu'elle se fait nommer à présent. Sambre. Tristana n'existe plus que dans des rêves épars et haïs qui ne troublent pas souvent son sommeil. Mais la femme continue son chemin, sans paraitre les voir ou les entendre, ces mauvaises langues de vipères.
Lorsqu'elle vous fait enfin l'aumône d'un regard, Sambre donc dévoile deux yeux d'un rouge pas totalement pur puisque melé à du bleu. L'albinisme qui la touche ne s'étend pas ailleurs que dans ses iris, mais cela suffit pour qu'on la croit porteuse des pires atrocités de Rikni. Pour qu'on l'accuse de magie. Combien d'hommes aurait-elle rendu infertiles déjà, grâce à sa vue ? Cela se compte-t-il encore ?
La gueuse aux doigts de fée colorés par ses décoctions, mais couverts pour le moment par des mitaines lève le menton tandis qu'elle s’aperçoit qu'elle a toute votre attention et un sourire séducteur étire alors sa bouche pleine.
Elle prend des allures de sylphide pour s'approcher à pas chaloupés, vous effleure à peine en passant devant vous, mais ne peut s'empêcher de tourner la tête pour voir si vous la suivez ensuite au moins en pensées.

Sa longue chevelure d'un châtain noirci dégringole sur son dos, ondulant tels des milliers de petits serpents. Elle parait rêche et bien sauvage vu sa liberté de mouvement. Ses pointes s'arrêtent juste dans le creux de son dos, à l'endroit si sensible chez bien du monde. Quelques unes viennent chatouiller ses coudes.
Au dessus de sa taille, un entrelacs de lacets formant un grossier banolier est négligemment attaché. L'objet féminin a été fabriqué, clairement, par une main non experte et ne tient pas réellement ce qu'elle porte comme devrait le faire une telle ceinture. Ses coloris allant du rouge délavé au noir dégueulasse se mêlent sans saveur au le gris du lin de sa cotte d'homme en dessous. Attachés, une menue bourse d'un marron crade et une pipe gigotent sur sa hanche gauche quand elle avance et un coutelas de l'autre coté.

Sa tunique rudimentaire a été déchirée au niveau de ses pieds, sans doute parce qu'elle était trop longue. A moins que cela ne soit pour se créer un bandeau de toile pour sa poitrine. Dans tous les cas, on perçoit à présent les courbes de ses mollets - quelle indécence ! - et la naissance de longues chausses qui s'arrêtent aux genoux. Des taches indéfinissables plus ou moins anciennes prouvent que le vêtement a vécu plus qu'il n'en faut et de chaotiques résultats de travaux d'aiguille se voient, montrant là encore que quelque souillon l'a raccommodé. Au moins ne sent-il pas mauvais.
Ses manches s’arrêtent à mi-avant bras, perpendiculaires à sa chair que le soleil n'arrive pas à dorer. Une cicatrice dépasse là, de l'intérieur de son coude droit. Ancienne et boursouflée, comme si elle avait mis du temps à guérir. Elle mesure peu de centimètres et son bout parait arrondie et écartée.
En remontant le regard, lorsqu'elle se tourne à nouveau vers vous, il est clair qu'elle a aussi touché à son décolleté, puisqu'au lieu d'être plus ou moins plat et ajusté, il a la forme d'un V tremblant et mal dessiné.
Les formes de sa poitrine ronde se dessinent là. Les mauvais coups de poignard permettent de deviner davantage qu'autre chose le galbe de ses seins, même si leur naissance est totalement visible.

Si son mètre soixante-dix ne vous effraie pas, pas davantage que ses yeux ou que le sourire trop suave pour être vrai qu'elle vous lance, son odeur rappelant le sel et quelques fougères dont vous n'avez jamais entendu parler le fera peut-être. N'est-elle pas une vile magicienne pour savoir marier la nature selon son désir ?
Vous n'avez pas davantage le temps d'y songer qu'elle se penche vers le feu où elle vous a mené, enlève ses mitaines aussi rapiécées que le reste de sa tenue. Un tatouage au fer rouge se fait voir, là, sur le dos de l'une d'elles. La marque des bannis. Mais avez-vous seulement le temps d'y penser ? Elle a beau être celle qui lui a fait abandonner son prénom précédent pour piquer le nom de son ancien professeur, vous n'en savez rien et n'avez pas la possibilité de le demander puisqu'elle vous invite, d'un air amoureux, à mirer les flammes avec elle.
Soudainement, cependant, une fois que vous vous êtes approché, elle vous enlève un cheveu et le jette au brasier.

" Regardes. Ta destinée de chien fou perdu au milieu des étoiles. "

Il ne s'agit que d'un feu à vos yeux néophytes, mais aux siens, il semble qu'il soit bien plus. Des voies possibles comme improbables, solutions à une interrogation que vous n'avez pas encore posé. Une chose qu'elle aime, vu combien elle parait attendrie.

Personnalité : Beugleuse à grande bouche


Liberté. S'il fallait un mot pour décrire Sambre à présent qu'elle s'est établie au village banni, outre l’égoïsme, ce serait celui-ci. Sambre est libre, totalement. L'étiquette n'est rien qu'un mot sans définition pour elle et plus ne lui est rien, si ce n'est rester en vie et s'amuser. Aux dépends des autres, pour sûr. Ses devoirs envers la cour ne sont plus que de vagues souvenirs qui reviennent aléatoirement lui rappeler qu'ils peuvent encore revenir demain. Rien de plus cependant. Alors, parfois, elle fait des gestes inconsidérés, tels que chercher un chemin dans Marbrume, emprunter des affaires qui ne sont pas à elle ou encore rire au nez de la personne qu'il ne faut pas.
Bien entendu, dans sa quête de joie, la damoiselle se doit cependant de faire parfois quelques concessions à son absence de règles. Mais cela ne l'empêche pas de toujours chercher comment contourner ces petits tracas ou de tester leurs limites.

Derrière son air assuré, ses mots absurdes ou ses colères majestueuses, la succube cache une lâcheté à toute épreuve. Le combat n'est pas son truc et si elle manie un tout petit peu le coutelas (pas assez pour quoi que ce soit) ou ses ongles, elle préfère tuer de loin. A l'abri, après avoir fait gouter un poison à sa cible. Cela lui offre davantage de temps pour apprécier la scène.
Elle abhorre que l'on fasse couler son sang puisque le passé le fait déjà assez parfois - même si elle cache de son mieux ces crachats ensanglantés à tous -, aussi fuit-elle au plus vite si une situation se corse trop. Mais si elle est sûre de pouvoir gagner et uniquement dans ce cas précis, elle se défend, la chienne, à coups de griffes et de crocs. Les victoires pleines de périls sont pour les autres, les siennes sans honneur lui conviennent. C'est qu'elle aime sa vie, bordel. Assez pour avoir appris l'art de la divination. Et ce même si les flammes ne lui disent jamais rien pour elle et que leur langage est souvent trop complexe pour être exprimé sans métaphore.

En conclusion, sinon, les fangeux l'emmerdent. Elle ne les hait pas, ils tuent bien et les voir se précipiter sur les gens de la ville comme un renard sur une poule l'amuse terriblement. Mais elle refuse d'approcher ces bestioles de trop près et ne sort du village récolter ce dont elle a besoin qu'accompagnée de potentielle chair à canon qui retiendra les monstres le temps qu'elle se barre. Là est un exemple des concessions qu'elle fait à son envie d'être libre comme le vent ; se faire accompagnée.
Abandonnée par la trinité et l'ayant de toute manière laissée derrière elle avec un crachat dans un temple, elle enchaine les pêchés comme d'autres s'enfileraient des bières. Avec une passion toujours renouvelée, en murmurant parfois des mots doux à Sitry qui seule trouve grâce à son regard enflammé.
Après tout, ne serait-ce pas la déesse qui l'aide à entendre les feux ? C'est là ce qu'on lui a toujours expliqué et vu combien elle aime voir des flammes, elle ne peut pas s'empêcher de la prier, parfois. Même si elle n'est pas plus que ça sûre de son existence, c'est devenu une habitude.

Outre Seth, Ian, Silas et Zel, elle ne compte plus sur personne ou presque : ces quatre-là sont juste l'exception qui confirme la règle. Elle leur a promis de ne jamais rien faire contre eux et n'a pas encore failli à cette promesse-là. Peut-être parce qu'elle sait avoir trouvé en eux des alliés qui l'aident à choper des proies normalement inaccessibles ou des herbes ? Peut-être parce qu'ils approuvent son goût pour les poisons et ne disent rien quand elle fait tester à autrui quelques drogues ? Un peu comme Mélusine en son temps, dont elle ne sait plus si elle est vivante ou morte, puisqu'elle ne l'a pas revue depuis son bannissement.
Vu le caractère décidé de toute la bande, les hurlements sont fréquents, les mots peu doux, les gifles et les griffures aussi, mais tout le monde finit toujours par revenir. Comme mus par quelques chaines invisibles ou par leur condition, ils se regroupent ineffablement pour distiller leur haine.
Les gus ont beau aller parfois à l'encontre de ses principes en la faisant saigner, elle ne peut s'empêcher de les comparer à une drogue dure, de celles qu'elle s'enfile parfois. Leur présence est un réel soutien depuis qu'elle a atterri au village des bannis, mais ce n'est pas elle qui le leur dira. Faut pas déconner. C'est qu'il vaut mieux les traiter comme des chiens pour continuer à se faire respecter.


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MessageSujet: Re: Sambre - Chaotique râleuse   Sam 4 Juin 2016 - 3:46
*Sort de son mode zombie automate après une telle lecture*

Une fiche très ambitieuse, très originale, et terriblement longue. Et plus c'est long, plus y'a de chances qu'un vilain admin note des incohérences ou des précisions manquantes. Tu n'y échappes pas ma petite Luna Razz Il va falloir préciser des choses, un comble de rallonger une fiche déjà énorme.
Je m'excuse d'avance si certaines de mes demandes te paraissent incongrues, il est fort possible que j'aie laissé passer des choses au cours d'une telle lecture, mais n'hésite pas à me citer les passages que j'aurais manqué si tel est le cas.

Parlons de ta guilde d'abord. Je n'ai compris qu'en fin de lecture que Sambre n'était pas de Marbrume initialement, et que toute la description initiale de la guilde, est donc celle d'une guilde qui se trouve à l'origine... ailleurs. (A moins que j'aie mal compris.) Et, au Moyen Age, j'ai du mal à concevoir une guilde de ce type étendre son influence au-delà d'une même région. Qu'on retrouve les gadous et tous les autres membres dans une ville initiale, mais qu'il y ait aussi le même réseau tout aussi encré à Marbrume, donne une impression de toile très très grande dans le Royaume qui me parait difficilement concevable à une époque où les temps de voyage étaient longs, et où s'envoyer des missives écrites pour échanger des informations rapides étaient réservés à une élite alphabète.
Aussi, pourrais-tu au moins préciser si la ville native de Sambre est dans le duché ou ailleurs (une ville pas loin du bastion de Marbrume et donc présente dans le duché du Morguestanc serait logique, contrairement à autre chose).

Deuxième point : Sitry. L'évocation que tu fais de ce culte me gêne, pour tout avouer. Comment, et d'où, les précepteurs de Sambre viennent à évoquer cette déesse ? Le culte de Sitry est très peu répandu - du moins il est secret, caché, et à ma connaissance, seulement pratiqué par les assassins de la guilde de Tristan. Guilde qui est domiciliée à Marbrume, une ville qui n'est donc, en plus, pas la ville d'origine de Sambre où elle débute son éducation. Aussi, comment son groupe peut-il avoir vent de ce culte impie ? Y-a-t-il des relations particulières entre ta guilde et celle de Tristan ? Si oui, il faudra donc les préciser, et justifier la connaissance de ce culte si tu avais prévu une ville native éloignée. Il me parait réellement étonnant que Sitry soit citée ailleurs de cette façon, puisqu'elle ne fait sincèrement pas partie de la culture du Royaume que constitue la Trinité.
Pour cette raison, j'aimerais que tu retires l'évocation à cette déesse dans la description des PNJs de ta guilde (le nom apparait dans quelques uns d'entre eux). Si Sambre pourra tout à fait avoir un lien avec cette déesse une fois les modifications apportées dans la fiche, pour la guilde en revanche, c'est gênant de citer Sitry au même rang qu'Anür, Serus et Rikni dans un prédéfini qui sera lu par un novice et un futur nouveau, qui ne comprendra donc pas d'où vient cette déesse citée nulle part dans le bg. (Jusqu'à temps que Tris ouvre la description de sa guilde un jour, peut-être) La mise au même rang de Sitry de la Trinité dans les descriptions donnent une importance biaisée à ce culte. Non pas que je n'aime pas la secte de Mélusine, qui apporte du très beau jeu, mais il n'est juste pas pertinent de la citer avec une telle influence alors que c'est une secte marginale et recluse.

Je te conseillerais aussi de résumer la description de ta guilde. =) Les PNJs sont très bien fournis, c'est très travaillé et très garni, mais la description générale, cela risque beaucoup, beaucoup, d'effrayer les joueurs. C'est assez difficile d'appréhender ta guilde avec une description si longue - après, c'est un simple conseil, elle est tout à fait validable en l'état et je n'ai rien à y redire !

Voilà, je pense avoir fait le tour des choses que j'ai notées !
En-dehors de ça, Sambre est sincèrement un personnage très appréciable. Turian continue sur sa lancée de victime, il reste plus de 14 000 mots à la merci de Sambre sans dire un mot, si ça c'est pas du 100% victime j'ignore ce que c'est. *Fuit avant l'arrivée de Grim*

En attente de ta réponse !
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